‹ Galerie des poëtes vivantsChapitre 20 sur 28 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

conviendrez, n';i plus qu'à se laiiv. Quand le limon qui reposait au fond du lac, soulevé par quelque tempête, remonte à la surface, alors, selon l'image consacrée par un illustre, le cygne se retire des eaux troublées; il gagne une anse abritée et limpide où nulle souillure ne puisse atteindre la blancheur de ses ailes. Voilà pour le public. Quant au pouvoir, s'il avait d'autres préoccupations que l'éternel souci des portefeuilles, s'il considérait la situation morale el intellectuelle de la France d'un œil vraiment éclairé, il se dirait : « Mais ce pays s'en va ! Toutes les grandes idées qui font la vie des peuples vont lui manquer. Lesprécieusesnolions du juste selon Dieu, du beau selon l'art, disparaissent ou s'altèrent; tous les sentiments qui haussent le cœur l'abandonnent , et sur toutes ces ruines surgit une passion fixe et dévorante, la passion du gain. » En présence d'un mal si profond, avant de répondre à toutes les passions ameutées autour de lui par des intérêts mesquins ou odieux, ce pouvoir se rappellerait logiquement alors qu'il y a, épars dans cette foule, dont le niveau moral va chaque jour s'abaissant, quelques rares esprits, en dehors et au-dessus de tous les partis politiques : âmes élues que n'a point absorbées le matérialisme industriel du temps, qui gardent vives bien des ardeurs sacrées, ailleurs éteintes; dont la voix étoufîée, si on lui ménageait des échos, pourrait ranimer dans les cœurs et le culte de la Pairie, qui ne

connaît plus de dévouements, et le culte de la Famille, dont les liens sont si relâchés, et celui de la Nature qu'on oublie, et celui de l'Idéal qu'on raille! Il y aurait opportunité et prévoyance, n'est-ce pas? à provoquer de tels services, et le pouvoir que je suppose s'empresserait de les rendre possibles, n'ayant, pour cela faire, qu'à suivre l'exemple de ces propriétaires mélomanes qui arrangent au bout de leurs enclos quelques massifs de coudriers et d'érables où le rossignol vient, au printemps, sous la feuillée hospitalière, chanter toute la nuit. Or, de tous les emplois qu'on réserveaux seuls lettrés, et qui ne sont dûment remplis que par eux, je vois toujours le poëie exclu. Avec vous, madame, je n'entrerai pas en certains détails qui seraient les pièces à l'appui de mon dire. Celte sorte de stalistiqueserait trop facile à dresser, plus facile qu'il ne serait d'expliquer cette répulsion ou tout au moins cet abandon des esprits intelligents par excellence. Quelques -uns en trouvent la cause dans l'incurie des poètes eux-mêmes, cigales imprévoyantes qui ne songent à leur dénûment qu'à l'heure où la bise est venue. Quelques autres voient dans leur sauvagerie habituelle ou dans la fierté bïen connue de leurs sentiments un obstacle à leur fortune. Je crois cette dernière observation juste en bien des cas, et, à ce propos, j'ai encore à vous confier un regret que le passé m'inspire.

• Vous savez, mon amie, (juc je suis de ceux-là qui

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