ÉPILOGUE
ont le respect et, en bien des choses, l'amour du passé. Comme il n'est pas dans les habitudes de mon estime de placer les époques d'industrie et d'égoïsme plus haut que les époques d'art et de courtoisie, je tourne souvent vers le passé, qui me sourit et qui m'attire, ce front penché que vous avez maintes fois, dans ses accablements, relevé d'une main douce. Je sais donc voir en France, aux trois derniers siècles particulièrement, un intermédiaire empressé et plein de grâce entre le pouvoir oublieux et le poète oublié : c'est la grande dame. La grande dame est encore une figure disparue. J'apprends bien quelquefois,dans mon coin, que certaines femmesvoudraient jouer dans les lettres contemporaines ce rôle qui tente leur vanité; mais qui sait y regarder, voit toujours, sous leurs prétentions, percer le bout d'oreille de la bourgeoise. Celte protection intelligente d'autrefois, qui n'avait plus rien d'offensant avec ses gracieux airs de femme, elle allait surtout chercher dans l'ombre les talents fins et discrets, inhabiles à se produire d'eux-mêmes. Celles, au contraire, qui s'imaginent, à cette heure, continuer ces traditions perdues, se font les marraines de quelque lourdaud universitaire quand elles ne s'attellent pas au char du succès. Le succès les fait accourir à ses lueurs phosphoriques, comme les pai>illons du soir aux bougies ; ainsi celles (|ui devraient connnander à l'opinion en sont les esclaves.
Cela dit, madame, je n'ai certes plus à concUiie ; et pourtant, si je parlais à un jeune homme rencontré par hasard dans la vie, et qu'une impérieuse vocation entraînerait dans la voie dont je vous signale les périls, loin de l'en détourner je serais le premier à lui battre des mains, le premier à l'affermir dans ce culte de l'idéal, la seule religion qui fasse encore des martyrs; mais, comme Julien n'est pas une de ces âmes solitaires qui peuvent souffrir pour une noble cause sans que leurs souffrances soient contagieuses; comme il n'est point de bonheur pour vous sans bonheur pour lui, croyez-en ma jeune expérience, et faites, sans nul relard, selon les conseils de ma fervente amitié.
Rappelez-vous, madame, une scène ravissante du Don Carlos de Schiller, dont je vous racontai, un soir, sous vos platanes, les dramatiques péripéties. Croyant à un rendez-vous donné par la reine, Carlos accourt, tout palpitant, au lieu indiqué oii l'attend seule la princesse Eboli. Alors s'engage une adorable scène entre la jeune princesse amoureuse elle prince inquiet, rêveur, impatient, dont l'esprit abîmé dans les extases d'un autre amour ne sait pas comprendre les tendresses du cœur qui tressaille et balbutie à ses côtés. Mais, après avoir vainement provoqué l'aveu qu'elle espère, quand la jetmc fenmie, à bout d'ironie et de séductions, raconte enfin que le roi la veut livrer de force à l'un de ses favoris, alors, sur un jnot