LA CONVENTION DE STANZ
en 148 1.
HISTOIRE ET GUERRES DES SUÏSSE$ depuis cette époque.
Sii'
Lit ermite Nicolas de Fine , devant sa chapelle^ recevant une députation.
nées , que la discorde s’introduisit entre les cantons, et menaça leur ligue d'une dissolution totale. Le partage de l’immense butin qu’ils avoient fait sur Charles le téméraire, fut une des premières causes de leurs dissentions. D’un autre côté les villes de Soleurc et de Fribourg , depuis long-tems alliées des Suisses et leur compagnes dans les dernières guerres, demandoient à être admises dans la confédération. Zurich , Berne et Lucerne leur étoient favorables et avoient déjà conclu des traités de combourgeoisie avec elles; mais les cantons démocratiques d’Ury, Schwyz et Unterwalden , craignant que les villes ne gagnassent trop d’influence dans la ligue et jaloux de leurs richesses , s’y refusoient avec opiniâtreté. Cette affaire avoit été discutée avec une aigreur réciproque dans plusieures diètes sans produire aucun résultat , et avoit excité la haine et l’animosité des deux partis opposés. Il étoit réservé à un homme, que l’église a placé au nombre des saints et que la Suisse révère comme un de ses citoyens les plus distingués, de rétablir la paix et la concorde entre les confédérés. Nicolas Lôvvenbrugger , connu sous le nom de frère Nicolas de Flue, qui lui fut donné
guerres ' de Bourgogne étoienr à peine termi-
d’après le lieu de sa naissance, im Fluelili, situé sur un rocher (Flueh\ étoit né le 21. mars l4l7 près de Saxien dans le canton d’Unterwalden- Obwalden. Son père étoit un simple agriculteur. Nicolas suivit d’abord la même vocation et lui aida à cultiver son domaine. Il se maria avec une de ses compatriotes et devint à son tour père de 5 filles et de 5 fils dont deux furent dans la suite landammanns et un troisième curé a Saxien. Dans la guerre de Zurich et dans celle de Thurgovie, il marcha avec le contingent de son canton en qualité de capitaine , et se distingua par sa bravoure et son humanité. Plus- tard il fut élu conseiller et déploya dans cet emploi, avec la plus grande probité, beaucoup d’habilité aux affaires. Depuis sa tendre jeunesse, il avoit exercé la plus fervente piété; en avançant en âge il se détachoit toujours davantage du monde et de ses vanités, pour ne s’occuper que de Dieu et de l’éternité. 11 ne savoit pas lire, mais il méditoit sans cesse sur la divine providence. Après avoir vécu un demi S'èclé au sein de sa famille et y avoir rempli d’une manière irréprochable tous ses devoirs civiques et domestiques^ il résolut de se vouer à la vie solitaire , pour se livrer uniquement à l’exercice de la religion et à ses pieuses méditations. Il renonça à ses enfans et quitta sa famille avec le contentement de son épouse. Après avoir été passé quelque tems dans les montagnes du Jura, il revint dans sa patrie et s’établit pour toujours dans une vallée retirée, au Ranfft, à un quart de lieue de distance de son ancienne habitation, s’y construisit à l’ombre d’un mélèze une cabane *ds
branches et de chaume et y vécut en anachorète. Un an après , des âmes pieuses du voisinage lui bâtirent une cellule à peine haute de six pieds pour son habitation, qu’il consacra à la sainte vierge immaculée.
Il couchoit sur des planches, ayant pour oreiller une . pierre. 11 passoit les matinées et les soirées dans des actes de dévotion' et employoit la journée au bien de l’humanité, en allant visiter les malades, les indigents et leur porter des secours spirituels. 11 alloit aussi voir sa famille et faisoit chaque année un’ pèlerinage à Notre - Dame des Hermites. La réputation de ses vertus, de sa piété et de sa sagesse se répandit bientôt dans toute la Suisse et même au delà de ses limites. Les premiers magistrats des cantons, des seigneurs, des guerriers, des particuliers, des évêques même venoient le consulter et tous ceux qui le visitoient s’en retournoient consolés et édifiés.
Les dissentions entre les confédérés, dont on a parlé plus haut, duroienc déjà depuis trois ans et les esprits s’aigrissoient toujours davantage , lorsque les cantons de Claris et de Zug essayèrent d’interposer leur médiation , et engagèrent tous les autres confédérés à se réunir encore une fois en diète à Stanz, huit jours avant Noôl l48L Leurs députés s'y rendirent, ainsi que ceux des villes de Fribourg et de Soleure.
Les trois cantons primitifs refusèrent avec plus d’opiniâtreté que jamais l’admission de ces deux villes dans la ligue, sur laquelle les autres cantons insistoient avec une fermeté inébranlable. Pendant trois séances orageuses,on discuta avec la plus vive animosité. On en vint aux menaces, aux invectives. Enfin après
la troisième conférence, les députés irrités se séparèrent sans prendre congé les uns des autres, plus ou moins décidés à renoncer à la confédération. Cette ligue qui avoit , résisté aux armées de l’Autriche et de la Bourgogne alloit se dissoudre à jamais. La consternation se répandit dans le bourg de Stanz, lorsque son curé, Henri Imgrund de Lucerne, partageant la désolation générale, courut en hâte pendant la nuit auprès du pieux solitaire Nicolas de Flue et le supplia d’employer sa haute sagesse à réunir les esprits et à prévenir le plus grand des malheurs pour la Suisse, la désunion de la confédération. Inspiré par l’amour de la patrie, Nicolas se prête à sa demande, le renvoyé à Stanz, en le chargeant de dire aux députés, qu’il les prioit de se réunir encore une fois, désirant se présenter devant eux. Le curé obtint avec assez de peine qu’ils différassent leur départ, et se rassemblassent. Nicolas parut au milieu d’eux avec son air vénérable, à tête nue, revêtu de l’habit de pénitent. Tous les députés se levèrent et le saluèrent avec respect: „ Chers aniis et confédérés leur dit-il avec le ton de la persuasion, „me voici „foible vieillard, appellé par mon père celeste pour „vous parler de notre chère patrie. Je suis étranger „à toute science mondaine; je ne sais rien, mais ,j Dieu m’enseigne et me guide, ce Dieu qui a sauvé J, vos pères de dant de dangers, et qui vous a donné „la victoire tans les combats. Chers confédérés ! „ pourquoi avez-vous fait la guerre ? vous y avez été 5, contraints ; comment avez-vous vaincu ? par la force „ de votre union. Aujourd’hui vous voulez vous désunir
^jpour un vil butin. Ôh mes frères] gardez-vous de ternir ainsi votre renommée. Je vous conseille,
„ je vous conjure, vous députés des villes^ de renon- „cer à des alliances qui font delà peine à vos an- ;,ciens confédérés; vous députés des montagnes, de vous rappeller que Soleure et Friburg ont combattu „ avec vous et de les recevoir dans votre ligue. Vous „ tous, même lorsque vous ne seriez pas du même avis, ,jde rester fidèles à l’équité et de faire décider vos „ contestations , comme le faisoient vos pères, en.
, J nommant des arbitres parmi vous. Partagez les conquêtes par cantons et !e butin par individus; ne „ compromettez jamais l’honneur et le salut de la pa-, ,5 trie par des alliances avec des souverains étrangers 5, ou en acceptant leurs dons» Ecoutez mes paroles „ avant qu’elle soyent vaines. N’étendez pas trop vos „ limites, ne vous mêlez pas de querelles étrangères; j; soyez toujours de bons et paisibles voisins, mais „ que celui qui voudroit vous opprimer, trouve des hommes prêts à lui résister. Q^u’aucun de vous n’ac- „ cepte de l’argent pour trahir sa patrie. Gardez-vous .,de l’esprit de parti , et delà fureur des factions, qui vous détruiroient. Aimez-vous les uns les autrès, mes chers confédérés, comme le Tout-puissant vous aime. Q^u’il daigne veiller sur vous comme „il l’a fait jusqu’à présent. Je vous quitte, mes chers ,5 amis, mais je ne partirai pas avant de vous avoir. J, réconciliés^ réunis en frères et sauvé ma patrie. “
A peine avoit-il fini de parler que toute rancune,’ toute animosité s’appaisa dans les coeurs émus de ses auditeurs ; la paix et la concorde recommencèrent
à régner dans rassemblée; chacun tendit une main conciliatrice. En moins d’une heure, tous les différends furent applanis et peu de jours après l’acte de confédération fut conclu avec Fribourg et Soleure; Je partage du butin fut réglé, ainsi que plusieurs autres dispositions pour l’avenir , concernant la justice, le commerce et la défense commune. Les cantons s’engagèrent individuellement à ne former aucune nouvelle alliance sans le consentement de tous. Cette transaction fut signée le 22. décembre 1481 et porte le titre de Convention de Stanz. La nouvelle du rétablissement de l’union entre les confédérés excita des transports de joyc dans toute la Suisse et fut célébrée par des fêtes religieuses. Tous les coeurs étoient pénétrés de reconnoissance pour le vertueux auteur de cette réconciliation, le pieux père Nicolas. Chaque canton s’empressa de le lui témoigner en lui écrivant des lettres de remerciment , en lui envoyant des députations et des cadeaux, qu’il employa à orner sa petite chapelle et à y fonder une prébende. Fribourg lui envoya 50 ducats qu’il refusa. J\îême des princes étrangers contribuèrent par des dons à l’ornement de sa chapelle et à augmenter sa fondation.
Après la célèbre journée de Stanz, Nicolas de Flue vécut encore 6 ans dans sa retraite, toujours occupé de ses oeuvres de dévotion et de charité. 11 mourut après une maladie douloureuse le 21. mars 1487, entouré de sa famille et de ses nombreux amis, en donnant sa bénédiction à son peuple et à sa patrie. 11 fut pleuré dans toute la Suisse comme un
père; le dei'il fut géncial et fut célébié par des actes publics de dévotion. H fut enseveli dans le cimetière de Saxlen; tous ses effets personnels, les ustensiles dont il s’étoit servi , furent envisagés comme des reliques, soigneusement conservés et distribués à plusieurs cantons. Depuis long-tems révéré comme un saint dans sa patrie, il fut enfin béatifié par le pape Clement IX, le 8. mars 1669. Lorsque la. belle église de Saxlen fut rebâtie, sa dépouille mortelle fut exhumée et placée sur le maitre - autel , où elle est encore exposée à la vénération des fidèles.
Bataille de Bruderliolz.
l i’an i48S la plus grande partie des princes, des seigneurs et des villes de la Souabe formèrent, sous le nom de figue de Souabe oü de St. Georges, une grande fédération, dans le but de maintenir et de garantir la paix intérieure et de s’opposer à l’ambition et aux rapines de la noblesse. C’étoit une imitation de la confédération suisse, mais avec la diflFérence que celle-ci a voit été créée par les peuples et fondée sur la liberté et le civisme, qui ont garanti sa durée, tandis que la ligue de Souabe, formée par l’empereur et par de puissants souverains, qui employèrent la contrainte et la menace du ban de l’empire , pour y faire entrer les états plus foibles, ne put résister à la force des circonstances, qui ne tardèrent pas à la détruire. L’empereur Frédéric et son
successeur Maximilien invitèrent aussi les^ Suisses en. leur qualité de membres de Pempire, à se joindre à cette association, mais ceux-ci délivrés depuis long - tems des maux qu’elle cherchoit à prévenir et craignant qu’elle ne cachât des vues hostiles contre leur indépendance, s’y refusèrent absolument. L’empereur Maximilien courroucé de leur rénitence, leur tendit alors des pièges, en les Isommant de lui donner des secours en hommes et argent contre les Turcs et la France. N’ayant pu les obtenir, il les' inquiéta de diverses manières. Des ambassadeurs du Pape, de l’Autriche, de l’Espagne, de Milan et de Venise vinrent les sommer de renoncer à leur alliance avec la France et de se joindre à la leur, en leur promettant des avantages pécuniaires plus considérables que ceux qu’ils tiroicnt de cette der- ^ nière puissance, et en les menaçant du ban de l’église et de l’empire en cas de refus. Toutes ces tentatives échouèrent auprès des Suisses, qui restèrent fidèles à leur première résolution. Cependant se voyant ainsi me-acés de toutes parts, ils décidèrent en diète l’an 14P7 de faire des préparatifs de défense. Ils trouvèrent aussi des alliés prêts à soutenir leur cause , entr’autres l’évêque et la ville de Constance. Cette dernière demanda même d’étre admise dans leur confédération , mais les cantons primitifs s’y opposèrent. Les Grisons furent plus heureux et obtinrent , sinon l’entrée dans la ligue Suisse, au moins une alliance perpétuelle et des promesses de protection. Ces peuples animés du niéme esprit de liberté, soutenoient depuis long -temps des relations
d'amitié, de bon voisinage et de commerce avec la Suisse et en avoient souvent obtenu des secours contre la tyrannie du clergé et de la noblesse , qui les opprimoient. Maintenant ils se voyoient exposés aux mêmes dangers et furent accueillis par la plupart des cantons. Ce fut contre eux que se dirigèrent! les premières hostilités de rAutriche. Les Tyroliens entrèrent en ennemis dans leurs pays en Les
Suisses contre lesquels la haine de la ligue de St. Georges s’étoit déjà manifestée par toutes sortes d’outrages, accoururent au secours de leurs nouveaux alliés. Les Autrichiens se retirèrent à leur approche, mais restè*rent sur leur frontières. Les Suisses s’efi approchèrent et les deux armées restèrent quelque tems en présence, jusqu’à ce que les ennemis ayant encore repassé le Rhin, commencèrent les hostilités» Le combat s’engagea près du village de Friesen et les Autrichiens furent repoussés avec une perte dô 4o() hommes. Cependant l’armée des Suisses s*étant renforcée, ils pénétrèrent à leur tour dans le pays ennemi, livrèrent plusieurs combats, dans lesquels ils furent toujours victorieux contre des forces supérieures» entr’autres au Hard près de Rrégenz sur le lac de Constance. Après plusieurs incursions dans la partie de la Souabe, qui les avoisinoit et qu’ils ravagèrent, ils /résolurent de se tenir sur la défensive et placèrent des troupes sur leurs frontières , depuis les montagnes des Grisons, en suivant le cours du Rhin, jusqu’à Baie. ïls renouvellèrent en même tems leur alliance pour dix ans avec le roi de France, Louis XIL, qui leur promit des subsides en argent, pour soutenir
la guerre. Cependant les Soleurois voulant venger le pillage d’un de leurs villages près de Baie, commis par les troupes Souabes, firent à leur tour une invasion dans le Sundgau. Les ennemis voulant user de représailles, entrèrent sur le territoire Suisse, ce qui donna lieu à une nouvelle bataille le 20. mai t'199. Un corps de lOüO hommes de Berne , Lucerne et Soleure, sous le commandement de Daniel de Bubenberg, avoit entrepris de faire une incursion, dans l’Alsace et avoit déjà passé la Birs, lorsqu’ils furent avertis par des Balois, que 4000 hommes d’infanterie et 4oo de cavalerie ennemie, s’étoient postés en embuscade pour leur couper la retraité; on leur proposoit en même temps de l’exécuter en faisant un détour par la ville de Baie. Mais les confédérés animés par leur chef, préférèrent de se faire jour les armes à la main au travers des ennemis. Ceux-ci s’étoient postés sur une hauteur dans un bois nommé le Bruderholz, près de Dornach. Les Suisses les attaquèrent, percèrent leurs rangs et les mirent bientôt en pleine déroute. Les historiens contemporains rapportent que les Suisses ne perdirent qu’un seul homme dans cette rencontre et que les Autrichiens laissèrent 600 morts sur le champ de bataille.
Combat d Ermatingen ^ où les Suisses perdirent deux canons.
Camp des Suisses tenants conseil de guerre.
Bataille de Scii waderloch , où les canons emportés sur les Suisses sont repris.
Bataille de Frastenz.
La nouvelle de la glorieuse journée de Bruderholr, porta l’allarme dans le camp des Autrichiens et de la ligue de Souahe. Résolus de venger cette défaite, ils se rapprochèrent des frontières orientales de la Suisse, et s’y retranchèrent dans plusieurs positions, d’où ils faisoientdes fréquentes incursions désastreuses. Les confédérés s’y portèrent avec une armée de 800b hommes , passèrent même • le Rhin et formèrent le siège du château de Guttenberg pour engager l’ennemi à leur livrer bataille, mais ceux-ci restèrent tranquillement derrière leurs retranchemens. Cepen« dant comme les Suisses avoient dégarni leurs frony. tières du côté de Constance pour cette expédition , les Souabes crurent ce moment favorable pour envahir la Thurgovie. Ils feignirent de vouloir attaquer les Suisses par le lac de Constance, sur lequel
ils firent croiser plusieurs barques armées, qui inquiétüient les avants-postes des confédérés. Le 10. avril ils sortirent de ^rand matin de la ville de Constance et surprirent dans le sommeil la foible garnison suisssc d’Ermatingen; ils en massacrèrent 73 hommes dans leur lits ; les autres s’échappèrent à moitié nuds et allèrent joindre un petit corps d’armée des leurs, posté au Schwaderloch. À la nouvelle de ce désastre 200 Lucernois accoururent au secours d’Ermatingen, mais ils furent repoussés et perdirent les deux canons qu’ils avoient amenés (sujet du 64ème tableau;. L’ennemi se croyant tout - à - fait victorieux, se livra à toutes sortes d’excès, pilla, incendia plusieurs villages et ravagea la contrée. Cepedant les confédérés réunis au Schwaderloch sonnèrent le tocsin pour appeler tous les petits corps épars dans la contrée à leur secours et bientôt 2000 hommes s’y trouvèrent rassemblés. Lorsqu’ils se virent ainsi renforcés, leurs chefs tinrent conseil de guerre, mais ayant appris que les ennemis étoient au nombre de 1S,000 hommes, ils ne prenoient aucune résolution, lorsque Rodolphe Haas, commandant des lucernois, ne pouvant se consoler de la perte de ses deux canons, la seule artillerie que la petite armée suisse possédât dans ces contrées, exhorta ses camarades à venger le massacre d’Ermatingen et les persuada d’attaquer l’ennemi en leur rappelant les victoires de Morgarten et de Sempach (sujet du 65ème tableau). Son avis fut écouté, un noble enthousiasme s’empara de ses auditeurs et ils jurèrent tous de vaincre ou de mourir, en implorant l’assistance de l’être suprènne. Bientôt ils furent rangés en ordre de batajlle
derrière le bois qui les couvroit, puis ils sé dirigèrent de coté pour tourner le front de l’ennemi hérissé d’une nombreuse artillerie. Tout- à-coup ils paroissent au haut d’une colline d’où ils voient l’ennemi en désordre et ne se doutant nuliemenient de leur approche. Ils se précipitent sur lui, en poussant des cris affreux et en faisant battre leurs tambours restés dans le bois. Les Souabes surpris ont à peine le tems de former leurs corps dispersés. Le feu de leurs canons n’atteint pas les Suisses, qui bientôt ont pénétré dans leurs rangs et y ont porté la confusion et le carnage. Leur impétuosité rend toute résistance inutile , les ennemis prennent la fuite: les Suisses les poursuivent et en jettent une multitude dans le lac. Cependant leurs chefs prudents les arrêtent et les rassemblent sur le champ de bataille. Sans avoir eux-mêmes un seul canon, ils avoient repris non seulement les deux que les Lucernois avoient perdu, mais encore toute l’artillerie de leurs adversaires. Les Autrichiens et Souabes eurent 2000 morts, tandisque les Suisses n’eurent à regretter que' 20 de leurs guerriers. Le même soir les confédérés retournèrent dans leurs anciennes positions derrière le Rhin.
Cependant le corps de Suisses sur le Rhin supérieur assiégoit depuis 8 jours le château de Guttenberg, sans que les Autrichiens fissent aucune tentative pour les faire déguerpir. Les confédérés animés par la nouvelle de la victoire de Schwaderîoch résolurent d’attaquer eux - mêmes l’ennemi dans ses retranche, mens à Frastenz. Celui-ci en fut informé et attira à lui des renforts, qui portèrent4a force de son armée
ail nombre de 14,000 hommes* Les Suisses sans sc laisser effrayer , marchèrent en avant le 20. avril. Henri Wolleb d’üry y à la tête de 2000 homme» sc porta sur la montagne du Lanzergaster, pour tourner la~ position des Autrichiens , tandis que le corps d’armée principal devoit les attaquer de front. Wolleb escaîada les ^hauteurs escarpées de la montagne au travers des rochers, il fut découvert par les avant-postes des ennemis, qui le reçurent avec des décharges épouvantables; il évita ce feu en faisant coucher ses troupes par terre et en les faisant marcher courbés* H atteint enfin les retranchemens , en chasse les Autrichiens, et les pousse contre le reste de l’armée confédérée qui s’avanqôit. Un combat meurtrier s’engage alors et reste indécis jusqu’à ce que les Suisses font une retraite simulée. L’ennemi s’apprête à les poursuivre et rompt son ordre de bataille. Les Suisses en profitent et font vblte - face. Les Autrichiens font une déchargé de toute leur artillerie. "Wolleb commande à ses troupes de se jetter à terre pour l’éviter ; lui seul reste debout et reçoit une blessure mortelle. Les Suisses se relevent, avancent de nouveau avec ardeur, attaquent l’ennemi de front et de fianç et bientôt le forcent à se retirer en désordre. Il est poursuivi jusqu’à la rivière de l’Iller, qu’il passe à la bâte, en perdant beaucoup de soldats dans les flots. Les Suisses ne le poursuivirent pas plus loin et restèrent dans leurs positions avec un butin considérable. Leur perte n’est portée qu’a 11 hommes et celle des autrichiens à 3000.
La bataille de Dornach,
N*ous ne ferons pas mention de plusieurs autres combats qui eurent lieu dans le cours de la sanglante guerre de Souabe, où les Suisses furent toujours victorieux, parcsque ces événemens ne sont pas représentés dans notre galerie de tableaux. Il nous reste à parler de la fameuse bataille de Dornach, qui termina glorieusement ces malheureuses dissentions. L’empereur Maximilien, plus que jamais irrité par les défaites que ses troupes avoient éprouvées , résolut d’attaquer les Suisses sur trois points différens , à Baie, à Constance et à Feldkirch et y rassembla des forces considérables. La France et le duc de Milan voulurent encore une fois interposer leur médiation, et les Suisses n’étoient pas éloignés de l’accepter, mais l’empereur repoussa toute proposition de rapprochement. Les Suisses firent leur dispositions de défense, et les cantons de Berne, de Soleure et de Fribourg furent chargés d’observer le général autrieliien comte Henri de Furstenberg, qui s’avanqoit sur Baie avec 15000 hommes. L’empereur en personne vouloit attaquer les confédérés à Constance avec 20,000 hommes et déjà il avoit formé son ordre de bataille , lorsque la désunion se mit entre les chefs de son armée, composée de corps de différentes parties de l’Allemagne. Plusieurs refusèrent même de prendre part à l’attaque , parce qu’elle ne devoit pas se faire selon leur vues. Maximilien fut donc obligé
de sé retirer plein de dépit et de reprendre ses anciennes positions. Cependant le comte de Fursteiiberg s’avaiicoit et pénétra en Suisse par Dornach. Il mit aussitôt le siège devant le château fort de Dorneck. À cette nouvelle Soleure expédia en hâte des couriers aux autres ^cantons, pour les sommer d’envoyer leurs contingents et fit partir le sien composé de 1500 hommes pour arrêter rennemî. Ils furent bientôt joints par ceux de Zurich et de Berne qui portèrent la petite armée confédérée au nombre de 4ooo hommes. Cependant l’armée autrichienne , ne se croyant pas dans le cas de livrer bataille , méprisant les foibles corps qui s’avancoient , s’étoient campée sur les rives de la Birs , ne s’occupant que du siège de Dornek et de pillages dans la contrée environnante. Les Suisses informés de leur insouciance et ayant pu même observer d’une hauteur voisine le désordre qui régnoit dans leur camp , où ils se livroicnt aux plaisirs et à la débauche, résolurent de les attaquer à l’improviste malgré leur nombre si supérieur. Ils s’approchèrent en silence et sans être apperciis, de la position des ennemis , dont ils entendoient déjà les bruyants débordemens. Dans la soirée du 22. juin l4P9, ils donnèrent le signal de l’attaque et se précipitèrent, sans observer de marche réglée, sur les Autrichiens. Ils pénétrèrent dans le camp et massacrèrent sans résistance les premiers qu’ils trouvèrent buvants et jouants; cependant le comte de Furstenberg accourt au bruit de cette surprise , mais ü est tué lui-même. Peu à peu tous les ennemis courent aux armes, se forment et font avancer leur artillerie et leur cavallerie. Les
Suisses se voient entourés, pressés de tout cotés et prêts à succomber malgré leur résistance désespérée ; déjà leur nombre avoit considérablement diminué ; mais ils ne cédoient pas, lorsque après 4 heures d’une lutte indécise, ils entendirent de loin le bruit des cors Lucernois, qui annonçoicnt' l’arrivée de leur confédérés. C’étüient en effet les contingents de Lucerne et de Zug, qui s’approchoient à marches forcées. En vain trois fuyards qu’ils rencontrèrent voulurent les arrêter, en leur disant que les Suisses étoient battus ; ils rcjettèrent avec indignation cet avis en reprochant à ces lâches leur pusillanimité , puis se débarassant de leur havresacs , qu’ils suspendirent à un grand poirier , ils coururent en bas de la montagne, pour joindre leur compatriotes, dont le courage déjà chancelant, s’étoit ranimé à leur approche. Les Autrichiens entendent les cris de joie poussés par les confédérés, voient une nouvelle troupe dont ils ne peuvent évaluer le petit nombre, accourir contre eux avec ardeur et sont saisis d’une terreur panique. Ils abandonnent précipitament leur camp et fuient par le pont de la Birs, qui s’enfonce sous le poids et en entraine une multitude dans les flots. Un seul corps tient encore et vend chèrement sa vie. Cependant il est aussi culbuté et les Suisses, poursuivent les fuyards jusques à la nuit. Mais ils sont rappelés par leurs chefs dans le camp qu’ils ont conquis et s’y rafraîchissent avec les débris des repas qu’ils avoient intérrompus. Us y trouvèrent un immense et riche butin , 21 pièces d’artillerie, beaucoup de munitions et d’objets précieux. Les autrichiens avoient laissé 3000 morts sur
îe champ de bataille, parmi lesquels leur général et beaucoup de nobles ; les Suisses n’avoient perdu que 600 des leurs. Le lendemain de l’action, arrivèrent trop tard pour partager la gloire de cette journée mémorable, les contingents d’üry', d’ünterwalden, de Schwyz et de Fribourg.
Cette victoire eut l’heureux résultat de décider la fin de cette guerre sanglante et inutile et ne fut suivie que de quelques escarmouches insignifiantes sur divers points. Les deux partis épuisés et fatigués sentoient vivement le besoin de la paix. Les liens de la ligue de Souabe commencoient à se relâcher; l’empereur lui-même malgré son profond dépit écouta enfin les nouvelles propositions de médiation de la France et du duc de Milan. Une /trêve fut convenue, un congres se rassembla à Baie et le 22. septembre i4.99 la paix y fut signée. Les Suisses n’ob^ tinrent d’autres avantages que la possession de la Thurgovie, qui leur fut cédée par l’empereur. Ainsi finit cette malheureuse guerre , dans laquelle huit batailles meurtrières avoient été livrées, qui avoit moissonné plus de 20,000 hommes, où 2000 villes, bourgs, villages et châteaux avoient été incendiés et une étendue de trente milles de pays ravagée. Ce fut la dernière tentative que firent les Allemands pour détruire la ligue helvétique , et pour rattacher la Suisse à l’empire. Deux ans après la paix, la confédération acquit deux nouveaux membres, les villes de Baie et de SchafiPouse, depuis longtemps leurs alliées. Leur demande d’être admises dans le nombre des confédérés fut accueillie avec bienveillance par
tous les cantons et les traités y relatifs furent conclus en 1501. En 1513 enfin les peuples d’Appenzeli, liés aussi depuis longtemps avec les Suisses par des rapports de sentiments , d’opinion et de voisinage, témoignèrent le même désir et furent reçus avec le même empressement, complétant ainsi le nombre de 13 cantons, qui ont subsisté jusqu’à l’époque de la révolution de 17S>8.
Le pape à cheval escorté par ses gardes Suisses,
Jusqu’à la dernière moitié du 15ems siècle, la confédération suisse ne soutenoit avec les Papes d’autres rapports que ceux qui existoient entre les chefs de l’église et les autres états de la chrétienté en matières spirituelles. Le pape Grégoire V IL fut le premier, qui envoya un nonce en Suisse, simplement pour visiter les diocèses. Dans la suite ses successeurs déléguèrent de tcms à autres de pareilles députations sans aucun but politique manifeste.
Le pape Sixte IV., dont les plans ambitieux tendoîent à étendre l’autorité du siège de Rome, rechercha plus particulièrement l’alliance des Suisses, qui vcnoient d’acquérir une grande importance en Europe par les guerres de Bourgogne, li leur envoya un légat en i475, qui demanda à la diète des secours contre les ennemis de l’église. Les députés des cantons ne
vovilurent rien décider sur une matière aussi împor* tante , sans le consentement de leurs commettants. Le légat parcourut lui-même tous les cantons et sut obtenir de chacun d’eux individuellement par des cadeaux et des promesses la réussite de sa demande. L’alliance fut conclue en i4?S et les confédérés furent dans le cas de faire marcher immédiatement après, im corps de troupes pour soutenir le pape dans une querelle qu’il avoit avec le duc de Milan. Cette alliance fut renouvellée avec le pape Innocent VIII. qui confirma tous les droits et immunités , que ses prédécesseurs avoient accordés aux confédérés. Jules II. alla plus loin et demanda aux Suisses en 1505 de lui accorder 200 fantassins pour la garde de sa personne. Après quelque hésitation, on lui permit de les recruter dans la confédération. Peu après, il leur demanda 3000 hommes pour soutenir scs entreprises guerrières et leur ayant promis par un nouveau traité des subsides considérables, plus de 20,000 Suisses passèrent les monts en 1510, pour aller à son secours contre le roi de France. Mais au lieu des sommes promises, le pape les paya avec de magnifiques drapeaux, de pompeux éloges et le titre de protecteurs et défenseurs de la liberté de l’église.
Lorsque la réformation s’introduisit dans une partie de la Suisse, les cantons qui l’avoient embrassée, rompirent tous leurs rapports avec le siège de Rome, et l’alliance ne fut plus maintenue et renouvellée par les papes , qu’avec les cantons restés catholiques* Le corps des gardes - suisses composé jusqu’alors d’hommes de toute la confédération , fut dissous*
Mais en 1548 un nonce apostolique fit au canton de Lucerne la proposition de fournir au pape une nouvelle garde, qu’il obtint sans difficulté ; elle" fut augmentée en i556 et lorsque en 1565 le pape Pie IV. conclut un nouveau traité avec les cantons catholiques, pour lui et ses successeurs, la concession de cette garde fut confirmée et son organisation fut fixée pour l’avenir. Lucerne obtint le droit de choisir et de nommer le capitaine parmi ses citoyens. Elle a en effet subsisté jusqu’aux révolutions du Ipème siècle et après avoir été dissoute pendant les malheurs qui ont atteint le st. siège, elle a été de nouveau rétablie. La résidence permanente d’un nonce apostolique en Suisse, date de la fin du l6ème siècle.
Troupes suisses au service de diverses puissances étrangères.
Les guerres de Bourgogne peuvent être envisagées comme l’époque où les Suisses commencèrent à entrer au service des puissances étrangères. Jusqu’alors ils' n’avoient combattus que pour la défense de leurs foyers et de leur liberté. Mais dans ces guerres mémorables l’amour des combats , l’esprit militaire s’etoit emparé de tous les confédérés et les gouvernements ne sachant plus comprimer une jeunesse turbulente , qui se livroit à toutes sortes d’excès, sentirent le besoin d’occuper son activité et son ardeur
belliqueuse dans l’étranger, afin de mieux pouvoir maintenir l’ordre et la tranquillité dans l’interieur du pays. D’un autre côté les souverains de l’Europe sans cesse enveloppés dans de nouvelles guerres, avoientsu apprécier la valeur des Suisses et voulurent l’employer contre leurs ennemis , soit pour s’assurer la victoire soit pour épargner le sang de leurs sujets.
La France fut la première grande puissance, qui demanda d’avoir à son service des troupes suisses (Comme auxiliaires et qui les obtint moyennant la solde et les pensions qu’elle s’engagea à leur payer. Le traité qui fut conclu à cet égard et qui en fixa les conditions à la suite de l’alliance que Louis Xf. avoit déjà formée avec la confédération en 1474, fut signé à Lucerne en 1480 et le nombre des troupes accordées par la Suisse, fut de 6000 hommes, qui marchèrent la même année contre le duc Alaximilien d’Autriche. La confédération fournit aux successeurs de Louis XL plusieurs corps dans les différentes guerres , qu’ils soutinrent en Italie.
Louis XI. lui-même avoit déjà formé en 1480 une compagnie permanente de Suisses, pour la garde de sa personne , sous le nom de Cent - Suis es, qui s’est maintenue jusqu’aux temps les plus récents. Les autres corps auxiliaires n’étoient point en service permanent, et se formoient chaque fois à la réquisition du roi de France, par des enrôlements volontaires et pour un temps limité. En 16 1 6 le roi Louis XIII. prit à son service un régiment de gardes, qu’il forma des débris d’un corps de 3000 hommes que Gaspard Gallatin de Claris avoit levé pour lui et qui avoit été
considérablement réduit par la guerre. Ce corps là, tout -à- fait distinct de celui des Cent- Suisses , s’est aussi maintenu jusqu’à nos jours. Louis XIV. forma ensuite en 1688 les autres régiments de ligne suisses et organisa définitivement leur service par une capitulation. Ce fut lui qui leur donna Tuniforme rouge et bleu. Il n’eut d’abord qu’un seul régiment de ligne, mais le nombre s’en accrut sous lui et son successeur jusqu’à dix , qui fuient tous renvoyés en 1792. Depuis lors la France a repris de nouveau des Suisses à sa solde, tant sous Napoléon que depuis la restauration. On a calculé que depuis le règne de Louis XI. jusqu’à celui de Louis XV. en 1770 , la la confédération a fourni à la France, tant en troupes auxiliaires , qu’en régiments permanents et capitulé» 540,235 hommes.
La maison d’Autriche obtint après la paix de Baie en 1499, un corps d’auxiliaires Suisses de 6000 hommes de plusieurs cantons ; elle eut aussi dans son armee des régiments capitulés, dans le I7èmeet isème siècle, jusqu’en 1750 où l’impératrice Marie Xhérèse abolit tout - à- fait ce service. Son époux l’empereur François I. avoit amené , lorsqu’il monta sur le trône, une compagnie de Cent - Suisses pour sa garde, qui l’avoit déjà servi dans la même qualité, pendant qu’il regnoit en Toscane et il la conserva jusqu’en 1768.
La première alliance de la Suisse avec l’Espagne date de 1515, sous le roi Ferdinand le catholique; elle fut renouvellée par ses successeurs. Philippe 11. demanda à la confédération et obtint un corps de 4ooo hommes pour son service ; Ferdinand VI. eut des troupes Suisses
jusqu’au nombre de 13,6'00 hommes. Sous le roi Charles IV. il n’exisîoit plus en Espagne que S régiments Suisses.
La maison de Savoye, qui avoit soutenu depuis le tjème siècle des rapports d’alliance avec les 8 anciens cantons, négocia avec eux dans le i6ème siècle un traité de subsides militaires et obtint plusieurs régiments, et même une compagnie de gardes du corps. Ce service a duré jusqu’en 1798, où les événemens ont amené sa fin.
Les sept provinces unies des Pays- bas s’étoient alliées déjà en 1582 avec les cantons protestants et obtinrent en 1676 la faculté de recruter des troupes dans leur territoire. Les états -généraux formèrent ainsi successivement plusieurs régiments. En 174s, le nombre des Suisses au service de cette république étoit de 20,400 hommes et à la même époque, le prince d’Orange forma un régiment de gardes de 1600 hommes, dans les cantons de Zurich, Claris, SchalFouse, Appenzell, à Neuchâtel et dans les Grisons. Dans la dernière moitié du J sème siècle cet état militaire si considérable , fut réduit à un tiers.
Lorsque le royaume de Naples échut à la couronne d’Espagne en 1734, une liaison plus étroite s’établit aussi entre cette puissance et la Suisse. Trois régiments Suisses, qui avoient combattu sous les drapeaux espagnols, furent incorporés dans l’armée Napolitaine et trois autres furent nouvellement levés dans la confédération pour ce service. Ils y ont subsisté jusqu’à ce que la révolution ait atteint cette partie de Tltalic,
La république de Venise eut aussi dès le I6ème siècle plusieurs régiments Suisses à sa solde, jusqu’en
1718, où il furent dissous après la paix de Passarowitz. Dans ce période 27 -,^90 hommes avoit servi cette puissance.
Les électeurs de Brandenburg soutenoient des rapports d’amitié avec les Suisses et s’étoient employés en leur faveur dans la paix, qui termina leur guerre avec la ligue de Souabe en l499. Aussi la confédération consentit en 1502 à concéder à l’électeur Joachim I. la levée d’un corps de 2000 hommes dans son territoire. Le premier roi de Prusse Frédéric I. se forma une compagnie de Gardes- Suisses, qui subsista jusqu’en 1713, et lorsqu’il acquit en 1707 la souveraineté de Neuchâtel et Vallengin, il resserra son ancienne alliance avec la confédération et confirma les traités de combourgeoisie, qui existoient déjà entre Berne, Lucerne, Soleure et le comté de Neuchâtel.
La Suède, sans avoir jamais conclu d’alliance formelle avec la Suisse, eut cependant aussi des troupes confédérées à sa solde dans la guerre de 30 ans. Le célèbre Gustave Adolphe en avoit formé deux régiments, qui se distinguèrent dans les batailles de Lutzen et de Nôrdlingen sous le duc Bernard de Weimar, mais qui furent licenciés en 1634.
Une armée suisse avec les bannières et les drapeaux des cantons et de leurs alliés^ avant la révolution.
Ce :ableau n’a besoin d’aucune expiication. Il représente une armée confédérée , telle qu’elle étoic composée avant la révolution du Ipème siècle, de troupes des treize cantons, qui existoient alors et de celles \ des petits états leurs alliés, situés dans les limites de la Suisse.
Le collège des jésuites à Lucerne^ avec ses alentours.
Le collège des jésuites fut érigé à Lucerne en 1574, trente cinq ans après la fondation de cet ordre. Le mauvais état de l’instruction publique en Suisse et particulièrement à Lucerne, où il n’existoit qu’une seule école à cette époque, engagea le magistrat de cette ville à former cette institution , à laquelle le pape donna son assentiment.
Les fonds nécessaires à son établissement furent fournis en partie par le gouvernement et par plusieurs particuliers et magistrats de Lucerne, et même des cantons environnants. Ils furent augmentés successivement par plusieurs legs pies et autres donations, en argent comptant, bâtimens et fonds de terre. La congrégation
fut composée de 2o personnes, y compris les prêtres (qui dévoient aussi remplir quelques fonctions ecclésiastiques dans la ville), les professeurs, les diacres et les servants. L’état devoit pourvoir à leur entretien et leur assigna non seulement une maison qu’il faisoit bâtir pour y placer les séances des conseils et l’hôtel de ville, mais encore un autre bâtiment pour les écoles. Celles-ci se divisèrent d’abord en 4 classes où l’on enseignoit les belles- lettres, particulièrement le latin et grec. Dans la suite on y établit encore des chaires de théologie, de morale et de logique.
Le pape Grégoire XIII. donna a ce collège 800 ccus pour l’aider à former une bibliothèque. Emmanuel Philibert duc de Savoye lui fixa une pension annuelle de 200 écus en or et l’évêque de Baie une rente pareille de 50 couronnes ; plusieurs prélatures et commanderies Suisses lui firent aussi des largesses.
Ce fut la veille de Noël 1578 que les pères allèrent s’établir dans leur habitation. La même année om avoit commencé la construction d’une chapelle y attenante et en l667 la belle église des jésuites fut érigée, telle qu’elle se voit encore de nos jours. Ce collège s’est maintenu pendant 2 siècles à Lucerne et s’est acquis de grands mérites , en se consacrant à l’éducation. Lorsque le pape Clement XIV. supprima l’ordre des jésuites^ ce collège subit le sort de toutes les maisons de cette société , qui furent abolies.
iU
Le couvent des capucins au îVesemlin,
Les premiers pères capucins, qui parurent en Suisse arrivèrent à Lucerne en 158 3 et demandèrent au magistrat la permission d’y séjourner. Ils furent acceuillis avec bienveillance et on leur assigna pour demeure provisoire ie couvent des beguines de St« Anne au Bruch, qui se trouvoit vacant à cette époque. Mais cette habitation leur ayant déplu, ils en sollicitèrent bientôt une plus commode, et deux riches particuliers de Lucerne y pouvurent. W’ Gaspard PfyfTer, chevalier et seigneur de Mauensee , et ML le capitaine Jost Pfyffer, son cousin, leur offrirent des fonds de terre , qu’ils possédoient au "Wesemlin, colline située au dessus de la ville, pour y bâtir un Cou- Vent. Plusieurs autres bienfaiteurs, le gouvernement de Lucerne lui-mème, se joignirent à cette fondation. Dans la suite M*^' Jost Pfyffer se rétracta, et M*^' Gaspard Pfyffer fournit seul sur son domaine le terrain où le couvent fut érigé en 1584 et terminé en 1588. La bâtisse se fit aussi en grande partie à ses fraix, cependant plusieurs chapitres et abbayes voisines y aidèrent par des donations et firent cadeau des vitraux ornés de leurs armoiries, qui se voient encore dans l’église. Gaspard Pfyffer , qui décéda en l6t6, y fut enseveli. En 1675 le couvent fut augmenté et subit plusieurs changements aux fraix des religieux. Enfin en 1758 il fut tellement agrandi, qu’il peut passer pour l’un des plus beaux établissemens de capucins en Suisse.