‹ Galerie des tableaux du Pont de la Chapelle à LucerneChapitre 5 sur 10 · DES TROIS CANTONS PRIMITIFS · texte numérisé non relu

DES TROIS CANTONS PRIMITIFS

JL

Vn gcant ou homme sauvage»

C’est à bon droit que le géant ou homme sauvage, qui sert de support à récusson dés armoiries du canton de Lucerne , est placé ici à l’entrée de cette galerie de tableaux nationaux, comme s’il en étoit le portier, La nature a parsemé la contrée environnante, de tant de scènes colossales, que l’état de Lucerne a bien pu se choisir un protecteur emblématique d’une taille analogue et gigantesque* Celui-ci cependant n’a paru dans les armoiries cantonales qu’à une époque assez moderne, lorsqu’on 1577 l’on eut découvert près de Reyden, village Lucernois, sous le tronc d’un vieux chêne déraciné, un squelette d’une dimension extraordinaire* La crédulité populaire et les lumières peu étendues de ces tenis - là se plurent à voir dans ces ossements les dépouilles d’un géant, et cette opinion fut même partagée par des personnes plus éclairées* Ils furent transportés dans les archives du canton, où on les a conservé avec soin jusqu’à ce que des recherches plus exactes et plus récentes, ont décrédité

cette superstition. Deux savants entr’autres, arbitres très compétens dans les sciences naturelles , Mrs, Blumenbach et Dolomieu ont prononcé que ces restes paroissoient être ceux d’un de ces animaux gigantesques d’un monde primitif, dont la race n’existe plus de nos jours, plutôt que d’une créature humaine. Depuis-lors l’ancienne croyance populaire s’est peuà-peu évanouie, et ces ossements ont été transféré hors des archives cantonales dans le cabinet d’histoire naturelle d’un particulier. Cependant le géant a conservé sa place dans les armoiries du canton, où il restera probablement malgré toutes les objections qu’une critique sevère a su élever centre son existence.

Il nous reste encore à dire un mot de l’écusson, qu’il semble protéger et qui forme les armoiries du canton de Lucerne,

Il représente un champ uni, coupé horizontalement en deux parties égales de bleu et de blanc, qui sont aussi les couleurs cantonales» Jadis sous les abbés de Murbach, qui possédèrent longtems la souveraineté de la ville de Lucerne, la figure paisible d’un moine lui servoit de support, ainsi qu’on le voit encore sur un monument de pierre, qui étoit muré sur l’une des portes de la ville. Plus tard sous le gouvernement des empereurs d’Allemagne, l’aigle impérial ornoit l’écusson de la ville. Enfin le géant, dont on a parlé plus haut, vint usurper cette espèce de petite magistrature qu’on ne lui a plus contesté,

Une contrée déserte et solitaire,

Le paysage agreste et sauvage que représente ce tableau est sans doute l’image fidèle de ce qu’étoit le terrein qu’occupent maintenant la ville de Lucerne, et ses riants alentours, dans leur état primitif, avant que de nombreux édifices, et des jardins fertiles ornassent les rives du beau lac qui le baigne, avant que le soc eut défriché le sol virginal de ces déserts.

On n’y voyoït alors que des sombres forêts, .des coteaux et des vallons tapissés de chardons et de broussailles, sans cesse dévastés par les torrents rapides et indomptés qui les traversoient, des marais fétides et incultes. Q^uelqucs misérables cabannes de pêcheurs étoient les seules conquêtes que l’industrie humaine eut osé faire dans ces solitudes. Une \ humble chapelle consacrée à St. Nicolas , patron des nautonniers et des pécheurs , avoit été érigée par ces premiers habitants sur la colline où brille aujourd’hui le temple majesteux de la cathédrale ou Hofkirche. L’histoire n’a pas conservée la date de cette modeste construction. Mais il est probable qu’elle eut lieu dans les premiers siècles de • l’ere chrétienne , lorsque de pieux missionnaires Irlandois vinrent porter les lumières du christia. nisme dans les vallées de l’Helvétie. Une ancienne tradition rapporte que pendant plusieurs nuits ayant

que le duc Wikard fondât un couvent sur le même emplacement, l’on vit cette chapelle éclairée par une lumière surnaturelle»

La ville de Lucerne dans les premiers teins de son origine.

Il seroit impossible de citer la date précise de l’origine de la ville de Lucerne, ni l’époque où elle commenta à former une communauté» Aucun document ne l’atteste et l’histoire ne fournit que très-peu de lumières à cet égard* Les événements qui entourèrent son berceau se perdent dans la nuit des tems» On peut supposer sans pouvoir en alléguer aucune preuve, qu’elle étoit l’une de ces 12 villes et 4oo villages que les peuples de l’Helvétie abandonnèrent et brûlèrent , lorsque dans le siècle de Jules César, ils quittèrent au nombre de 400,000âmes, sous la conduite de leur chef Orgetorix, leur patrie froide et stérile, pour aller chercher un climat plus doux et un sol plus productif» On sait qu’ils furent atteints et vaincus par les légions Romaines , sur les frontières des Gaules , et que Jules César contraignit les débris de cette multitude échap- ' pée au carnage d’une sanglante bataille, de retour.

ner dans leurs vallées et à reconstruire leurs liabi*^ tâtions* Depuis cette défaite les Helvétiens vécurent paisiblemement pendant plusieurs siècles sous la domination Romaine. C’est dans ce période que l’on peut placer avec quelque probabilité la construction de quelques monuments qui existent encore et qui portent l’empreinte de leur origine Romaine; principalement la tour de l’eau ( W a s s e r t h u r m ), placée à l’endroit où la Reufs sort du lac des 4 cantons , qui servoit de fanal aux navigateurs et aux pêcheurs et qui probablement a procuré à la ville son nom deLuceria ou Lu cerna.

Elle fut, dit-on, saccagée une seconde fois, dans le ième siècle par Attila roi des Huns, lorsque ce sauvage conquérant inonda aussi l’Helvétie de ses hordes dévastatrices ; mais elle se releva bientôt de cette nouvelle catastrophe. Plaqée à l’entrée du défilé qui conduit en Italie, elle avoit déjà acquis quelque importance et jouissoit de la protection spéciale des rois des Francs, et des empereurs d’Allemagne. Ces derniers l’honorèrent plusieurs fois de leur présence et lui donnèrent pour gouverneurs les ducs de Souabe, dont l’office principal consistoit à garder le passage du St. Gotthard et à en maintenir la possession à l’empire.

L’histoire qui a conservé ces données déjà peu authentiques , ne fournit guères plus de matériaux sur l’accroissement graduel de Lucerne dans le période qui suivit sa réédification. Il est probable qu’elle ne contenoit d’abord que quelques chétives maisons en bois, quelques rues étroites et irrégulières,

telles qu’on les voit sur le tableau dont nous parlons» Mais sa population ne tarda pas à s’augmenter à mesure que la route du St* Gotthard devint plus praticable et plus fréquentée , que les rapports commerciaux entre les diverses nations se multiplièrent au moyen de la navigation maritime, et donnèrent plus d’activité à l’industrie. Alors Lucerne s’aggrandit ; le nombre de ses édifices devint plus considérables ; il fallut les mettre à l’abri des invasions et du pillage ; les entourer de fossés, les défendre par des murailles , des tours et des portes* Son territoire s’étendit, et ses habitants qui se distinguèrent toujours par leur loyauté et leur bravoure, surent conserver un caractère noble et indépendant sous toutes les dominations qu’ils furent appellés à subir* Us se rendirent dignes d’entrer dans la confédération Suisse et partagèrent avec gloire les destinées de cette république jusqu’à nos jours, où ils y sont encore placés à l’un des premiers rangs*

Fondation du couvent au Uof,

Ce tableau représente des hommes armés , portant des bannières et des écussons, sur les quels on voit des armoiries*

Ce n’est que depuis le 6èmc siècle de notre ere, lorsque THelvétie passa sous la domination des rois des Francs, sous le règne de Clovis III„ que Ton a des données un peu précises sur l’histoire de Lucerne» Ce prince divisa ses nouvelles conquêtes en districts, aux quels il préposa les compagnons de ses victoires, sous le titre de ducs ou de gouverneurs , pour y administrer la justice et pour maintenir les droits de leurs habitants» Lucerne fut soumise au gouvernement des ducs de Souabe, et l’on prétend que lorsqu’ils venoient y résider momentanément pour y exercer leur office, ils tenoient leur cour à l’emplacement, où fut construite depuis -lors la cathédrale qui existe encore de nos jours ; d’où lui vient le nom de Im-Hof (à la cour)»

Wikard l’un de ces ducs, frère du duc Ruppert fondateur de la cathédrale de Zurich , prince riche et puissant, fonda en 695 à la même place, où dans des tcms plus reculés avoit existée la petite chapelle de St, Nicolas, dont on a parlé plus haut, une église et un monastère sous la règle de St. Benoit» Il attribua à cette communauté plusieurs villages , des domaines et des droitures considérables. Plusieurs nobles francs ou allemaniens, qui tenoient une partie de ces propriétés sous le titre de fiefs , devinrent ainsi vassaux de ce couvent»

Le roi Clovis confirma non seulement cette fondation, mais y ajouta même la souveraineté et la jul'isdiction sur la ville de Lucerne et son territoire* C’est pourquoi l’on voit sur ce tableau les armoiries des villages de Scholfingen, Halderwank, Reyn, Lun-

kofen, Buclireln, Kussnacht, Alpnach, Emnien, Malters, Kriens, Horw, Stans, Littau, Adcîgeschwyl, Gyss* wyl, Sarnen, Glattfelden et Bellikon, qui furent données au couvent du Hof, ou qui lui payoient quelques redevances. Mais dans la suite des tems il perdit plusieurs de ces propriétés, soit parce que les tenanciers se rachetèrent de leurs redevances féodales, soit par la dissipation des abbés qui les vendirent, soit par d’autres circonstances malheureuses. Plusieurs des villages sus-nommés, ne font plus même partie du canton de Lucerne.

Ce changement de domination fut très avantageux à la ville naissante et devint la source de sa prospérité. Rapprochée de ses maîtres, sous leur administration sage, douce et paternelle, lu commune obtint de leur générosité, plusieurs franchises et immunités. On y trouve déjà dans ces tems reculés des traces d’une autorité municipale plus ou moins indépendante, exercée par des magistrats choL sis parmi les citoyens.

Construction de Véglise et du couvent au Hof,

A l’époque de cette construction l’ordre de St# Benoit étoit très florissant et jouissoit de la plus grande -considération. Ses congrégations etoient des

écoles de piété et d’érudition» Elles s'occupoient avec zele, non seulement de l’enseignement de la jeunesse, mais aussi à faire défricher des terrains incultes et à introduire un meilleur système d’agriculture. C’est ainsi qu’elles contribuoient de toute manière à la civilisation des nations encore à moitié barbares. Le peuple les vénéroit et se soumettoit volontiers à leur domination spirituelle et à leur gouver^ nement temporel. La fondation du monastère au Hof par le duc Wickard, fut donc un bienfait inappréciable pour la ville de Lucerne et posa les pre« mières bases de la prospérité, qu’atteignit dans la suite cette commune alors si chétive. Le prince accomplit son oeuvre méritoire en embrassant lui même ' l’état monastique et en devenant le premier abbé du couvent. Plusieurs de ses sucoesseiu's , surtout le premier, nommé Allwik, se distinguèrent par leur piété et leurs lumières. Le couvent se maintint paisiblement dans la jouissance de ses possessions et dans l’exercice de ses droits , entr’autres dans celui de choisir lui-même ses supérieurs jusques vers le milieu du sème siècle. Dans ce période l’étendue, la population et le bien-être de la ville s’accrurent considérablement. Elle obtint des franchises et des immunités importantes de ses généreux souverains. Mais en IGS un abbé du couvent de Murbach en Alsace, qui avoit passé par Lucerne en se rendant à Rome, tenté par l’opulence de l’abbaye au Hof, obtint au moyen de diverses intrigues, du pape et de Pépin, roi des Francs, la survivance de la prélature du Hof et l’incorporation de cette abbaye à celle de Murbach,

qui devint par -là souveraine de la ville de Lucerne» Les abbés de cette dernière n’y établirent jamais leur résidence permanente. Ils y envoyoient des gouverneurs, qui présidoient à la congrégation sous le titre de prévôts et d’autres employés subalternes. Cependant ils s’y rendoient quelque fois, habitoient alors un chateau nommé Lugaten, situé dans le voisinage du Rotlienthurm (tour rouge), près du Nœllithor, et y administroient eux - même la justice suprême.

Sous leur gouvernement, la commune de Lucerne obtint le droit de ne pouvoir être imposée d’aucune redevance, sans avoir été consultée, de donner son assentiment à toutes les alliances, à toutes les guerres qui seroient entreprises par les abbés , de ne pouvoir jamais être aliénée ni séparée du couvent au Hof, et de se donner une magistrature choisie dans son sein et composée de 36 citoyens, sous la présidence d’un avoyer, soit juge suprême. Ainsi s’écoulèrent 5 siècles de paix et de bonheur pour Lucerne, jusqu’en 129L Le baron Bcrchtold de Fal- Icenstein étoit alors abbé de Murbach. Il surpassa tous ses prédécesseurs en magnificence et en prodi^ galité. Se trouvant sans cesse dénué d’argent à la suite de ses folies dépenses, il céda peu -à- peu plusieurs droitures à la commune et lui vendit des domaines appartenants à son monastère pour des sommes considérables. C’est ainsi qu’en 1285 il confirma solennellement la promesse que la ville de Lucerne ne seroit jamais séparée du couvent, moyennant 300 marcs d’argent qu’elle lui paya. Malgré cet engagement, se trouvant encore dans une nouvelle pénu-

rie et se voyant sommé d’acquitter les droits d’investitures et d’autres impôts qu’il redevoit à l’empire, ^ il vendit à l’empereur Rudolphe , au profit de ses fils les ducs d’Autriche, tous ses droits sur la ville de Lucerne, 20 métairies appartenantes au chapitre de St, Leger, et 6 villages situés en Alsace, pour la somme de 2000 marcs d’argent.

Les citoyens de Lucerne tentèrent en vain de s'opposer à un traité aussi funeste; ils se refusèrent pendant une année entière, à se soumettre à ce nouveau gouvernement, qui changeoit entièrement leur condition de francs- tenanciers de l’empire et les rendoit sujets de la maison d’Autriche. Mais ils étoient trop foibles pour lutter contre une puissance aussi prépondérante. Le duc Albert vint luimême parmi eux pour se faire prêter hommage et promit solennellement de respecter et de maintenir tous les droits et privilèges de la commune, Deslors les rapports de celle-ci avec le couvent au Hof diminuèrent peu- à- peu et ce monastère dépouillé d’une grande partie de ses propriétés tomba tellement en décadence, que le pape Calixte 111, se vit obligé de changer sa constitution et de le transformer en un chapitre de chanoines (en l45i), en réservant expressément dans l’acte dressé à cet égard toutes les franchises de la ville.

Celle-ci se racheta en l47.9 de toutes les redevances qu’elle avoit encore à payer à ce chapitre, telles que les dixmes, censes &c„ pour la somme de 2600 fl. Elle acquit aussi par -là la propriété d’une partie du lac, qui jusqu’alors avoit appartenu au couvent.

grandissements^ embellissements et fortifications de la ville de Lucerne,

On voit dans ce tableau la ville de Lucerne déjà plus grande que dans le sème, renfermant des maisons bâties en pierres, entourée de hautes murailles et défendue par plusieurs tours.

Il est probable que Lucerne ne tarda pas à devenir une ville assez considérable. Sa situation sur le lac des 4 cantons , à l’endroit où la Reuss s’en échappe, au débouché septentrional du passage du St. Gothard, étoit trop favorable au commerce entre l’Italie, l’Allemagne et la France, pour ne pas y attirer une foule de gens industrieux qui augmentèrent sa population et ses richeses. La résidence qu’y firent de tenis à autre les rois des Francs , et les opulents abbés de Murbach, contribua à lui donner de l’importance. Il existe des documents du sème siècle, qui prouvent qu’à cette époque on s’occupoit déjà à l’embellir, tel qu’une ordonnance qui prescrivoit d’élargir les rues et d’aligner les bâtiments. Les abbés de ùlurbach s’étoient arrogé le droit de se faire précéder par une barre de fer d’une longueur déterminée, portée horizontalement lorsqu’ils traversoient les rues et de faire abattre des maisons trop avancées pour que la barre put passer sans les toucher. Les propriétaires pouvoient cependant se racheter de cette obligation. Ce fut aussi soliî leur domination,

que Ton commença à ceindre la ville de murailles garnies de tours; que le pont sur la Reuss et celui qui, jetté sur le lac., conduit à la cathédrale du Hof, furent construits et que Ton abbattit une forêt de chênes qui dominoit la ville, sur le coteau de la Musegg, pour y planter des vignes» Sous le gouvernement plus belliqueux de la maison d’Autriche, les nouvelles constructions qui se firent à Lucerne tendirent plutôt à la fortifier» On en sentit encore mieux la nécessité lorsqu’elle s’affranchit de ce joug étranger et qu’elle dut songer à la défense de sa liberté naissante» C’est à ces époques que se rapporte l’élévation de plusieurs nouveaux murs de la ville plus étendus, et d’un plus grand nombre de tours» On ne négligoit cependant pas tout -à- fait d’embellir la ville et d’y construire des édifices d’utilité publique» C’est ainsi qu’en 1303, pour faciliter la communication entre les deux parties de la ville séparées par la Reuss, onjettaun troisième pont sur cette rivière, à l’endroit où elle sort du lac» C’est le pont de la chapelle où sont placés les tableaux dont nous donnons l’explication» Le magistrat encourageoit par\ des primes et par des concessions de matériaux, les bâtisses de maisons en pierre»

En l403, on bâtit un 4ème pont sur la Reuss, celui des moulins; en l408 on orna la tour de la Mussegg, d’un horloge déjà établie en 1385 par un artiste Bâlois» En 1350 on avoit déjà élevée la tour de l’hôtel de ville, qui fut lui même démoli et rebâti en entier en l4s4; en l4i4 on commença à paver les rues et en i4si , on posa la belle fontaine,

qui décore encore le maïché aux vins» Nous ne faisons pas mention d’une quantité d’églises, de couvents, d’édiSces publics, d’établissements de charité, qui prirent naissance dès la fin du laème siècle jusque dans le lième, dans ce pério**de que l’on peut nommer à juste titre l’age d’or de Lucerne» L’esprit public, l’amour de la liberté, les sentiments patriotiques qui animoient tous les citoyens, fruits de leur régénération politique , portèrent alors cette nouvelle république , au comble de la prospérité , dont les résultats bienfaisants se font encore ressentir de nos jours» Heureuse dans son intérieur, considérée au dehors, aimée de ses voisins et de ses alliés, Lucerne comptoit alors dans son enceinte et dans ses fauxbourgs, 1200 maisons, toutes habitées par des familles aisées, et industrieuses» Le nombre de ses citoyens s’augmentoit journellement et les régistres de la commune font foi que dans l’espace de i26 ans, de 1357 à l4S3 , elle admit 2931 nouveaux bourgeois» L’industrie et le négoce y florissoient tellement, que plusieurs villes étrangères, des plus commercantes, telles que Gènes, Milan, Francfort sur le Mayn, se firent un honneur de conclure avec elle des traités de commerce» Ce fut ainsi qu’elle sut mériter le titre de L u c e r n a 1 u c e n s, qui lui fut donné alors par ses contemporains*

Les deux bannières de Lucerne,

Les drapeaux de la ville et ceux des deux sociétés d arquebusier.

Les bannières étant ordinairement envisagées comme le symbole des liens, qui constituent une société en corps de nation, ces deux tableaux , qui ne donnent lieu à aucun commentaire historique, nous fournissent l’occassion de parler des diverses formes d’administration et de gouvernemeut qui ont régi la ville de Lucerne* Nous ne remonterons point jusqu’aux tems les plus reculés , pour dépeindre les moeurs des anciens Helvétiens, et leur état politique sous le joug des Romains et sous celui des rois des Francs* L’histoire ne fournit pas des renseignements assez positifs à cet égard* Nous nous référons au témoignage d’une célèbre historien national, qui atteste que sous tous les gouvernements qu’ils subirent, les Suisses furent toujours un peuple ami de la liberté, loyal et valeureux* Tout homme libre contribuoit par son vote à la législation , et l’autorité des loix résistoit au

pouvoir des princes les plus arbitraires^ Ces loix étoient simples, peu nombreuses, plutôt prohibitives, qu’impératives* Les ducs et les comtes qui administroient les provinces au nom des rois, étoient chargés de les exécuter, d’exercer la haute jurisdiction, de surveiller l’action de la justice inférieure , d’organiser la levée des gens d’armes, et de les conduire aux combats*

Lorsque le duc ''^7ikard en fondant le monastère ay Hof, lui soumit la ville de Lucerne et sous le gouvernement des abbés de Murbach , de nouveaux rapports plus étroits s’établirent entre elle et ses gouvernants* Ceux-ci exercoient leurs droits, tels qu’ils leur avoient été concédés et percevoient leurs revenus soit eux mêmes soit par l’entremise de leurs délégués* En tcms de guerre les milices de la ville se joignoient à celles du couvent et suivoient avec celles-ci, les bannières des rois des Francs* La haute jurisdiction dépendoit exclusivement et immédiatement de l’abbaye, et les sentences inférieures en matière civile passoient par trois instances* Cependant la ville jouissoit déjà d’une espèce d’indépendance municipale, il y existolt un tribunal choisi dans son sein, dont les membres étoient renouvelés de 6 en 6 mois* Un délégué du couvent y siégeoit sous le titre d’amman, pour y défendre les prérogatives de ses supérieurs* Lorsqu’en 1291 la souveraineté passa à la maison d’Autriche, Lucerne ne tarda pas à éprouver les conséquences fâcheuses d’un pareil changement* L’empereur Rudolphe favorisa cependant ces nouvelles possesions de tout son pouvoir*

Il éleva Lucerne presque au rang d’üne ville impériale, la mit sous sa procection spéciale et sous celle de l’empire, respecta ses anciennes franchises et lui en octroya de nouvelles» Mais ses successeurs prirent une marche tout -à- fait contraire» Lucerne jadis dépendante d’un fief direct de l’empire, se ressentit d’étre devenue une ville sujette de princes puissants et trop belliqueux; elle fut appellée à partager toutes leurs entreprises injustes , ambitieuses et sanglantes».

Ce fut surtout lorsque la guerre s’alluma entre les Ducs d’Autriche et les peuples pasteurs, riverains dü ^ac des quatre cantons, qu’elle en ressentit les éffets les plus funestes. En butte à la haine de ces voisins turbulents et irrités par d’alFreuses vexations, exposée à leurs incursions, tourmentée d’éxtorsions d’im. pots sans cesse renouvellées par ses souverains et leurs suppôts , qui repoussoient par des menaces et des humiliations les représentations que faisoit la commune contre une pareille tyrannie , Lucerne se vit arracher encore plusieurs de ses anciennes immunités^ Le choix libre de ses magistrats municipaux lui fut enlevé et le sénat autorisé à se recruter et à se completter lui même sans le concours de la bourgeoisie» Bientôt tout les places y furent occupées par des nobles. Vassaux des Ducs d’Autrichej qui leur étoient entièrement dévoués et foulaient aux pieds les droits de la commune» Il n’est pas étonnant que les citoyens de Lucerne, fatigués d’un joug aussi déspotique qu’avilissant , d’autant plus incommode qu’il faisoit un contraste frappant avec le gouvernement si doux et si pacifique des moines de St» Benoit, dont

ils avoîent’ joui pendant 6 siècles de prospérité, il n’est pas étonnant, dis - je, que les citoyens de Lucerne saisirent la première occasion de le secouer* Déjà en 1332 la commune fit proposer aux peuples des cantons fore . tiers (Uri, Schwyz et Unterwalden) qui toujours en guerre contre leurs tyrans, molcstoient sans cesse leurs sujets Lucernois, une trêve de 20 ans , et peu après ils conclurent ensemble une paix, perpétuelle , malgré ropposition du conseil vendu à l’Autriche* Ayant fait ce premier pas vèrs la liberté, Lucerne ne tarda pas à refuser toute obéissance à ses souverains et à s’affranchir de leur déspctisme* Des-lors la constitution de la nouvelle république prit un aspect tout - à - fait différent* Tous les droits de souveraineté passèrent entre les mains de la totalité des citoyens* L’exercice en fut confié à un grand conseil, d’abord composé de 300 bourgeois, dont le nombre fut ensuite réduit à 100, et à un second |ou petit conseil composé de 36 membres et chargé spécialement de l’exécution des loix et de rendre la justice* Ces deux sénats etoient présidés par un avoyer ou juge suprême , qui joignoit ordinairement à cette dignité celle de chef des troupes de la république en tems de guerre* Il fut d’abord nommé à vie, mais le brave Avoyer de Gundolfingen, qui mourut les armes à la main sur le champ de bataille de Sempach , en défendant sa patrie, conseilla en expirant à ses concitoyens, de borner à une année la durée de la présidente civile et militaire de la république, et l’on se conforma des-lors à ce voeu patriotique* L’assemblée générale des citoyens s’étoit

cependant réservé le droit de conclure, conjointement avec les conseils, la guerre, la paix et les alliances . celui de délibérer sur les aliénations ou acquisitions de domaines de l’état, sur la levée de nouveaux impôts et jsur la confection des loix générales.

La bannière du comté de JVïHisau portée par un guerrier armé de toutes pièces.

Le comté de Willisau, aujourd’hui l’un des plus grands et des plus beaux districts du canton de Lucerne, fut jadis , ainsi que la plus grande p»artie de l’Helvétie, soumis à la domination des Romains, puis à celle des rois des Francs , sous lesquels il faisoit partie de la petite Bourgogne ou Bourgogne transjurane. Sous l’empire germanique, qui leur succéda dans cette possession , il fut régi sous le titre de fief héréditaire par des comtes ou des ducs, grands vassaux de l’empire* Les plus anciens qui soient connus, étoient de la maison de Méran alors très puissante et très riche en Souabe , mais éteinte depuis plusieurs siècles* Déjà en 1082 , les Comtes de Zehringen leur succédèrent par droit d’héritage* Ceux-ci s’étant éteint à leur tour en 1262, le comté de Willisau parvint de la même manière aux comtes de Kybourg, qui bientôt après s’éteignirent aussi et laissèrent leur succession en 1273 au

comte Rodolphe de Habsbourg, qui devint ainsi Tun des seigneurs les plus riches et les plus puissants de THelvétie. Ayant été élu empereur d’Allemagne, il céda la province dont nous parlons, à son petit fils ■ le malheureux duc Jean de Souabe, surnommé le parricide, parceque aigri contre son oncle l’empereur Albert, qui lui retenoit injustemement son héritage, il l’assassina» Ses biens ayant été confisqués, tombèrent en partage aux fils de sa victime» Cependant suivant le système féodal de ces temps -là, Willisau avoit aussi ses propres comtes, qui en étoient investis , comme feudataires des grands vassaux de l’empire» C’est ainsi qu’il fut possédé par les comtes de Vallengin et Neufchatel, dont la race se fondit dans celle des comtes d’Arberg, qui le conservèrent pendant 2 siècles» Pendant la guerre des Suisses contre le duc Léopold d’Autriche, ces seigneurs ayant pris parti pour ce dernier, Willisau fut enveloppé dans cette querelle , qui lui étoit étrangère , exposé à de fréquentes invasions et enfin pris par les Bernois, qui cependant après la paix survenue enj 1389, le rendirent à la comtesse Jeanne d’Arberg, veuve du comte Jean III, et à ses enfants» Cependant cette princesse privée des secours et de la protection de l’Autriçhe, dont le pouvoir en Helvétie tendoit à sa fin, craignant le voisinage des nouvelles républiques de Berne et de Lucerne déjà très puissantes, ne crut pouvoir se maintenir dans la possession tranquille de cette petite province ruinée par la guerre et elle se décida à la vendre» Lucerne se présenta comme acquéreur et obtint d’autant

mieux la préférence sur Berne , que la comtesse lui devoit de fortes sommes d’argent* Le marché fut conclu en i407 pour 8000 florins d’or, 'somme assez considérable dans ce temps -là* L’empereur Sigismond confirma non seulement cette transaction, mais transmit aussi à la ville de Lucerne tous les droits de féodalité que les comtes d’Arberg y exercoient en qualité de vassaux de l’Autriche*

Le comté de Willisau fut des -lors gouverné par un baillif, nommé par le grand conseil de la république, renouvellé tous les 4 ans et résidant au château des anciens comtes dans la petite ville de Willisau* Une partie des dîmes de Willisau fut assignée au grand hôpital de Lucerne* Pour faire jouir aussi ses nouveaux sujets de la liberté , qu’elle avoit nouvellement acquise elle- même, la commune de Lucerne leur concéda plusieurs franchises, abolit plusieurs redevanqes prélevées par les comtes et donna même à la ville de Willisau la basse jurisdiction sur une grande partie du nouveau district* L’origine de cette petite ville et l’époque de sa fondation ne sont pas connues* On sait seulement qu’elle existoit déjà dans le I2ème siècle et qu’elle fut plusieurs fois pillée, incendiée et ravagée dans les guerres, don't l’Helvétie fut trop souvent le théâtre*

Le château fort et la petite ville de Rot^, tenburg avec trois figures armées , dont Vuné porte la bannière du bailliage.

Le nom de Rottenburg paroit déjà dans les plus anciens documents des annales de la Suisse* L’un de ses seigneurs, Arnold étoit revêtu en 1150 de la dignité de D a p i f e r, c* a* d* grand maitre de la maison de l’empereur* Plusieurs autres furent dans la suite protecteurs du couvent du Hof à Lucerne* La ville étoit entourée de murailles et de fossés et protégée par un château fort assez considérable, situé dans son voisinage* C’est pourquoi elle est nommée castrum Rottenburg* D’après un document de l’an 124o, elle jouissoit, ainsi que d’autres villes municipales de la Suisse , de quelques immunités, mais ce qui lui donnoit le plus d’importance , c’est qu’étant une place frontière du territoire Lucernois, elle étoit le siège de la douane, où les marchandises venant par le St* Gotthard et transportées de Lucerne dans l’étranger , payoient le péage* Ce revenu appartint en premier lieu aux abbés de Murbach qui l’admodièrent aux seigneurs de Rottenbourg et lorsque ceux-ci se trouvèrent en 1293 dans la né. cessité de vendre leurs droits et leurs possessions aux ducs d’Autriche, il fut perqu par les baillifs de cette puissance , qui gouvernèrent en son nom cette partie de la Suisse, L’arbitraire que les employés se

permettoient dans la perception de ce péage , qu^ils voulurent porter 1384, à un taux plus élevé, fut une ’.es causes les plus marquées de la révolte des Lucernois contre leurs souverains, et des longues guerres qui s’en suivirent»

On verra plus bas le sort qu’éprouva cette petite ville sous Herrmann de Grunenberg, dernier baillif Autrichien qui la gouverna et comment ses fortifications furent détruites. Elle a fait depuis-lors partie du canton de JLucerne, avec le district qui en dépendoit.

La vallée dEntlibuch avec ses village^ et sa bannière,

La vallée d’Entlibuch ainsi nommée du torrent de l’Entlé, qui la traverse, a 8 lieues de long et de 2 à 4 lieues de large. Située entre de hautes montagnes pittoresques et fertiles, elle est habitée par une peuplade alerte, et robuste. Les anciennes annales indiquent les barons de Grunenberg, résidant au château de Wollhausen au débouché de la vallée, comme les premiers seigneurs de cette contrée, qu’ils possédèrent jusqu’en 1299» Une nombreuse noblesse, qui y résidoit dans plusieurs châteaux et qui y avoit des domaines, y exerqoit sous eux une autorité

subordonnée» Cependant les ducs d'Autriche fidèles à leur système d’agrandissement , cherchèrent au-ssi à étendre leur puissance de ce côté là, et surent engager le baron Jean de Wollhausen en 13 13, à soumettre sa seugneurie à leur fief, sous condition de déchéance au défaut d’enfants mâles» Le cas étant arrivé peu de temps après , la maison d’Autriche posséda quelques temps la vallée d’Entlibuch, jusqu’à ce que le duc Léopold en investit son favori Pierre de Thorberg, contre une somme d’argent» Mais les habitants de la vallée , mécontents de la sévérité de leur nouveau seigneur, lui remboursèrent cette somme et s’affranchirent ainsi de ce joug odieux avec l’autorisation de l’Autriche , qui s’engagea par un document de l’àn 1358 à ne plus remettre la contrée sous une pareille hypothèque et à respecter ses anciennes droitures» Cette promesse ne fut pas tenue; la vallée d’Entlibuch fut bien-, tôt trafiquée à de nouveaux seigneurs et exposée à toutes espèces de vexations» Enfin les habitants cherchèrent à s’en affranchir à jamais, en se mettant sous la protection de la ville de Lucerne, qui la leur accorda et les incorpora à sa nouvelle république» La querelle qui s’ensuivit entre celle-ci et les seigneurs de Grunenberg , dont les châteaux furent détruits , contribua aussi à allumer la guerre entre le duc Léopold , d’Autriche et les Suisses» La paix ayant été conclue après la défaite de celui-ci sous les murs de Sempach, l’Autriche céda en 1405 toutes ses prétentions sur la contrée d’Entlibuch et tous les droits qu’elle y possédoit, aux Lucernois, toute fois contre

une somme de 3000 florins d’or. Ceux-ci se hâtèrent de concéder à leurs nouveaux ressortisants tous les impôts et redevances, aux quels ils avoient été assujettis sous leurs anciens seigneurs, et ne réservèrent -que le droit de leur demander des secours en hommes et en argent en cas de besoin. Dans la suite on leur accorda d’autres franchises, dont ils jouissoient sous l’inspection d’un baillif délégué par les conseils de Lucerne et renouvellé tous les deux ans. Les habitants d’Entlibûch avoient leur code de loix particulier, que Lucerne avoit confirmé et sous le quel ils administroient eux- mêmes la basse juridiction et leur économie intérieure avec de certaines réstrictions. Cependant ce peuple inquiet se souleva quelque fois dans les derniers siècles, mais il fut facilement réduit à la tranquillité et à l’obéissance^- Cette vallée n’étoit jadis habitée que dans la plaine; peu- à- peu les épaisses forets qui couvroient les flancs de ses montagnes et lui donnoient un aspect sombre et sauvage , furent exstirpées et tranformées en terrains cultivés. Aussi la population s’y augmenta tellement, que dans l’espace d’un siècle elle s’accrut de 7470 individus, Elle montoit en 1754 au nombre 11,120 âmes et s’est encore augmenté depuislors. L’Entlebuch contient 8 paroisses et plusieurs beaux villages, Tl étoit divisé en 3 districts, dont le bourg de Schüpfen étoit le chef lieu commun et sert encore de résidence au baillif Lucernois, C’est là que l’on conservoit dans une vieille tour les bannières, les archives et les documents publics de cette intéressante contrée. L’église de la paroisse de

Romoos fondée par les barons de Wollhausen est la plus ancienne de la vallée et date de l’an 1084* Plusieuts autres, richement dotées ont été rebâties dans les derniers siècles*

La ville de Sursée avec sa bannière.

Le nom de la ville de Sursée lui vient probablement de sa situation sur les bords du lac de Sempach , et sur la rivière de la Sur qui en sort*

La date de son origine n’est pas parfaitement connue et remonte probablement à la fin du yème ou au commencement du loème siècle, époque où son église paroissiale fut fondée* Cette ville fut ainsique beaucoup d’autres réssortissantes du fief de l’empire, possédée par les comtes du Lenzbourg, puis par ceux de Kyburg et enfin par les ducs d’Autriche et jouissoit de la protection de l’empire, ainsi que de plusieurs franchises considérables* Dans ce singulier période où le pouvoir du clergé et l’arrogance de la noblesse commencèrent à donner de l’ombrage aux empereurs ou rois des Romains, ceux-ci formèrent le projet d’hdmettre les communes, comme tiers-état dans la constitution de l’empire* C’est pourquoi ils favorisèrent les villes afin de s’assurer de leur fidelité et de leur Secours, contre les prétentions toujours croissantes des deux autres corporations sus nommées ; de-ià tous les

droits, franchises et immunités qu’obtinrent plusieurs de ces municipalités, sans que leurs seigneurs féodaux pussent , ni osassent s’y opposer» Le désir de conserver ces avantages, et l’intérêt mutuel engagèrent ces villes à former entre elles des ligues pour se soutenir réciproquement dans les dangers qui les menacoient. C’est ainsi que se forma en 1333 une alliance entre toutes les villes de l’Argovie et de la Thurgovie, sous le prétexte de maintenir la paix générale, et Sursée y participa» ‘

Sous le gouvernement des ducs d’Autriche cetteville jouissoit de plusieurs prérogatives, mais elle fut bientôt enveloppée dans la querelle de ces princes et de leur noblesse avec les cantons forestiers et Lucerne» '

Etant une place frontière contre ces nouvelles républiques et un point de rassemblement pour les troupes Autrichiennes , elle ' se trouva souvent dans une position très fâcheuse , et fut sans cesse inquiétée par les ennemis de l’Autriche» Ce fut principalement après la défaite de Sempach , qu’elle fut exposée à de cruelles vexations» Pour la dédommager des déprédations et des dommages qu’elle avoit à souffrir de la part des Suisses, le duc Albert lui concéda le droit de pêche sur le lac, celui d’un péage ^et l’exemption de plusieurs redevances seigneuriales»

Depuis la paix qui avoit suivi la journée de Sempuch , Lucerne cherchant toujours à s’aggrandir, avoit "'acquis soit par des achats soit par d’autres transactions une grande partie des domaines qui forment

aujourd’hui son territoire. Cependant la ville de Sursée obéissoit encore à une autorité étrangère» 11 se présenta bientôt une occasion de la réunir au nouveau canton. Le duc Frédéric d’Autriche avoit faussé sa parole, en favorisant la fuite du pape Jean XXII», lorsqu’il abandonna le concile de Constance et avoit été mis au ban de l’église et de l’empire. Le roi Sigismond appella aussi les confédérés Suisses à contribuer à l’exécution de cette sentence» Après s’y être refusés pendant quelque temps , en raison de la paix qu’ils avoient conclue avec le duc Frédéric, ils furent cependant contraint à prendre les armes sous peine d’être eux - même excommiiniés et Lucerne entreprit le siège de Sursée, qui appartenoit encore à l’Autriche» Cette place se défendit 3 jours sous le commandement de son avoyer Jean Schnider, mais se rendit enfin avec tous les droits que son souverain possédoit dans sa banlieue» Quoique le duc Frédéric obtint ensuite sa grâce et que ses biens lui furent restitués , il céda cependant à la ville de Lucerne, en toute propriété, les pays qu’elle avoit conquis, contre une somme d’argent, et l’empereur Sigismund confirma cette transaction, qui eut lieu en i4l5» Depuis -lors Sursée est devenue partie intégrante de ce canton, en conservant toutefois ses anciens droits et franchises» Elle en obtint même dans la suite plusieurs autres de la générosité de ses supérieurs.

La ville de Sempach avec sa bannière*

Il est probable que la situation charmante de Sempach, au bord du lac qui porte son nom, la pêche abondante qu’offrent ses eaux, y attirèrent de bonne heure des colons ; mais on ne connoit pas l’époque de l’origine de la ville, ni celle où elle fut entourée de murs , de fossés et munie d’un château fort ou plutôt d’une grande tour, où les comtes de Habsbourg firent souvent leur résidence et dont on voit encore quelques vestiges.

Ainsi que les villes voisines , Sempach fut un fief franc de l’empire , possédé par les comtes de Lenzbourg , de Ky bourg, de Habsbourg, et enfin par les descendants de ces derniers, les ducs d’Autriche, Elle entra aussi dans la ligue que formèrent les villes d’Argovie , sous le titre de paix générale, dont il a été parlé plus haut ; sans cependant pouvoir échapper aux vexations de la noblesse Autrichienne, et aux malheurs qu’entrainèrent les guerres de cette puissance avec les nouveaux confédérés Suisses, Elle en fut souvent la victime, et chercha enfin à s’y soustraire en implorant la protection et les secours de Lucerne, Ses voeux furent acceuillis et elle obtint de cette république naissante les droits de cité et de protection. Dès -lors la haine des nobles attachés à l’Autriche contre cette petite ville devint plus cnvéniméc , et plus active à l’inquiéter.

Enfin la glorieuse journée du 9. juillet la

mit à l’abri des mauvais traitements qu’éprouvoient ses citoyens et de la destruction totale dont elle étoit sans cesse menacée, et consacra à jamais son nom dans les annales de l’histoire , en le joignant à celui de la victoire remportée par les Suisses sur le duc Léopold d’Autriche et sur sa noblesse* Une chapelle érigée sur le champ de bataille, comme un monument perpétuel de cet événement , et du respect dû aux mânes des héros des deux partis, qui y avoient été moissonnés, fut confiée à la protection des habitants de Sempach* Ceux-ci fondèrent une distribution d’aumônes , qui se fait encore à chaque anniversaire de cette journée mémorable, qu’ils célèbrent aussi par un festin* Depuis-lors Sempach resta réunie à Lucerne et fut incorporée à cette nouvelle république , ce qui fut reconnu par l’Autriche dans la paix de 13.94. Cependant les dispositions hostiles de la noblesse Argovienne ne s’éteignirent pas encore et déjà en 139.9 elleavoit formé le complot de soumettre de nouveau cette petite ville à ses anciens maîtres, mais l’arrivée de troupes Luccrnoises dans ses murs en déjoua l’exécution* L’admission de Sempach au droit de cité du canton de Lucerne fut renouvellée en 142.5 par un document remarquable, où tous ses rapports avec la république sont définitivement fixés* Le magistrat de Lucerne s’y reserve la faculté d’y établir un baillif spécialement chargé delà surveillance sur le lac, dont il réclamoit la propriété par droit de conquête, d’y exércer les droits de pêche et de retirer le cens des concessions accordées à cet effet* Les citoyens de

Sempacîi profitèrent aussi de la victoire des Suisses en détruisant un château fort, bâti anciennement dans le lac à leur proximité par des Seigneurs de S e m P a c h et en se débarassant ainsi d’un voisinage dangereux*

Cette ville dont l’histoire spéciale finit à cette époque, fut aussi en 1393 le siège d’une conférence entre les premiers cantons confédérés , dont le résultat est compté parmi les traités qui cimentèrent leur union et porte le nom de Convention de Sempach* L’église jadis paroissiale, située sur une colline hors des murs, est probablement d’une date plus ancienne que la ville même* Celle qui fut construite plus tard dans son enceinte devint ensuite le siège de la paroisse* Toutes deux appartenoient spécialement au couvent de Murbacb, qui se les réserva même en vendant Lucerne l’Autriche et les garda jusqu’en 1420, où il les céda enfin au 'couvent du Hof,

Les bannières des bailliages de Russwyl et TVollhausen^ de Buron et Triengen^ de MaB ters et Littau^ Knuttwyl^ Habsbiirg^ Weggis^ de Kriens et Horu\ portées par tout autant de figures.

nommés, qui appartiennent au canton de Lucerne

écussons et les bannières des bailliages sus-

nous fournissent l’occasion de donner quelques détails fort abrégés , sur leur histoire.

Russwyl apartenoit dans le temps de la féodalité, ainsi que la vallée d’Entlibuch aux seigneurs de ”Wollhausen. Plus de 20 châteaux étoient situés dans ses environs, parmi lesquels se distinguoient ceux de Thorberg et de Grunenberg comme les plus forts.

Ils furent tous détruits après la bataille de Sempaeh) mais on réserva à leurs propriétaires toutes les prétentions légitimes qu’ils pouvoient avoir sur les domaines qui en dépendoient. C’est pourquoi Russwyl fut compris dans l’acquisition que fit Lucerne en 1405 de la seigneurie de Wollhausen, dont il faisoit partie, ainsi qu’on l’a vu plus haut au sujet d’Entlibuch. Ce district fut d’abord administré par un baillif particulier, mais plus tard réuni au bailliage de Willisau. La cure de Russwyl est très ancienne et appartenoit aux comtes d’Arberg comme fief de l’Autriche, jusqu’à ce qu’en i4l9 le comte Diethelm vendit une partie des droits qui en dérivoient, au gouvernement de Lucerne, et fit cadeau de l’autre partie au grand hôpital de cette ville.

Buron et Triengen, bailliage dépendant jadis du comté de Willisau fut acquis par Lucerne en même temps que cette seigneurie. Cependant les droits seigneuriaux et les redevances appartenoient encore à des nobles du voisinage. Les plus considérables étoient les chevaliers d’Aarburg. L'un d’eux Rodolphe, surnommé le vieux » vivoit encore au commencement du i^ème siècle dans son château dt

Buron , aimé de ses sujets et leur bienfaiteur. Prévoyant la guerre entre l’Autriche et les Suisses, et ne voulant pas prendre parti contre ces braves montagnards , qu’il estimoit , il fit un pèlerinage à Jérusalem ; il échappa air, si au sort malheureux des nobles [ses voisins , et préserva ses châteaux , ses terres et ses ressortissants de la vengeance des vainqueurs irrités. A son retour, il fut reçu avec des transports de joie par les paroisses de ses seigneuries , et fit à ses sujets la remise de quelques redevances. Sa famille s’éteignit avec son fils; ses biens ) échurent à des collatéraux, les seigneurs de Rusegg, qui les vendirent bientôt après, en i4i5, à la ville de Lucerne. Les fondations des églises paroissiales de Buron, Triengen et Winikon, villages dépendants de ce bailliage, sont fort anciennes et datent du isème et l4ème siècle.

Le bailliage de M a 1 1 e r s et Lit tau fut déjà doilné , selon quelques historiens , au couvent du Hof à Lucerne par son fondateur, le duc Wikard, et vendu par les abbés de Murbach à l’empereur Rudolph L en 1291.

Cependant la famille noble de Malters y possedoit un château et des droits seigneuriaux, qui passèrent après elle à d’autres familles , et furent vendus en i477 à la ville de Lucerne, par un seigneur de Manzen.

K n U t w y 1 , bailliage, dépendoit jadis du comté de Willisau , et passa avec celui-ci en l4o7 sous la souveraineté de Lucerne. Les droits seigneuriaux et les domaines qu’y possédoient quelques seigneurs

furent céd^s en 1280 au chapitre de St* ûlaurice à Zofîngen, qui les conserva jusqu’à la réformation, où Lucerne les acquit au moyen d’un échange de droits et de territoire, que cet état fit avec celui de Berne, qui s’étoit emparé des biens ecclésiastiques situés dans rétendue de sa domination*

Le bailliage de Habsburg tire son nom du château de Neu-Habsburg, qui y étoit situé sur le rocher, dit Ramenfiuc, et portoit le titre de comté* La guerre entre l’Autrichç et les Suisses occasionna aussi la ruine de ce donjon* Alais les droits, la jurisdiction et les revenus qui en ressortissoient furent réservés à la maison d’Autriche , qui les vendit en 1370 aux nobles de Tottikon , desquels ou de leurs héritiers Lucerne les acquit en l4o6 et les fit administrer dès-lors par un baillif* Les six paroisses qui en dépendent sont en partie de très ancienne fondation*

Weggis appartenoit en 1300 à l’Autriche, laquelle en 1329 en investit comme fief l’abbaye de de Pfelfers , qui à son tour en 1337, le céda sous le même titre aux familles nobles de Ramstein et de Hertenstein* Cette derniere ayant ensuite acquis la totalité des droits seigneuriaux sur cette petite contrée, l’un des ses membres Ulrich les admodia en 1368 pour 12 ans, aux habitans eux-mêmes^ Ceux-ci fondèrent sur cette transaction l’espoir d& se rendre tout- à -fait indépendants, d’^autant plus que déjà en 1359 ils étoient parvenus à conclure une alliance avec les cantons forestiers , pareille à celle qui existoit. déjà entre eux - mêmes* En 1578

îe seigneur Henri de Moos les afFranchitr encore moyennant une somme d’argent de quelques droits qu’il y possédoit. Cependant les familles de Ramstein eC de Hertenstein ne renoncèrent pas aussi facilement aux leurs et lorsqu’en 1380 elles vendirent leur seigneurie de Weggis à la ville de Lucerne, cette petite peuplade se vit déchue de toutes ses espérances» Elle en ressentit contre ses anciens et ses nouveaux seigneurs un dépit , qu’elle manifesta en plusieurs occurences* Voisine des valeureux montagnards qui venoient de conquérir leur liberté, elle ne se soumit qu’à regret au oug Lucernois et saisit dans la suite toutes les occasions de le secouer et de faire valoir ses prétentions à l’indépendance en méconnoissant les droits et l’autorité de son gouvernement. Celui-ci fut même obligé de les ramener à l’ordre par la force, La confédération Suisse fut appellée plusieurs fois à prononcer sur ces différents, qui ne furent terminés qu’en 1588 par une convention amiable, dans laquelle les droits seigneuriaux, que réclamait la ville de Lucerne, et les franchises dont vouloient jouir les habitans de Weggis, furent définitivement réglées et déterminées réciproquement»

Le bailliage deKriens et Horw comprend des métairies, qui appartenoient jadis au couvent du Hof et lui furent donnés en 8S4 par leur propriétaire Atha, Sous la domination AutrichiennCj ce territoire dépendoit du bailliage de Rottenburg» En 1381 Lucerne accorda à ses habitants sa sauve* garde et les droits de cité qui y étaient annexés»

Après la bataille de Sempach , Lucerne acheta cette propriété et la fit administrer depuis - lors par un bailüL L’église paroissiale de Kriens est ancienne et fut déjà renouvellée en lloo* Depuis -lors elle a été entièrement rebâtie.

Ayant ainsi terminé l’histoire abrégée des divers districts, qui composent aujourd’hui le canton de Lucerne, nous indiquerons brièvement les couleurs des bannières représentées sur le tableau, que nous venons d’expliquer,

La bannière du bailliage de Sursée étoit coupée en deux champs, rouge et blanc. Celle de la ville en particuliei portoit dans l’un de ces champs la figure de St. George , dans l’autre les armoiries de la ville.

'*La ville de Sempach portoit dans la sienne un lion de gueule, en champ de sable, surmonté des armoiries du pape.

' Celle du comté de Willisau etoit pareille.

Le bailliage de Rottenburg portoit un château de gueule sur un champ d’argent, avec les insignes papaux.

Le b a i 1 1 i a g e d e M U n 8 t e r , un St. Michel en champ d’or.

' La vallée d’Entlebuch avoit un drapeau tout de gueule partagé par une croix d’argent , et dans chacun des champs supérieurs une image de la St. Vierge. Dans sa bannière aussi toute rouge se voyoit un hêtre verd avec un tronc blanc et au milieu une petite croix blanche ceinte d’une couronne d’épines. .

Le bailliage deRusvvyletWollhausen présentolt dans sa bannière St. Maurice en champ de gueule»

Celle du bailliage de Buron et Trien.

g èn étoit toute rouge et languetée, avec une barre blanche, posée transversalement; au milieu Técusson de Lucerne ; à Tun des coins supérieurs rimage de de la vierge, à Fautre St, Laurent et St. Gall.

Le bailliage de Malters et Littau avoit dans la sienne un arbre veri avec une croix en champ d’argent» *

La bannière deKnutwyl étoit rouge et blanche avec les images de St» Barthélémi et de St. Etienne.

Le comté de Habsburg montroit dans son drapeau -un donjon de gueule, surmonté d’un aigle ou épervier en champ d’azur et quelques images de saints ; dans sa bannière un donjon d’argent surmonté d’un épervier, entouré d’une inscription latine en champ de gueule.

Le bailliage de Weggis portoît dans son drapeau une image de la vierge en champ cramoisi, ayant à ses pieds un poisson et dans sa bannière, simplement une perche (poisson) en champ d’or.

Celle deKriens et Horw étoit languetée de verd, rouge, et jaune avec l’image de la vierge et un poisson d’un coté, et de l’autre St. Gall et et St. Othmar.

Le bailliage de Merenschwand ne fait plus partie du canton de Lucerne ; il a été réuni ’à celui d’Argovie.

i5. TABLEAU.

SL Beat Vun des apôtres de la Suisse,

St. Béat issu d’une famille noble de l’Irlande septentrionale, fut l’un de ces hommes pieux, qui abandonnèrent leur patrie et traversèrent les mers, pour •venir prêcher en Helvétie la doctrine évangélique, tels que St. Colomban , St. Gall , St. Othmar et d’autres. Tl s’étaolit dans la partie de la Suisse qu’occuppoient alors les Allemaniens, au pied des hautes alpes, qui lui retraqoient en grands traits,les scènes de son pays natal. Il construisit une cellule solitaire sur les rives du lac de Thim, et répandit autour de lui les lumières du christianisme. Accompagné de plusieurs de ses disciples, auxquels il avoit su inspirer le zèle , dont il étoit animé et parmi lesquels se distinguoit le diacre Achates, il traversa les forêts et les montagnes, pour aller enseigner aux autres peuplades de l’Helvétie la religion et en même tems l’agriculture. Partout où ils pénétroient, ils défrichoient les terres encore couvertes de broussailles et les rendaient propres à la fertilisation ; ils réunissoient les familles isolées en petites communautés, adoucissoient leurs moeurs encore sauvages et leur apprenoient à adorer Dieu et Jésus Christ qu’il avoit envoyé sur la terre. C’est Ù eux que la Suisse méridionale doit l’aurore de sa civilisation , tandis que St. Gall , St. Colomban

ejt St, Magnus travailloîent au même but dans la partie orientale.

L’histoire ne nous fournit aucun * renseignement sur l’époque cù ces bienfateurs de l’humanité vinrent à Lucerne et y allumèrent le flambeau de la foi; mais l’ancienne chapelle de St* Nicolas qui existoit à remplacement de l’église du Hof, long, rems avant l’année où le duc Wikard fonda

ee monastère, prouve que la doctrine chrétienne y avoit pénétré dans les premiers siècles de notre ère*

Après avoir parcouru longtems sa belle jearrière évangélique , St, Beat termina sa vie active et glorieuse dans une caverne aux bords du lac de Thun vèrs l’an 112, en odeur de sainteté* 11 est représenté dans ce tableau combattant un dragon, comme un symbole de ses efforts pour détruire l’idolâtrie*

Une contrée sauvage avec une petite chù^ pelle représentant le désert et la sombre Jorét^ qu'habitoit St.Meinrad^ à V emplacement où se trouve aujourd'hui la fameuse abbaye de Notre Dame des Hermïtes.

L’abbaye de Notre Dame des Hermites est hors des limites du canton de Lucerne, mats elle mérite, par la réputation étendue et l’éclat dont elle à

ÀO

jouit , d’occuper une place dans Phistoire de la. Suisse»

Meinrad fils de Berthold comte de Holienzollern naquit en 805* Il fut élevé dès sa plus tendre jeunesse dans l’abbaye de Reiclienau sur le lac de Constance, où il prit le goût d’une vie solitaire et contemplative* Il y requt les ordres et y fut un modèle de vertus et de piété* Ses supérieurs le placèrent à la tête d’un institut d’éducation qu’ils entretenoient à Ballingen sur le lac de Zurich* Là il fut tellement saisi du désir de se retirer tout- à -fait du monde et de vivre ignoré , qu’il sut obtenir la permission d’aller s’établir en hcrmite sur le mont Ezel* Il y passa sept ans , après lesquels il se retira plus avant dans la contrée encore déserte et couverte d’une épaisse forêt, appelée le Finsterwald, (forêt sombre) où il se construisit une humble cellule à la place où est située à présent la chapelle de Notre-Dame d’Einsiedeln* Il y vécut long-temps, oublié et solitaire, jusqu’à ce qu’en 863 il fut assassiné par deux scélérats qu’il avoit acceuilli avec la plus tendre charité et qui convoitoient ses modestes propriétés. Sa dépouille mortelle fut transportée d’abord à Reichenau, puis en 1063 transférée dans l’abbaye d’Einsiedlen , qui commenqoît alors à fleurir*

L’hermitage de St. Meinrad resta inhabité jusqu’en 907, mais il étoit visité comme un objet de pieuse vénération par tous les habitans du voisinage. Enfin un chanoine de Strasburg Benno, de la famille des ducs de Bourgogne vint s’y fixer, fit réparer la cellule de St. Meinrad et la chapelle qui y étoit

annexée. Il y fit aussi ccnstriiîre quelques autres habitations pour les personnes qui s’étoient rassemblées autour de lui et défricher le terrein à l’entour» La générosité des seigneurs du 'pays favorisa cette nouvelle fondation, qui acquit bientôt une grande réputation, par la piété de ses habitants, que l’on désignoit sous le nom de pieux hermites et par une image miraculeuse de la St. Vierge, que St. Meinrad avoit lui même conservée avec la plus haute dévotion. De là rétablissement prit le nom de Notre Dame des Hermites.

Eberhard grand prévôt du chapitre de Strasburg restaura la chapelle et la cellule qui conimencoient à tomber en décrépitude et fit bâtir une église et de vastes batiments, et c’est ainsi que se forma peu - à - peu l’abbaye en communauté régulière sous la règle de St. Benoit, dont Eberhard lui- même fut nommé le premier abbé. Depuis-lors ce monastère acquit chaque jour un nouvel éclat. Déjà en .985 l’empereur Otton ï. revêtit l’abbé du titre de prince et ce saint lieu est encore de nos jours un but de pélérinage pour une foule immense de chrétiens de tous les pays de l’Europe.

Le couvent des Cordeliers de VAuW' à Lucerne^

3[)epiiis un temps fort reculé, lorsque liiccrne ap* partenoit aux abbés de Murbach, il existoit dans cette ville à Remplacement nommé aujourd’hui, la place des cordelîers, une petite chapelle consacrée à notre Dame de l’Auw, qui attiroit un grand nombre de pèlerins étrangers» Lorsque l’ordre des Cordeliers comnienqa à s’indroduire en Allemagne, éon fondateur $t» François d^ Assise, vint lui même, dit -on, à Lucerne, et chercha à y fonder un couvent de sa règle» Il fut acceuilli par la comtesse Gutta de la famille des comtes de Rottenburg et veuve d’un baron de Schauensée» Cette dame pieuse et très opulente est considérée comme la fondatrice et la principale bienfaitrice du couvent des Cordeliers* Elle acheta en 1223 le terrain sur lequel il est construit et fournit à son établissement une ample dotation»

Les principaux bâtiments, tels qu’ils existent encore , datent de cette époque et l’ancienne chapelle de notre Dame fut annexée à l’église du monastère* La comtesse Gutta descendoit chaque jour de son château de Schauensée, situé sur le revers du mont Pilate, à une lieue de la ville, pour assister aux matines de ses protégés , jusqu’à sa mort survenue en

1233» Elle est ensevelie dans le choeur de l’église du couvent»

On conservait dans ce temple 42 -drapeaux conquis par les Suisses dans leurs différentes guerres. Dans les anciens temps les conseils de la ville tenoient trois fois par semaine leurs séances dans le couvent des Cordeliers, après avoir entendu la messe dans l’église qui en dépend.

Le couvent des çordeliers à Wertensteln.

Le rocher sur lequel repose aujourd’hui ce paisible couvent, servoit jadis de base à un donjon, berceau et manoir des barons de Wertenstein , dont un membre étoit en 1318 abbé de St. Gall» Cette propriété tomba en possesion à la maison d’Autriche, en même tems que le château et la ville de Rottenburg en 1293» Dans le 15eme et l6ème siècles, lorsque tous les châteaux n’étoient plus que des monqeaux de ruine, Wertenstein étoit encore un fameux pélérinage consacré à la Ste» Vierge , et fort hanté par une foule de pèlerins de tous les pays. Suivant une ancienne tradition, l’origine de cette dévotion étoit due à un étranger natif des Pays -bas, que l’on désignoit sous le nom du pieux frère et qui s’étoit établi dans les ruines de l’ancien château, où

il vivoit dévotement et paisiblement, gagnant sa vie à laver de l’or, qu’il tiroit des flots de la rivière d’Emmen, Surpris un soir par la nuit et obligé de la passer sous un quartier de roc, il fut réveillé par une harmonie céleste, et il vit la Ste» Vierge lui apparoître , environnée d’une grande clarté^

En mémoire de ce rêve miraculeux, il suspendit un placard de bois à un arbre voisin et visita depuis-lors journellement cette place pour y faire sa dévotion* Après sa mort on y bâtit une petite chapelle, qui attira bientôt beaucoup d’ames dévotes et où l’on vit souvent des signés surnaturels* Cependant comme elle étoit trop petite pour contenir tous les pèlerins, qui y affluoient, le gouvernement de Lucerne entreprit d’y faire construire une église et un couvent en l6j4* H offrit d’abord aux Jésuites d’habiter ce monastère et d’y administrer le culte, mais ils s’y refusèrent sous divers prétextes. Les capucins à qui on fit ensuite la même proposition, la déclinèrent aussi, de peur, dirent - ils , de déplaire à monseigneur le Prince Abbé de Notre-Dame des Hermites, qui en éffet avoit lieu de craindre la rivalité d’un pélérinage à sa proximité. Les Cordeliers se montrèrent moins scrupuleux et furent mis en possession du couvent, où ils sont restés jusqu’à nos jours.

Chaque année depuis le I6ème siècle le magistrat de Lucerne se rendoit en grande et nombreuse procession à Wertenstein, pour accomplir un voeu de piété qui avoit été fait, pour préserver la ville d’incendies et d’inondations* Cette processiôn est re-

présentée sur le tableau en question. Plus -tard cet usage fut aboli et la même procession se faisoit au couvent des Cordeliers de TAuw,

Le couvent de femmes d Eschenhacli.

La petite ville d’Esehenbach sur la Eeuss, devoit son existence et son nom à ses anciens seigneurs les Barons d’Eschenbach , gentils^hommes renommés dans toute la Suisse par leur opulence , leur bienfaisance et leur piété. L’un d’eux, nommé Walter fonda en 1285 le couvent de St, Catherine dont nous parlons , le plaça sur les bords de la rivière et le soumit 'à la règle de St, Augustin, comme la plus douce et la moins austère. Cependant ce monastère avoit à peine existé l4 ans qu’il fut déjà entièrement détruit et que ses pieuses habitantes en furent expulsées, Le petit fils du fondateur, aussi nommé Walter, fut accusé de complicité dans le meurtre de l’empereur Albert, commis par le duc de Suabe, La vengeance sanglante de la reine Agnès, fille d’Albert, frappa aussi ce seigneur; il fut déclaré déchu de tous ses biens ; la ville d’Eschenbach et le couvent furent pillés et et détruits et tous, les domaines de la famille confisqués au profit de ;l’Autriche, Ce ne fut que plus.de .10 ans après, que quelques'

nobles de TArgovie, tels que les seigneurs d’Aarburg, de Hunenberg, d’Yberg , de Hertenstein etc* rassenv Lièrent les religieuses dispersées et les établirent de nouveau dans le couvent, qu’ils relevèrent de ses ruines* Le pape Jean XXII* confirma cette seconde fondation* Cependant en l4î9 l’ancien bâtiment fut de nouveau démoli, et transféré à Ober-Eschenbach, où il existe encore de nos jours*

La corruption des moeurs qui régnoit au I6ètnc siècle paroit s’être introduite dans les murs de cette communauté ; il existe plusieurs decrets du magistrat de Lucerne, tendants à réprimer les abus, qui s’y étoient glissés et qui infiuoient d’un manière désastreuse sur l’économie de la maison* En 158 S le Couvent fut transformé en abbaye sous l’observance de St, Bernard et soumis à une règle plus sùvère.

Le couvent de Rathhausen.

L’époque de la fondation de l’abbaye de religieuses à Rathhausen repose sur des traditions et des hypothèses très peu authentiques* Ce qu’il y a de plus vraisemblable, c’est qu’elle eût lieu vèrs la fin du 42ème ou au commencement du isème siècle, que les batiments furent construits siv les ruines d’un ancien

château , qui en fournirent les matériaux et qu’un certain Jean Schnider patricien de Lucerne, fit don en 1261 d’un morceau de terrein, sur lequel on prolongea les bâtisses du monastère. Le nom de Rathhausen (domus concllii) lui vient de ce que dans des tems plus reculés, la noblesse du pays s’y rassembloit pour délibérer sur des affaires communes à tout ce corps. Suivant d’anciens documents, le pape Innocent IV. accorda déjà en 1254 -sa protection spéciale à la communauté religieuse de domo cons i l i i. Le pape Alexandre IV, authorisa la résolu» tîon qu’elle avoit prise de se soumettre à la règle de St, Bernard et lui permit de percevoir des héritages. Son successeur Urbain IV, confirma toutes les droitures et franchises qu’elle pouvoit avoir acquises. L’empereur Rodolphe I, accorda aussi à ce monastère sa protection par un document de 1275, Plusieurs seigneurs s’empressèrent de luî fournir de riches dotations, tels que les barons de Heydek, qui lui donnèrent le fief de la seigneurie de Reitbolz ; l’abbé de Murbach, Berthold de Falkenstein, le même qui vendit Lucerne à l’Autriche et qui attribua au couvent en question le droit de bourgeoisie dans la ville et la permission d’y bâtir une maison ; WaU ter d’Eschenbach fondateur du couvent du même nom et le duc Albert d’Autriche. Cependant ce couvent ne jouit jamais d’une grande opulence. En 1369 it fut déjà dans le cas de recourir à la bienfaisance du public, au moyen d’une collecte, à la quelle il fut autorisé par l’abbé de St, Urbain, pour réparer scs bâtiments. Le genre de vie, de ces religieuses ne

fut dans les premiers tenis , ni très sevère ni très retiré. Elles n’étoient guère liées qu’aux formes extérieures des pratiques religieuses, observant de certaines règles, portant le costume monastique, habitant le couvent et desservant l’église, sans être soumises à la clôture. En 1202 elles n’étoient qu’au nombre de sept. Le relâchement des moeurs s’y introduisit au j6ème siècle et les exposa à des remontrances de la part du magistrat) et même à la défense de vendre vin et de tolérer des orgies dans leur murs. On fut enfin obligé d’en venir à une réforme radicale de la cornmunauté, moyennant laquelle, on y réunit deux autres couvents de femmes , ceux de Neukirch et d’Eberseck, dont on lui attribua les revenus. On répara les bâtiments, qu’on entoura de murs ; on soumit les religieuses à l’observance stricte de la règle de St. Bernard et le pape confirma en 15S>4 cette nouvelle institution.

Uahhaye de St. Urbain,

Le couvent de St. Urbain , de l’ordre de Citeaux, prit naissance sous le pape Eugène III. et sous l’empereur Frédéric Barberousse en 1148, et requt son nom d’une petite chapelle dédiée à St. Urbain, sur l’emplacement de laquelle il fut eonstruit. 11 étoit

d’abord situé sur la petite rivière de Roth, mais déjà en 11.94 il fut transféré dans la forêt de Bonnwald où il existe encore de nos jours» Ses premiers fondateurs furent trois frères Luthold , erner et Ulrich, barons de "^'ertensteln» Le baron Arnold de Kapfenberg donna le terrain pour la construction des bâtiments et abandonna au nouveau monastère le village de Huntvvyl et d’autres domaines. L’empereur Henri VI. confirma cette fondation, l’assura de son appui particulier et ordonna à ses gouverneurs de la petite Bourgogne de la protéger contre les brigandages et les invasions» Depuis -lors cette communauté obtint continuellement de la générosité des papes, des empereurs, des princes et d’autres bienfaiteurs, de grands accroissements de domaines et de franchises. Elle jouissoit de la faveur spéciale des Évêques de Constance, qui lui accordèrent plusieurs immunités. En 1252 le couvent conclut un traité de combourgeoisie , avec la ville de Soleure où il possédoit une maison, en se réservant l’exemption des impôts, des péages et du service militaire» La ville de Zofingen dans son voisinage, ayant été incendiée dans le l3ème siècle, le couvent y fit bâtir une belle maison,' en fit cadeau à la commune et reeut d’elle en récompense le droit de bourgeoisie» En I37fi il éprouva de grands dommages et une dévastation presque totale de la part des avanturiers soit disant Anglois, qui sous leur chef Enguerand de Coucy, firent une invasion en Suisse et en ravagèrent plusieurs parties. Ils s’établirent pendant S jours dans le monastère et y commirent les plus affreux excès» Les moines

s’étoient réfugiés dans une forêt voisine et y vivoient des aumônes des paysans du voisinage. De nouveaux bienfaiteurs tels que les ducs Albert et Léopold d’Autriche et le baron d’Arbourg réparèrent bientôt les pertes que le couvent avoit souffert par ce malheureux événemciit et par d’autres guerres^ en lui accordant d’amples dotations.

En l4l5 il conclut un traité d’alliance et de combourgeoisie avec la ville de Berne, et en \!iiG un pareil avec celle de Lucerne. Les troubles qui agitoient alors la Suisse, rendoient à cette communauté sans défense, de tels appuis très utiles et même nécessaires. Elle s’engagoit par là à fournir à ces républiques des troupes et des contributions pécuniaires. Elle acquit aussi à d’autres époques le droit de bourgeoisie dans les villes de Bienne et de Sursée, où elle possédoit des maisons, des droits féodaux et des domaines.

En 1513 les bâtiments du couvent devinrent la proie des flammes par l’imprudence d’un marmiton; mais à l’aide de nombreuses assistances ils furent rétablis dans l’espace de 3 ans. Cependant ce ne fut qu’au commencement du isème siècle que l’églis& et les maisons furent construites et terminées telles qu’on les voit à présent.

Le premier abbé de St. Urbain fut Conrad de Biederstann, qui présida la communauté de 1\9G à 1212. Depuis -lors jusqu’à nos jours il a eu 47 successeurs. Jusqu’en 1541 ils ne possédoient aucune autre dignité ecclésiastique que celle de chefs de la communauté et du couvent, mais alors ils furent

fevêtus parle pape Paul HT. de la mit’'e, de l’anneau, de la crosse ec de ^quelques prérogatives épiscopales#

Le château et la commanderie de Bohenrein,

Le château de Hohenrein, situé sur un coteau ro« mantique dans le bailliage Lucernois de Hochdorf étoit Je siège d’une commanderie et une propriété de l’ordre de St. Jean de Jérusalem. Il est probable qu’il fut déjà bâti dans le llème ou au milieu du 12ème siècle, puisqu’on trouve dans les régistres de l’an 1208 un Bourcard de Bubikon désigné comme commandeur de Hohenrein^ On attribue la première construction de cette maison à un chevalier nommé Jean de Wangen, qui possédoit un château au pied de la colline. Quelques historiens prétendent avec peu de probabilité, que Hohenrein avoit déjà appartenu aux templiers et qu’il fut donné par le pape Clement V., après l’abolition de cet ordre, aux chevaliers de St. Jean. Hohenrein obtint dans la suite des tems , des possessions et des droits considérables aux moyens de donations qui lui furent faites par plusieurs familles nobles de l’Argovie, tels que les comtes de Habsburg , les seigneurs de Baldegg, de Hallwyl, de Hunenberg, d’Ilfenthal, de Balm, de Reinach et autres. Le gouvernement de

Lucerne montra aussi de la bienveillance à cette fondation, en accordant en I4l3 au commandeur comte Hugues de Montfort sa protection et le droit de bourgeoisie externe pour lui et ses successeurs, qui cependant dévoient, en devenant titulaires de la commanderie , en demander la confirmation, et se sou* mettre pour eux et leurs ressortissants à la haute et basse jurisdiction du canton» Les malheureuses dissentions religieuses, qui eurent lieu dans le i6ème siècle^ plusieurs autres circonstances, Tinsouciance et la prodigalité de quelques commandeurs, jettèrent Hohenrein dans un tel état de décadence que le fisc de Lucerne fut obligé de se saisir de cette belle propriété» Mais déjà en 1542 elle fut rendue à sa première destination, sur les sollicitations pressantes de Tordre , cependant sous des conditions très expresses, comme de maintenir les bâtiments en bon état, de payer les dettes de la commanderie, d’astreindre les commandeurs à une vie rangée et religieuse, sous peine d’être destitués etc.

Dans les changements politiques qui ont eu Heu dans les tems les plus récents et qui ont dépouillé Tordre de St. Jean de ses propriétés, Hohenrein est échu en partage au canton de Lucerne, dont 'il fait maintenant partie et qui le fait administrée comme un domaine de Tétat,

fLa eommanderie de Reyden et le château de IFikon,

T'ont ce qui vient d’étre dit ci-dessus de la commanderie de Hohenrein et de ses rapports tant intérieurs qu^extérieurs , peut s’appliquer à celle de Reyden appartenante aussi aux chevaliers de St* Jean de Jérusalem. Cependant la fondation de cette dernière est moins ancienne et date de l’an 1331* On l’attribue au baron Marquard d’ilfenthal , avec l’assistance de Jean Thuring d’Aarburg et des seigneurs de Trossberg, Hallwyl, Guttenberg et Waben, lesquels firent bâtir l’église supérieure de Reyden et la maison du commandeur* L’un des premiers commandeurs fut le chevalier Jean d’Inkenberg. Il fit en 1421 un traité avec le magistrat de Lucerne, par lequel il reconnoissoit la haute jurisdiction de ce canton sur la commanderie de Reyden et sa banlieue en matière criminelle, mais se réservoit la basse jurisdiction*

Le gouvernement de Lucerne eut très souvent des différents avec ces commandeurs, au sujet de leur mauvaise économie et de leur négligence dans l’entretien de leurs bâtiments* La commune de Reyden ayant porté plainte de ce qu’ils établissoient dans son église des curés mal famés, le magistrat se vit obligé après plusieurs menaces infructueuses, de séquestrer la eommanderie en 1563 et de la

faire administrer par Tuii de ses membres; mais deux ans après elle fut rendue au commandeur Cambiano sous promesse d'une meilleure administration. Dans les derniers teins les deux commanderies de Reyden et de Hohenrein furent presque toujours réunies sous le même titulaire , qui résidoit dans la dernière, et aux époques les plus récentes, elles ont aussi subi le même soit.

Wikon étoit jadis le siège fameux d'une famille noble, les seigneurs de Buttikon, qui possédoient de vastes domaines, des droits féodaux considérables et la jurisdiction sur plusieurs villages. li consistoit en 4 châteaux bâtis sur une colline et dominant une grande étendue de pays. Le duc Léopold d'Autriche y tint en 1381 un magnifique tournois auxquels assistèrent 600 chevaliers, et 4oo écuyers ou vassaux d’un rang inférieur.

^ Dans la guerre de Constance en l4l5 Wykon fut assiégé et pris par les Lucernois, qui rasèrent trois de ces donjons. Ils rendirent bientôt le quatrième à ses propriétaires les seigneurs de Buttikon, en les réintégrant dans tous leurs droits* Mais ceux-ci les vendirent déjà en l476 à la ville de Lucerne^ où le fils du vendeur Jean de Buttikon alla se fixer et y vécut deux ans des charités du magistrat*

Depuis lors cette seigneurie fut gouvernée par un châtelain Lucernois , membre du grand conseil et renouvellé tous les 6 ans. Maintenant le château de Wykon n’est plus qu’une ruine.

Fondation du chapitre de Beromunster.

Le bailliage de Munster ou de St. Michel, l’un des districts les plus considérables du canton de Lucerne, tire son nom du chapitre de chanoines de Beroniunster ou cathédrale de Bero , consacrée à St* Michel, qui y est située* Il appartint jadis aux comtes de Habsbourg, par lesquels il devint une dépendance Autrichienne* Dans le traité de paix conclu après la bataille de Sempach entre les Suisses et les ducs d’Autriche, ceux-ci se réservèrent expressément la propriété du district de St. Michel* Ce ne fut qu’en i415 que Lucerne en acquit la possession après l’ex^ pédition que les Suisses firent contre le duc Frédéric, par ordre du concile de Constance et de l’empereur Sigismond ; cependant cette république n’obtint la totalité des redevances et^des droits , qui en dépendoient, que plusieurs années après, en les rachetant peu -à- peu de plusieurs créanciers des ducs d’Autriche, auxquels ils avoient été hypothéqués* L’époque précise de la fondation du chapitre de Beromunster se perd dans la nuit des tems* Q^uelques historiens la placent dans le sème, d’autres dans le 9ème siècle , et s’appuyent chacun sur des documens ou sur des hypothèses* La dernière opinion paroit être la mieux fondée* Personne ne conteste que le comte Bero ou Bernhard de Lenzboufg

n’ait été le premier fondateur de cet établissement religieux, à l’occasion de la mort de son fils unique qui avoit été étouffé à la chasse par un ours, dans la forêt qui couvroit alors le terrain où l’église fut bâtie. C’est ce qui est représenté sur le tableau dont nous parlons»

On peut citer comme second fondateur et véritable bienfaiteur du chapitre, le comte Ulrich de Lenzbourg, surnommé le riche, qui dota si richement e,n 1030 l’église de St» Michel érigée par son prédécesseur Bero , que l’on put y créer un chapitre de chanoines composé d’un prévôt, de 20 prêtres et de 16 diacres, avec plusieurs employés chargés d’administrer les vastes domaines et les revenus considérables de la fondation, qui s’accrurent encore dans la suite par les dons qu’elle reçut et par la faveur de plusieurs papes et empereurs qui augmentèrent considérablement et confirmèrent les droits du chapitre» L’un de ces derniers, l’empereur Henri, accorda en 1192 au prévôt de Beromunster le titre de chapelain de sa cour, que les successeurs de celui-ci ont dès-lors toujours conservés»

Le bourg de Munster dans l’enceinte du quel l’église et les maisons des chanoines sont situées, étoit dans le moyen âge, une place assez forte, entourée de murailles, de tours et de fossés» Pendant les guerres des Suisses il fut souvent la victime de l’animosité des combattants et de la fidélité que ses habitants professoient pour leur souverain le duc d’Autriche»

Lorsque en 14 15 la ville de Lucerne acquit de ceux-ci la possession de Alunscer et les droits seigneuriaux qui en dépendoient, celui de designer le choix du prévôt et des chanoines en faisoit partie et elle Ta toujours exercé depuis-lors; elle donnoit aussi jusqu’à la révolution de la Suisse, à chaque nouveau prévôt l’investiture de la pleine jurisdiction sur le bourg de Munster avec plus d’extension qu’il n’en avoit joui sous la souveraineté Autrichienne. Cependant la bourgeoisie de Munster avoit aussi quelques franchises particulières et son magistrat municipal, composé de 7 conseillers, de 12 délégués de la commune , et présidé par deux avoyers qui alternoient chaque année. '

L’église chapitrale est bâtie dans l’ancien style gothique. En 177d elle a été restaurée et richement décorée.

C’est dans ce bourg qu’en l4?0 se firent les premiers essais de l’imprimerie, dans un tems où cet art étoit encore dans son enfance dans le reste de l’Europe. Un vieillard octogénaire, Helie de Laulfea y fit paroitre à cette époque un dictionnaire de la bible imprimé , et dans la suite un autre ouvrage théologique. Il fut probablement dirigé dans cette entreprise par Ulrich Guering natif de Lucerne, qui fut le premier imprimeur en France.

En 1764 le bourg de Munster devint presque en entier la proie d’une incendie, mais il se releva bientôt de ses cendres plus grand et mieux bâti qu’il n’étoit auparavant.

„ ChçtrUmagne assis sous sa tente , et donnant aux guerriers Lucernois des trompettes ou cors de campagne^

Ces instruments à vent nommés en latin cornua Rolandi, sont ceux que le fameux Roland, l’un des généraux de l’empereur Charlemagne portait dans ses nombreuses campagnes. Lorsque ce grand souverain fit son expédition en Italie contre le roi des Lombards, et qu’en 774 il prit Pavie et posa sur sa tête la couronne de fer , un corps de troupes Helvétîennes se trouvoit , dit - on , comme auxiliaire dans son armée* Celles de Lucerne et des cantons Forestiers s’y distinguèrenr par leur bravoure , et Charlemagne en distribuant plusieurs récompenses aux compagnons de sa victoire, fit don aux Lucernois de quatre de ces trompettes pour s’en servir dans leurs guerres. Ces trophées honorables ont été soigneusement conservés comme des monuments de gloire et de valeur et souvent le son des cors de Charlemagne anima le courage dès guerriers Lucernois au milieu des combats.

Combat de Strutt de Winkelried avec le dragon.

Le nom de Winkelried’ joulssoit déjà d’une grande considération dans le canton d’Unterwalden, longtems avant que le dévouement héroique du célèbre Arnold de ce nom, sous les murs de Sempach, l’eut éternisé dans les fastes de l’histoire. Peu de familles, dit Jean de Muller, peuvent se glorifier d’autant d’ancêtres distingués qiie celle des Winkelried, simples paysans d’Unterwalden. De ce nombre fut Strutt, l’im des soldats auxiliaires que les vallées de Schwyz, Uri et Unterwalden envoyèrent en 124o à l’empereur Frédéric II., lorsqu’il faisoit le siège delà ville de Faenza en Italie et il s’y distingua tellement que ce prince le créa chevalier sur le champ de bataille. L’histoire a conservé sur ce guerrier le récit d’un autre événement, arrivé en 1250 qui est révoqué en doute par plusieurs auteurs, considéré par d’autres comme une fable allégorique, ayant trait à l’action glorieuse d’Arnold de Winkelried, mais rapporté dans leis chroniques de Tschudi et de Cysat , ainsi que dans l’histoire de Muller, comme une tradition populaire. C’est ainsi que nous allons la raconter pour explU quer le tableau où il est représenté.

Dans la vallée d’Ennetnioos un dragon énorme habitoit un antre profond dans un rocher presque

iiiacessible et commettoitles plus affreux désastres dans la contrée , dévorant les bestiaux et les hommes qui s’approchoient de son repaire, Strutt de Winkelried condamné à un banissement perpétuel pour cause de meurtre , s’offrit pour combattre et détruire ce monstre , à condition que sa grâce lui seroit accordée, Revécu d’une forte cuirasse, armé de son epée encore teinte du sang des ennemis qu’il avoit pourfendus en Italie, il attacha au bout de sa lance un fagot d’épines, recouvert d’une peau de mouton, SC glissa dans l’obscurité de la nuit près de l’antre du dragon et se cacha derrière des broussailles, en ne laissant paroitre que la peau de mouton.

Dès que le jour parut, le monstre appercut cet animal factice et se précipita dessus pour l’avaler, Strutt l’enfonça dans la gueule du dragon, qui fut bientôt ensanglantée par les piqûres des épines, et tandisqu’il faisoit des éfforts inutiles pour s’en débarasser et se rouloit dans la poussière, le valeureux chevalier lui assenoit 20 coups de sa puissante epée sur les écailles épaisses qui couvroient son corps et parvint enfin à lui abattre da tête. Mais Strutt ne put jouir de son triomphe. Le sang envénimé du dragon, dont son épée etoit toute couverte, dégoûta sur sa main et ce poison subtil le fit mourir peu d’instants après dans des douleurs épouvantables, regrette, et béni par ses compatriotes reconnaissants.

Page 1