JOSEPH-ISIDORE
M. Samson , doyen des sociétaires de la Comédie française, est né à Saint-Denis, à deux lieues de la capitale, en juillet 1793. Ses parents tenaient un café et vinrent, trois ans plus tard , s’établir à Paris, rue Montorgueil.
A l’âge de dix ans, Samson fut placé dans un pensionnat de Belleville. C’est là qu’il connut le baron Taylor, et tous deux sont restés unis par une amitié inaltérable.
Clerc d’avoué à Corbeil, il ne cessait de lire Molière et d’en déclamer des scènes entières à la femme de son patron. Plus tard, commis dans un bureau de loterie, il allait applaudir Talma et Dazincourt à la Comédie française.
Ses parents cessèrent de combattre sa vocation ; il fut admis dans la classe de Lafon, qui lui fit apprendre
l’emploi des comiques. Il se lia d’amitié avec Perlet, grand comédien , homme de cœur, ami dévoué En 1812, Samson n’avait qu’un moyen de se libérer du service militaire, c’était d’obtenir le premier prix du Conservatoire. Perlet simula une fluxion de poitrine pour ne pas faire concurrence à son camarade. L’exemption du lauréat fut signé par Marie-Louise.
Deux ans plus tard, Samson épousa une jeune actrice qui était elle-même un premier prix de l’École, et ils allèrent jouer ensemble la comédie en province.
Il fut engagé à Rouen, où il fut remarqué par Mlle Mars, qui était venue donner des représentations dans la cité normande, ce qui lui valut un engagement à l’Odéon, alors dirigé par Picard.
Samson débuta le 30 septembre 1819 à l’Odéon. Il y resta plusieurs années et il y fit jouer plusieurs pièces, Une fête de Molière , spirituel à-propos, et la Bellemère et le Gendre , comédie de caractère, où l’auteur s’est inspiré avec bonheur de Colin-d’Harleville.
Le 1er avril 1827, Samson devient sociétaire de la Comédie française. En 1831, la Comédie française, en pleine anarchie , menaçait ruine ; Samson accepta un engagement au théâtre du Palais-Royal, où il eut de
SAMSON
charmantes créations, notamment dans Rabelais et le Philtre champenois. Six mois après, il rentra dans la Société de la Comédie française, dont il est devenu une des gloires.
Samson est un talent de premier ordre, digne de soutenir la comparaison avec les beaux noms dont l’histoire de la Comédie française a conservé le souvenir. Il possède au plus haut degré la faculté de transformation, ce qui n’est autre chose que la vérité ou le naturel ; il y joint une diction profonde et fine : c’est l’art de dire personnifié.
Il serait trop long de rappeler ici toutes les belles créations de Samson, qui a joué dans deux cent cinquante ouvrages de l’ancien et du nouveau répertoire. Je citerai surtout le pair de France dans la Camaraderie, Quexada dans Don Juan d\4u/ric/ie,Rantzau dans Bertrand et Ratony le marquis dans Mademoiselle de la Seiglière. Il a mis son cachet dans sa dernière création, le rôle du marquis, des Effrontés. Il n’est pas moins remarquable dans l’ancien répertoire, où il joue en maître la grande livrée et les caractères comiques, tels que Cliton du Menteur , Sganarelle de Don Juany et M. Jourdain du Bourgeois gentilhomme.
Samson a fait jouer en 1849 la Famille Poisson, comédie anecdotique où l’on distingue beaucoup de finesse et de gaieté dans les détails, et dont la versification ne manque pas d’élégance. Il s’occupe depuis dix ans d’un poëme didactique sur l’art du comédien.
Professeur au Conservatoire, il excelle à enseigner l’art qu’il pratique si bien; il a formé de brillants élèves : les Rachel, les Plessy, les Augustine et les Madeleine Brohan.
Vice-président de la Société des Artistes dramatiques, c’est lui qui pendant longtemps a été chargé du rapport annuel ; il s’acquittait de cette tâche à la satisfaction générale. Ses rapports, où il a su présenter avec un charme particulier les actes de libéralité envers l’Association, sont des chefs-d’œuvre de narration simple, claire et élégante.
Intelligence d’élite , esprit fin et d’une distinction rare, cœur droit, nature loyale et fière, Samson est un des hommes qui, par leur caractère et leur talent, font le plus d’honneur à la profession de comédien.
PARIS. — IMP. NAPOLÉON CHAIX ET Ce, RUE BERGÈRE, 20. — 2612
Disdéri.Phot
CHRISTIAN
CHRISTIAN
Christian est l’un des meilleurs et des plus utiles artistes du théâtre des Variétés. Il y a dans son talent une souplesse et une diversité qui lui permettent d’aborder avec avantage toutes sortes de rôles. Il peut jouer avec succès le sérieux et le comique; il excelle dans les facéties et les imitations. Il n’a aucun emploi par la raison qu’il les a tous. M. Hippolyte Cogniard possède en lui un acteur universel, et c’est surtout en cela que consiste l’originalité de Christian.
Christian est né à Paris en 1821. Son nom est Perrin ; Christian est son prénom. Il a le mérite de s’étre élevé d’une condition fort modeste au rang qu’il occupe aujourd’hui. Son père était simple garçon de bureau à la Cai ie d’épargne. Enfant, Christian fut placé chez
un maître menuisier ; puis il obtint plus tard à la Caisse d’épargne un emploi de garçon de bureau, comme son père.
Son goût l’entraînait vers le théâtre. Il fît partie d’une troupe ambulante que dirigeait alors M. Choca, qui, sous le nom d’Hamilton, est l’habile et heureux successeur de Robert- Houdin. Il se fit applaudir à Montmorency, Arpajon, Longjumeau, Corbeil et autres , communes des environs de Paris que le jeune et spirituel imprésario exploitait. Il joua le principal rôle dans Hernani et le Gamin de Paris avec un grand succès; il excita un grand enthousiasme, au théâtre de Belleville, par la façon dont il sut rendre le personnage de Cabrion dans le Ménage de Eigolette.
La vocation l’entraînait : il donna sa démission de garçon de bureau à la Caisse d’épargne ; il fit partie de la troupe des Fondeurs. C’étaient des ouvriers en métaux qui jouaient la comédie aux environs de Paris, à Courbevoie, Argenteuil et Franconville. Il débuta sur la scène d’Argenteuil, dans le Sonneur de Saint-Paul , et il y obtint surtout un succès extraordinaire dans le rôle de Bilboquet, créé par Odry, dans les Saltimbanques.
CHRISTIAN
Christian s’engagea en 1845 dans la troupe de Stockley, qui, en vertu de son privilège, exploitait les villes de Chartres, Chàteaudun, Dreux et Nogent-le-Rotrou. La troupe se composait de six hommes et de quatre femmes, et pourtant l’on joua Permet le Clerc, la Nonne sanglante , et même les Pilules du Diable. Christian, par un merveilleux tour de force, faisait trois ou quatre personnages dans chacune de ces pièces. C’est ainsi que, dans Cœlina ou l’Enfant du mystère, il représentait le traitre, et, sous l’habit de Trugellin, il s’écriait : « Ciel ! j’aperçois un gendarme, fuyons ! » Il fuyait, et revenait presque aussitôt, travesti en gendarme , en disant : « Dieu soit loué ! j’ai arrêté le scélérat ! » A Dreux, dans la Grâce de Dieu, n’ayant pas un habit de mousquetaire, Christian joua le rôle d’Arthur de Sevry en uniforme de garde national.
En 1847, Christian fut engagé au théâtre des Délassements-Comiques au moment où sa camarade Alphonsine, dans la fleur de la jeunesse, lançait au public séduit son esprit, sa grâce, son originalité, son vif regard et son sourire vainqueur ; il fut remarqué dans Claude le Riboteur, Polkette et Bamboche et Sur la gouttière , par tous les habitués et surtout par le
directeur des Folies-Dramatiques, ce brutal et fantasque M. Mourier, qui engagea Christian en 1849.
Certes, dès cette époque, Christian eût pu rendre de vrais services aux Variétés ou au Palais-Royal, mais le noviciat artistique est toujours long et rude ; il y a peu de directeurs qui soient connaisseurs, qui soient capables de discerner l’individualité d’un artiste. Il faut que ledit artiste ait fait ses preuves pour qu’on l’engage. Le Palais-Royal, qui ne voulut pas de M1,e Alphonsine en 1848, serait heureux de la posséder aujourd’hui ; il aurait Déjazet II.
M. Hippolyte Cogniard a eu le bon esprit d’engager Christian, excellent et vaillant artiste, d’un zèle à toute épreuve, toujours sur la brèche et infatigable. Il plaît au public et joue fort bien, même les rôles médiocres. Il a une qualité rare, la gaieté, l’entrain, la bonne humeur, et cette qualité , aucun acteur ne la possède mieux que lui.
PARIS r — 1MP. NAPOLÉON CHAIX ET C% RUE BERGÈRE, 20. — 7750.