LE VICOMTE DE LA GUÉRONNIÈRE
et celles qu’il inspirait, le vicomte de la Guéronnière devint, de 1848 à 1851, le premier aide de camp de journalistes et d’hommes d’État, dont il ne devait pas tarder à être le rival et l’émule.
Il conquit surtout une place éminente parmi les écrivains par la publication des Portraits politiques, dont l’un devait si puissamment attirer sur lui l’attention du chef de l’État.
Lorsque parut cette étude, à la veille d’un événement considérable, qui fut une surprise pour tous, elle était un témoignage presque hardi de sentiments sincères, elle ne pouvait être un hommage ni à la fortune ni à la victoire qui ne s’étaient pas encore prononcées. Elle marquait le haut rang que devait tenir le vicomte de la Guéronnière sous le gouvernement du prince dont la vie et le caractère avaient été l’objet de ses appréciations.
Aussi, peu de temps après le coup d’État, M. de la Guéronnière, que le portrait du prince Louis-Napoléon avait séparé politiquement de M. de Lamartine, repritil la direction du Pays , dans le sens gouvernemental; bientôt il y joignit celle du Constitutionnel , c’est-à-dire qu’il devint l’écrivain le plus important dans le journalisme parisien.
Dans cette tâche, rendue plus délicate par la situation faite à la presse, M. de la Guéronnière apporta cette élévation et ce calme qui sont toujours un honneur pour un écrivain et qui, dans ces circonstances spéciales, devenaient une marque d’indépendance et de fierté.
M. de la Guéronnière, député du Cantal en 1852 et président du conseil général de la Haute-Vienne depuis longtemps, fut nommé, en 1854, conseiller d’État et commandeur de la Légion d’honneur. En mai 1859, il a été placé par l’Empereur à la tête d’un service considérable, sous le titre de conseiller d’État en mission, au ministère de l’intérieur.
L’influence qu’il doit à sa haute valeur personnelle et à sa position s’augmente encore par la croyance généralement répandue qu’il a été, en plusieurs circonstances délicates, l’interprète de la pensée de l’Empereur. Il est aimé, il est respecté; et tous ceux que leurs travaux mettent en rapport avec lui se louent de sa bienveillance et de sa modération.