SOUVENIR DE PRINTEMPS
Ce n'élaienl dans les airs que chauds rayons, bruils d'ailes, Soupirs de claires eaux, cris joyeux d'hirondelles ;
La terre élail en fleur; .Du beau printemps qui fait la prairie opulente, Tout ressentait alors, l'oiseau comme la plante,
L'amoureuse chaleur.
Lis aux lames d'argent, pervenche, campanule, Toute fleur au soleil brillait ouverte, et nulle
Ne restait en boulon ; !']t les papillons d'or, les abeilles par bandes. Butinant au hasard, des riches plates-bandes
Parcouraient le feston.
276 (iALElUK BE^ POÈTES VIVANTS.
Mais lors(|iie î^ous l'onibrclle, Enfant au Inml canilidc, Tu parus à mon bras en ce jardin splpn<ii(it'
Qui nous émerveillail ; O prodige ! ô beauté, charme de toute chose ! Abeille et papillon, quittant les fleurs de rose
Elles touffes d'œillet,
Vers la bouche, fleur pure et pleine d'ambroisie. Accoururent, essaim que dans ma jalousie
J'avais peine a chasser ; Car l'abeille aspirait à celle fleur pourprée, Et l'ardent papillon de son aile nacrée
La voulait caresser.
LE CULTE Dl PASSÉ.
Chaque jour il venait au seuil d'un vieux porlique, Et, contre les débris de lianes brodés S'appuyait, telle on voillaPolymnie antique, Pensive, et ses deux bras sur un socle accoudés.
Et comme du regard dominant une grève.
Il voyait la campagne au loin se dérouler, !.a nature et ses bruits, par instants, à son rêve Se mêlaient vaguement, sans jamais le troubler.
Un jour que plus rêveur encor que d'habitude, Il était là dans Tombre, une main sur les yeux, Voici qu'envahissant soudain la solitude, Des jeunes gens pa.ssaient avec des rlianis joyeux.
Tous, ardents voyageurs, en phalanges pressées, Courant vers l'horizon et vers le lendemain. Ennemis du repos et des âmes lassées.
Au jeune homme pensif ils criaient du chemin :
« Parmi la ronce aiguii et la pariétaire, Comme un marbre en ruine, immobile et glacé, Que restes-tu, jeune homme, à rêver solitaire, Les yeux sur le passé ?
« Sur un monde détruit pourquoi gémir encore? Le champ vide est toujours déserté du glaneur. Ami, viens dans nos rangs, nous allons vers Taurore, Nous allons au bonheur.
« Les temps vont s'accomplir, les temps de la conquête. Aux rivages nouveaux nous allons aborder. Suis-nous et sans regrets, tu seras de la fêle, Suis-nous, et sans tarder! »
Mais lui, le doux jeune homme, à son culte fidèle, En ces lieux, tout peuplés de ses pensers chéris, Demeura solitaire, ainsi qu'une asphodèle Sur un cippe inclinée, amante des débris.
Eux raillaient cependant sa pensée inacttve, El comme ils reprenaient leur marche sans repos, Lui, d'un front assuré, grave, sans invective. Les salua du geste et leur jeta ces mois :