NÉLATON
chimie, tout ce qui se rapporte à ce grand art, le plus beau et le plus difficile. Ars longua , vita brevis. Le novice n’était pas avare des instants de sa vie; tout au contraire, il les prodiguait sans jamais compter, tant il était passionné pour cette profession d’Hippocrate, dans laquelle on ne réussit qu’après vingt ans de dur labeur. Cours publics, hôpitaux, clinique, méditations solitaires dans la mansarde de l’étudiant ou dans le cabinet du jeune docteur, il faisait de la science l’objet de ses continuelles préoccupations.
En 1836, M. Auguste. Nélaton était reçu docteur, et peu de temps après chirurgien des hôpitaux et agrégé de la Faculté de Médecine. En 1851, il est devenu professeur de clinique chirurgicale et chef à la clinique. En 1856, il a été admis à l’Académie de Médecine, dans la section de pathologie chirurgicale.
M. Nélaton a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en septembre 1848, sous la présidence du général Cavaignac. Il est aujourd’hui officier du même ordre.
Professeur et praticien d’un grand mérite, il inspire une très-grande confiance, ainsi que devait le faire un élève de Dupuytren. — On lui doit l’invention récente d’un remarquable procédé d’opération chirurgicale pour l’extraction immédiate de la pierre en dehors des procédés de la lithotritie. — Écrivain didactique comme tous les professeurs modernes, il a publié un grand nombre d’ouvrages relatifs à son art. — Nous citerons dans le nombre : Recherches sur Vaffection tuberculeuse des os (1837, in-8°); Traité des .tumeurs de la mamelle (1839, in-4°); Parallèle des divers modes opératoires dans le traitement de la cataracte ; Éléments de pathologie chirurgicale (4 vol., 1 839-1 850) . — Ce dernier ouvrage est un travail d’importance qui restera dans l’enseignement.
PARIS. — IMP. NAPOIÆON CHAIX ET Ce, RUE BERGÈRE, 20. —8432.
Dis déri, Phot.
-Mr ORTOLAN.
ORTOLAN
Cette fois la Galerie des Contemporains présente à ses lecteurs un piocheur infatigable, savant et homme d’imagination tout ensemble, très-habile à débrouiller un point obscur de jurisprudence ou d’histoire, et à jeter de beaux vers sur la page d’un album. Depuis cinquante ans, il est rompu au travail littéraire et il l’a pratiqué sous toutes les formes : journaux, discours, rapports, brochures, livres. Il a été administrateur, professeur, historien ; il est poète et homme du monde. Trouvezvous beaucoup d’organisations qui soient mieux douées ?
Joseph-Louis-Elzéart Ortolan est né à Toulon (Var), en 1802, d’un honorable juge de paix de cette ville. On
a commencé à lui faire faire ses humanités à Nice, quand pour la première fois, cette cité était le chef-lieu du département des Alpes-Maritimes. Mais l’Empire, deux fois ébranlé, finit par s’écrouler et, pour vivre en France, l’enfant dut quitter Nice. Il suivit son cours de droit tour à tour à Aix et à Paris. En 1825 il fut reçu licencié, se fit inscrire au barreau sur le tableau de l’ordre des avocats en 1826 , et en 1829 il fut reçu docteur. On voit déjà combien il avait aimé le travail.
Vers ces derniers temps de la Restauration, les études historiques étaient fort en honneur, comme on le sait. Tout y poussait, l’exercice des mœurs constitutionnelles et le progrès des idées. M. Ortolan, se' vouant de ce moment-là à une existence de bénédictin, composait son principal ouvrage, point de départ de sa réputation : Explication historique des Institutes de Justinien. Ce livre lui valut l’amitié de deux hommes considérables, Mourre et Henrion de Pansey.
En 1830, la voix du jeune professeur se mêlait à celle de toute la jeunesse d’alors pour saluer le retour des institutions libérales. M. Dupin aîné, qui appréciait vi-
ORTOLAN
vement le travailleur, ayant succédé à M. Mourre en qualité de procureur général à la Cour de cassation, appela M. Ortolan au secrétariat général de la même Cour. Ces fonctions n’empêchaient pas le titulaire de s’occuper de l’objet premier de ses études. Jurisconsulte avant tout, il professait en Sorbonne l’histoire du droit constitutionnel en Europe, et l’année d’après, à l’Athénée fondé par la ville de Paris, un cours de droit commercial. Sachant ainsi se multiplier, il se rendait utile de plusieurs manières à la fois.
Nous n’entrerons pas dans tous les détails qui se rapportent à sa vie de professeur. Il nous suffira de dire que, vers 1842, les deux chaires de droit constitutionnel et de droit criminel que la Restauration avait supprimées ayant été rétablies, il fut mis en parallèle avec le comte Rossi pour occuper l’une et finit par être en possession de la seconde. Au moment où éclata la révolution de 1848, M. Ortolan, bien connu pour ses opinions libérales, fut chargé par M. Carnot, ministre de l’instruction publique, de faire à l’École de droit un cours sur la souveraineté du peuple. Appelé en même temps au
Conseil supérieur de l’instruction publique, il y prépara le programme de l’École d’administration. Il y fut maintenu jusqu’au 2 décembre 1851.
M. Ortolan a été nommé en 1847 chevalier de la Légion d’honneur.
Faut-il dresser ici la liste de ses ouvrages? Le peu d’espace dont nous disposons n’y suffirait pas. Histoire, jurisprudence, commentaires, administration, économie politique, il a écrit sur toutes ces matières. Il a aussi publié un charmant volume de vers sous le titre d’ Enfantines.
PÀRLf . — IMPRIMERIE DE NAPOLÉON C.HA1X ET Ce, RUE BERGÈRE, 20. — 8428
GALERIE DES' GONrFJPOMIKTS:
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JFFERMAND DE LESSEPS
F. DE LESSEPS
Voilà , sans contredit , celui des fonctionnaires de la diplomatie française dont l’action aura le plus marqué depuis vingt années. Quand même il ne serait pas connu par les grands faits politiques qui ont accompagné ses diverses missions , il ne laisserait pas d’être célèbre par les voyages qu’il a faits et qu’il accomplit sans relâche. En somme, et à quelque point de vue qu’on l’envisage, il est une des figures les plus curieuses et les plus intéressantes de notre époque.
Suivant les biographes, M. F. de Lesseps est né à Versailles en 1805, d’une famille très-honorablement placée dans le monde. Après avoir fait de bonnes études, il entrait dans la diplomatie , dans le secrétariat du consulat de Lisbonne, en 1827. Un peu plus tard, il était attaché aux bureaux de M. de la Ferronnays. Homme de li-
berté , il n’avait pu se défendre d’applaudir au mouvement de la révolution de 1830. Avait-il le pressentiment qu’il deviendrait un jour un de ceux qui représenteraient le mieux la France à l’étranger?
Vers 1835, M. F. de Lesseps était envoyé successivement en Syrie et en Egypte. Ces deux contrées étaient alors désolées par les excès de la soldatesque d’Ibrahim-Pacha. L’envoyé du roi Louis-Philippe parla avec énergie, protégea nos coreligionnaires et arrêta l’effusion du sang. Bien venu de Méhémet-Ali, il reçut un honorable accueil à la cour du Caire. Dans ces diverses missions, il avait déjà été à même de concevoir et de rêver le grand projet du percement de l’isthme de Suez, noble entreprise à laquelle il léguera son nom.
De l’Orient, où il avait déjà fait si bonne contenance, il fut chargé d’occuper divers postes, notamment en Espagne. La Péninsule, de plus en plus troublée par les agitations de la guerre civile , avait besoin d’hommes énergiques qui fussent en état d’y maintenir les droits de nos nationaux. A Barcelone , dont il était consul, M. F. Lesseps tint tête à Espartero qui , dans l’enivre-
F. DE LESSEPS
ment de son pouvoir, voulait bloquer et bombarder la ville. La belle conduite du représentant de la France fit grand bruit. À Paris, il fut nommé officier de la Légion d’honneur; à Barcelone, on frappa une médaille en son honneur; à Marseille, la chambre de commerce lui vota des remercîments.
En 1848, au moment où éclata la révolution, M. F. de Lesseps fut nommé ambassadeur à Madrid. Après l’élection du 10 décembre, il fut remplacé par un cousin du Prince-Président, mais presque au même moment on l’envoya représenter la France à Rome- Comme il y avait trouvé des causes de dissentiment avec le ministère , il se retirait de ce poste en écrivant une brochure pour expliquer les causes de sa retraite.
S’il se retirait de la vie diplomatique , il ne recherchait pourtant pas le repos. On sait qu’il s’est mis à la tête d’une grande Société qui est en train de percer l’isthme de Suez. Il y a mille obstacles à rompre : l’éloignement, la dépense, l’hostilité des Anglais, la difficulté de faire réussir une chose neuve et grandiose.
fl GALERIE DES CONTEMPORAINS.
Homme volontaire et intelligent, M. F. de Lesseps viendra à bout de tout et finira par réaliser son rêve.
Sachant bien qu’on ne peut rien faire au xixe siècle sans le concours de la presse, le courageux initiateur a développé son système et indiqué ses vues dans une brochure fameuse, qui a paru sous le titre : Percement de l'Isthme de Suez. — Exposé et documents officiels. — On voit dans ce travail quels avantages sans nombre la civilisation recueillera d’un acte qui aura pour œuvre définitive de relier entre elles l’Europe, l’Afrique et l’Asie.
PARIS. — NAPOLÉON CHAIX ET Ce, RUE BERGÈRE, 20. — 3702
Dis déri, Phot.
JT LE VICOMTE DE LA GUERQHMRE.