PARIS. — IMP. NAPOLÉON CHAIX ET C* RUE BERGÈRE
Mr NE LATO F.
NELATON
Un des privilèges de l’homme de génie est la faculté qu’il possède de distinguer dans la foiile, sinon celui qui est en état de le remplacer, du moins celui qui lui ressemble le plus. Si cette observation est vraie quand on l’applique à la politique, aux affaires et à l’armée, elle n’est pas moins exacte quand on la rapproche de la science médicale. Qui découvrira mieux un grand médecin de l’avenir qu’un grand médecin du temps présent ? Il y a une trentaine d’années, Dupuytren comptait M. Auguste Nélaton parmi ses élèves favoris. D’un seul coup d’œil il pouvait déjà deviner qu’il avait affaire à un étudiant du plus haut mérite. Prophète qui
ne parlait qu’à coup sûr, il lui prédisait une carrière brillante, et une victorieuse expérience de trente années a prouvé que l’illustre praticien ne disait rien de trop.
Si l’on doit s’en rapporter au Dictionnaire des Contemporains, M. Auguste Nélaton est venu au monde le 17 juin 1807. Ainsi il aura ce bonheur, assez rare dans notre dix-neuvième siècle, de venir au monde à une époque où, après avoir grandi, il trouvait tout le calme et tout le silence qui sont nécessaires à l’étude. L’empire achevait le cours de ses brillantes destinées au moment où il entrait dans l’âge de raison. Enfant, il avait été témoin de nos gloires et de nos revers militaires sans avoir eu à en souffrir pour lui-même. Jeune homme, il voyait s’éveillait son esprit au commencement de l’ère pacifique de la Restauration qui permettait à tous ceux qui s’occupaient du mouvement des idées de ne pas se préoccuper du monde extérieur.
Les études classiques terminées, il aborda la médecine, mais résolûment, en homme qui veut s’y livrer avec un entier dévouement. On sait combien sont longues les années préparatoires, l’anatomie, la pharmacie,