LORD PALMERSTON
On peut dire sans exagération que cet homme remarquable est le représentant le plus complet de cette brillante aristocratie anglaise qui tient une si grande place dans le monde moderne. Cadet de l’illustre famille des Temple, il en est devenu le chef par la loi de l’hérédité, il y a un peu plus de trente ans, et depuis lors il n’a pas cessé d’être à la tête de la politique de son pays, soit en qualité de ministre, soit comme premier sujet de l’opposition au Parlement. Au moment où nous écrivons cette Notice, il est du nombre des dix ou douze esprits d’élite qui règlent la marche de la civilisation actuelle.
Lord Palmerston est né en 1783, c’est -à-dire la veille d’une révolution qui devait tout changer et qui, en effet, a tout transformé sur le globe. Elevé dans les principes de l’oligarchie la plus absolue , il ne pouvait manquer d’être hostile à 1789 et à ses conséquences. La France était d’ailleurs, à l’époque où il grandissait, l’adversaire opiniâtre et toujours heureuse de sa patrie : l’empire humiliait la puissance britannique. Aussi, à la sortie du collège d’Harrow, le jeune Temple était-il un tory inexorable pour la France nouvelle et pour Napoléon Ier. Cependant, comme c’était un esprit réfléchi et actif, il ne devait pas tarder à modifier profondément les idées qu’on lui avait fait sucer avec le lait.
Dans l’origine, il avait été placé dans les bureaux du ministère des affaires étrangères. Grand, beau, bien fait de sa personne, poli, spirituel, emporté par l’amour des plaisirs, il était plus attiré par les succès de salon que parles mirages de l’ambition politique. Mais la jeunesse passe vite en tout pays et surtout chez nos voisins d’outre-mer. Un matin, sous l’œil de M. Canning, ledameret se réveilla apprenti homme d’État. Il n’était déjà plus aristocrate, mais libéral ; le whig avait fait place au tory.