SIR ROBERT PEEL
Il est le fils aîné du grand ministre anglais qui a porté ce même nom avec tant d’éclat. Les biographes rapportent qu’il est né à Londres en 1822. Comme tous les rejetons des familles aristocratiques en Angleterre, il a fait ses études classiques au collège d’Harrow et il a ensuite étudié le droit à l’université de Cambridge. De bonne heure, on pouvait voir qu’il porterait dignement le nom de son père.
Il a existé, comme on le sait, entre la politique anglaise- et celle du gouvernement de Louis-Philippe une entente cordiale qui a duré pendant près de dix-huit
années. Toutefois on a pu signaler de temps en temps quelques points de désaccord et même des cas de rupture. Les mariages inaugurés entre les princesses d’Espagne et les fils du roi des Français étaient un de ses épisodes. Cette question internationale prenait naissance vers 1844. C’était justement l’époque où sir Robert Peel débutait dans la carrière d’homme d’Étaten entrant dans la diplomatie. On l’avait attaché à l’ambassade de la reine d’Angleterre à Madrid» 11 y montra une trèsgrande activité et rédigea plusieurs rapports contre le cabinet des Tuileries* rapports qui le mirent en évidence.
Cette position n’était encore qu’un noviciat ou une situation intérimaire. Le jeune diplomate fut envoyé en Suisse avec un grade plus élevé. On sait avec quelle rapidité se pressaient les événements. Un conflit menaçant venait de s’élever entre les cantons protestants et les cantons catholiques. Ainsi l’Union helvétique était en feu, et cela pour des questions religieuses, cachées sous le masque de formes administratives et d’intérêts politiques . Sir Robert Peel se trouva alors dans une position fort délicate. En sa qualité de conservateur, il n«
Si R ROBERT PEÈL.
'pouvait avoir beaucoup de goût pour le dévèloppement des idées ultra-républicaines représentées par les radicaux ; comme protestant , il ne devait pas non plus prêter les mains à l’agrandissement de l’influence des jésuites de Fribourg. Au fond, la querelle de la Diète et du Sonderbund ne pivotait pas sur autre chose. Mais, -ami du progrès avant tout, le ministre de la reine Victoria agit dans le sens de la Diète.
On sait quel a été le lendemain de cet événement. ^La révolution de Février, qui était depuis si longtemps -en préparation, éclata comme un coup de tonnerre et remua l’Europe, non seulement sur le continent, mais jusque dans les îles de la Manche. Pendant les deux ou trois premières années qui suivirent cette grande secousse historique, sir Robert Peel s’effaça un peu derrière son illustre père, lord Aberdeen, lord Palmerston, lord John Russell et les autres têtes de colonne des divers partis anglais.
En 1850, c’est-à-dire lorsqu’il avait vingt-huit ans, son père le présentait aux électeurs du bourg de Tam- ’worth, son collège, qui élurent le fils. Il a, depuis lors
été régulièrement réélu. Orateur de second ordre, il soutient à la Chambre des communes les idées,, les intérêts et les sentiments des conservateurs;, mais une vague aspiration vers les choses de la vie nouvelle le pousse souvent à se défaire des préjugés de son parti et à se séparer momentanément de la discipline de ses amis. Ainsi, après avoir accompagné lord Granville au couronnement du czar Alexandre II , à Moscou, il est revenu dans son pays profondément antimoscovite. Dans plusieurs meetings, il a prononcé de véhéments discours contre les mœurs et contre l’administration de la Russie actuelle.
Lord Palmerston lui a fait donner, en 1857, un siège au grand Conseil de l’amirauté.
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