EUGÉNIE DOCHE
M. Étienne Arago, directeur du Vaudeville, entendit parler de la jeune et précoce comédienne ; il se rendit à Versailles pour la voir jouer, et il lui proposa un engagement qu’elle accepta en sautant de joie.
MUe Eugénie de Plunkett n’avait pas encore quinze ans quand elle débuta, sous le nom d’Eugénie Fleury, au théâtre du Vaudeville, dans Renaud in de Caen, en 1838. Elle fut sur-le-champ adoptée par le public, dont elle devint bientôt et dont elle est encore l’une des comédiennes favorites.
Le directeur de Versailles, en cédant au directeur du Vaudeville le diamant de sa troupe, avait fait acte d’excellent et aimable confrère. La jeune artiste en fut touchée, et, de sa propre initiative, elle pria M. Étienne Arago de lui permettre d’aller jouer a Versailles les jours qu’elle ne jouerait pas à Paris.
— J’y pensais, mon enfant, répondit-il.
Étienne Arago, homme de cœur, a toujours tenu grand compte d’un bon procédé.
MUe Fleury, pendant plus d’une année, donna fréquemment des représentations à Versailles où elle était adorée.
Quelques années après, elle épousa M. Doche, chef d’orchestre du Vaudeville, excellent musicien et compositeur de talent. C’est alors qu’elle renonça au pseudonyme d’Eugénie Fleury pour prendre le nom de son mari.
Mme Doche s’est distinguée dans toutes les créations confiées à son talent. Je ne puis en donner ici la longue nomenclature; je citerai seulement, parmi les pièces où elle a laissé d’ineffaçables souvenirs, le Cabaret de Lustacra, V Ingénue de Paris , les Mémoires du Diable , YExtase, où elle était admirable, l'Homme blasé, Madame Barbe-Bleue, les Trois Loges, puis les ingénieuses comédies de Léon Gozlan ; enfin, la Dame aux Camélias, son merveilleux début dans le drame.
Mme Doche est une femme de beaucoup d’esprit; elle a le goût de l’élégance et elle apporte dans le monde cette grâce naturelle qu’elle a sur la scène. D.