‹ Galerie des tableaux du Pont de la Chapelle à LucerneChapitre 8 sur 10 · et 50. T A B L E A U · texte numérisé non relu

et 50. T A B L E A U

La bataille de St, Jaques sur la Birs; dans le fond la> ville de Bale^

Dans la première moitié du l^ême siècle la discorde s’établît entre les confédérés et alluma en Suisse la première guerre civile. Une contestation, qui s’éleva entre les cantons de Zurich et de Schwyz, au sujet de la succession du dernier comte de Toggenburg, y donna lieu. Chacun d’eux formoît des prétentions sur cet héritage. Zurich se fondolt sur une traité conclu avec le comte lui-même et Schwyz sur les droits de combourgoisie , qu’il avoit accordé aux sujets du comte avec son consentement. Après des longues discussions, les deux partis en vinrent à des voyes de fait et à des hostilités réciproques. Schwyz au quel Glaris venoit de se joindre, olfrit deux fois de soumettre

la contestation au jugement arbitral des autres confédérés. Zurich s’y refusa avec dédain. En vain ceux-ci travaillèrent avec chaleur à réconcilier les deux cantons désunis. Enfin la diète rassemblée à Lucerne en i437, délibéra sur cet objet et se prononça contre Zurich. Les Zuricois refusèrent de se soumettre à leur sentence et interdirent aux habitans de Schwya et de Claris de continuer à fréquenter leurs marchés aux grains. Déjà les troupes de deux partis étoient sous les armes, garnissoient leurs frontières et appeloient à leur secours les autres cantons, lorsque ceux-ci parvinrent avec beaucoup de peine à leur faire signer une trêve de deux ans , pendant laquelle Schwyz ne cessa de proposer des voyes concilhtoires sans aucun succès. Dès que ce terme fut écoulé, on se mit de nouveau en campagne des deux côtés et tous les autres cantons blessés de l’opiniâtreté de Zurich prirent parti pour Schwyz. Leurs troupes fédérales entrèrent dans le canton de Zurich, défirent les siennes et inondèrent tout son territoire. Dans cette extrémité les Zuricois se virent contraints à demander la paix, qui leur fut accordée,, sous condition qu’ils renonceroient à quelques unes de leur prétentions. Cette paix forcée ne fut pas de longue durée. Zurich irritée, aveuglée par le désir de se venger, conclut une alliance avec l’ennemi le plus mortel de la Suisse, le duc Frédéric d’Autriche et reçut une garnison autrichienne dans Ses murs en 1442. Les confédérés indignés d’une telle démarche, sommèrent Zurich, d’un commun accord, de renoncer à cette alliance et sur son refus la guerre recommenqa avec un nouvel acharnement.

Les Zuricois furent de nouveau battus, leur territc.ire fut entièrement envahi et ravagé , leurs châteaux forts furent pris et occupés par des garnisons féo craies. Les confédérés éto ent retournés dans leurs foyers après cette expédition, mais bientôt Zurich ayant fait une invasion dans leur territoire, ils repassèrent en hâte le mont Aibis, marcl èrent droit sur la ville, sous les murs de laquelle les Zuricois furent encore complètement battus et forcés de solliciter une suspension d’armes. De nouvelles conférences s’ouviircnt à Faden entre les cantons, pour C( nsolider la paix, mais avec tout aussi peu de succès que les pnxédentes tentatives de réconciliation; Zurich ne voulut encore c< nsentir à aucune concession.

La guerre se ralluma pour la 4ème fois. Les cantons réunis se remirent en campagne avec 1200 hommes. Ils prirent le château de GreifFensée et en massacrèrent la garnison. Ils tinrent ensuite pendant onze semaines la ville de Zurich assiégée et soutinrent plusieurs combats plus ou moins heureux. Tout à coup la nouvelle parvint au camp fédéral que le roi de France sollicité par son allié et celui des Zuricois, le duc Frédéric d Autriche , alors empereur, envoyoit en Suisse , sous la conduite du dauphin (depuis lors roi lui même, sous le nom de l ouis XL), line armée considérable, qui marchoit déjà sur Bâle. Les confédérés sans lever siège de Zurich, envoyèrent à sa rencontre un corps de 1600 hommes de divers cantons, pour observer sa marche et venir au secours de Bâle leur alliée. L’armée ennemie c< mp sée de l40üü franqois, 8000 anglois, autant d’aiiemands

et de 4000 cavaliers avoît pris position dans la vallée de la Birs. Le foible corps des Suisses s’avanqoit avec courage. En vain les Bâlois les firent avertir de rénorme supériorité des ennemis et solliciter d’agir avec circonspection; mais l’ardeur de ces guerriers n’écouta aucune représentation; ils forcèrent leurs chefs à se porter en avant et firent reculer deux fois les avant-postes du dauphin. Déjà ils étoient réduits à 1200 hommes, lorsque sans être épouvantés du nombre des ennemis ni de leur formidable artillerie 9 ils se jettèrent dans la Birs , qui les séparoit de l’armée franqoise, la traversèrent à la nage, se formèrent sur la rive opposée et jurèrent tous de Vaincre ou de mourir ; puis ils se précipitèrent dans les rangs de l’ennemi, pénétrèrent jusques dans soa camp et y firent un carnage épouvantable. Le combat dura pendant 10 heures consécutives sans que leur valeur fut épuisée, mais leurs forces et leur nombre le furent enfin. Il n’en resta plus qu’une poignée retranchée dans un cimetière et s’y défendant encore avec furie. Enfin une chapelle leur dernier point d’appui, prend feu, s’écroule et les derniers héros succombent, périssant au milieu des monceaux, d’ennemis qu’ils avoient immolés.

L’histoire rapporte que cette sanglante journée coûta au dauphin 8000 hommes et plus de 1100 chevaux. Tous les Suisses perdirent la vie, à l’exception de 16, qui avoient déserté le champ de bataille avant la fin du combat et qui allèrent terminer leur existence comme des lâches dans leurs foyers , couverts du mépris de leurs concitoyens.

Ainsi finit la journée jamais mémorable du 26. août 1444, que les annales citeront toujours comme une de celles qui ont éternisé la gloire des Suisses. Elle eut des résultats heureux pour la patrie. Le dauphin rempli d’admiration pour un courage aussi héroique, et considérablement afFoibli par les pertes qu’il avoit essuyées, se retira avec les débris de son armée, et chercha à devenir l’ami de la confédération. Il sign-a avec elle le l4. octobre suivant une paix honorable, qui devint la base des rapports, qui ont toujours existés depuis lors entre la France et la Suisse. La nouvelle de la bataille de St. Jaques porta la consternation dans l’armée des confédérés, qui bloquoient encore Zurich , aussi bien que dans les murs de cette ville. '

Le sang des héros , qui y avoient succombé appaisa l’animosité, qui régnoit entre les cantons désunis. Le siège de Zurich fut levé ; les Zuricois acceptèrent la médiation des puissances étrangères et consentirent à se soumettre à la décision arbitrale des confédérés. Bientôt leurs anciens rapports avec la ligue furent renoués ; ils renoncèrent à leur alliance avec l’Autriche et furent réintégrés dans la confédération.

Les trois joueurs à Willisau,

Le sujet de ce tableau est tiré d’une tradition conforme à l’esprit du moyen âge, qui se trouve consignée dans un manuscrit et dans plusieurs chroniques suisses contemporaines.

Trois mauvais sujets , libertins et joueurs effrénés s’étoient réunis le 7. juin 1392 dans un lieu de débauche à la porte de la ville de Willisau et y faisoient une partie aux dés. L’un d’eux nommé Ulli Schroeter avoit déjà perdu presque tout son argent ; enfin en bazardant son dernier sol, il ajouta aux jurements et aux blasphèmes que lui et ses compagnons n’avoient cessé de proférer, la menace que s’il perdoit encore, il poignarderoit Dieu lui- même. Il jetta les dés et perdit encore. Alors en vociférant d’horribles imprécations, il lanqa en effet son poignard en l’air. Aussitôt cinq gouttes d’un sang vermeil tombèrent du ciel sur la table à jeu; au même instant deux démons sous la forme de lions furieux apparurent, se saisirent d’Ulli Schroeter et l’emportèrent dans les airs. Son cadavre ne fut point retrouvé , mais ,bien quelques pièces de ses vêtements à une certaine distance. Ses deux camarades effrayés et craignant que cet événement ne devint public^, voulurent en détruire les traces. '‘Ils portèrent la table à jeu près d’un ruisseau voisin et s’efforcèrent en vain, en la lavant, d’effacer

les cinq gouttes de sang miraculeuses. Bientôt ils prirent querelle ensemble , et l’un deuK* tua Tautre d’un coup de couteau. Mais ce meurtrier n’échappa pas long-tems à la justice divine; tout à coup son corps se couvrit d’ulcères et de vermine, et il devint un objet si dégoûtant, que personne n’osoit l’approcher et qu’il expira peu de tems après sur un tas de fumier, après avoir raconté ce terrible événement. Le curé suivi de toute la commune se rendit sur se lieu de la scène, enleva de la table avec un couteau les cinq gouttes de sang et les transporta dans l’église paroissiale, où elles furent conservées dans un vase d’argent. Chaque nuit on voyoit apparoitre à la même place une petite flamme claire et l’on y bâtit une chapelle en bois de charpente, qui devint un lieu de pèlerinage très fréquenté et qui fut aggrandie et construite en ma(^orinerie l’an l497.

Vol dune hostie et miracle arrivé à Ettiswyh

Ce tableau à rapport à une tradition pareille à la précédente et tout aussi accréditée dans le canton. Anna Voegtlin pauvre femme native de Bischolfzell en Jhurgovie, suspectée de sorcellerie, avoit été chassée du lieu de sa naissance, et menoit une vie vagabonde. Etant arrivée à Ettiswyl , village du canton de Lucerne, elle s’introduisit le 22. may 1447 furtivement

dans Teglise paroissiale et y vola hors du tabernacle une hostie consacrée, pour l’employer à quelque sortilège. Mais lorsqu’elle eut quitté le temple, l’hostie dérobée lui parut si pesante, qu’elle succomboit sous le poids et ne pouvoit plus marcher. Elle se hâta de la jetter dans une haye et s’enfuit pleine d’angoisses et de remords. Quelques instants après, un troupeau de pourceaux venant à passer par là, ces animaux coururent à la haye et s’agenouillèrent comme pour adorer. Une femme, qui les conduisoit, s’elForca en vain de les faire quitter cette place, et ne pouvant y parvenir, elle se mit à chercher parmi les broussailles la cause de cet cvénemenc. Elle trouva bientôt le trésor sacré qui y étoit recélé. Elle court en avertir le curé, qui se transporte aussitôt vers la haye en procession soleninelle, au son des cloches, avec croix et bannières et suivi de tout le peuple de la commune. Il appercoit alors une rose blanche à 7 feuilles, qui venoit d’éclore, sur laquelle l’hostie dérobée, partagée en 7 morceaux , étoit placée. Le curé prend avec respect l’objet sacré, mais un des morceaux tomba par terre, et on ne put le retrouver. Il y fit placer une grande pierre, qu’il entoura d’une cloison et emporta les 6 morceaux restants dans l’église où ils ont été conservés jusqu’à ce que dans la suite ils furent encore volés avec tous les vases sacrés. Cependant le bruit de ce miracle se répandit dans le pays et attira bientôt une foule d’ames pieuses, qui venoient voir le lieu où il s’étoit passé, y faire leur dévotion et y déposer quelques offrandes, dont la somme fut bientôt assez considérable, pour que

l’on put y bâtir une chapelle en l450. Anna Vogtlln fut poursuivie , atteinte et remise entre les mains de la justice, qui la condamna à être brûlée comme sorcière sacrilège.

Trait héroique de la guerre de Mulhouse,

IVTulhouse ancienne ville impériale , située sur les frontières du Sundgau et de l’Alsace , soiitenoit de tout tems avec les confédérés des rapports d’amitié et de bon voisinage, qui excitoient le dépit et la jalousie non seulement de l’Autriche, mais aussi de la noblesse, dont les châteaux entouroient cette antique cité. Elle étoit sans cesse inquiétée , vexée, pillée par ces dangereux voisins, qui méditoient sa ruine totale. Enfin un événement bien futile , la contestation d’un meunier avec son valet au sujet du salaire, donna lieu à l’explosion d’une guerre longue et sanglante. Un seigneur de Regisheim prit le parti du valet contre le magistrat de Mulhouse, qui l’avoit condamné, et fut soutenu par les autres nobles du voisinage, qui déclarèrent la guerre à cette ville- Mulhouse menacée de toutes parts, demanda des secours aux villes de Berne et Soleure et les obtînt. Le duc Sigismond ne vouloir d’abord prendre aucune^, part à cette querelle et chercha meme à Tappaisef,

ma’s il fut bientôt entraîne par la noblesse, qui provoqua aussi par de nombreuses insultes le ressentiment de la confédération. Celle-ci se décida à mettre des troupes sur pied, et à déclarer bientôt après la guerre au duc Sigismond le 2-î. juin l468. Une armée de l4,ü00 Suisses de tous le^ cantons pénétra dans le pays ennemi et se rendit dans les les plaines de Mulhouse, que les autrichiens avoient déjà bombardée en dépit d’une suspension d’armes. En vain les confédérés offrirent la bataille , l’ennemi resta tranquille dans son camp retranché; cependant les Suisses jettèrent un corps de troupes dans la ville pour renforcer la garnison , et le reste de leur armée resta campé dans les environs , tirant de la ville même ses provisions.

C’est ainsi qu’un jour un convoi de vivres s’acheminoit vers le camp des Suisses, escorté par 4 ) de leurs cavaliers. À une lieue de Mulhouse , ils furent attaqués par 3o0 cavaliers ennemis. Les Suisses mirent pied à terre et se défendirent avec une telle valeur, qu’ils repoussèrent leurs adversaires , les forcèrent à se disperser et leur tuèrent plusieurs hommes et chevaux. Eux -mêmes ne perdirent qu’un seul homme de Claris, qui fut tué accidentellement par les siens. Ils retournèrent à pied dais la ville, conduisant leurs chevaux par la bride et chargés des dépouilles de leurs ennemis. C’est ce combat qui est représenté dans le tableau do it nous parlons.

Cependant peu à près les Suisses fatigués de leur Inaction retournèrent dans leurs foyers, à l’exception des troupes de Zurich et de Lucerne qui allèrent.

renforcer la garnison Zuricoîse de SchafFouse. Bientôt ils se rasseoiblcrent de nouveau pour faire avec 1500 hommes le siège de Waldshut, qui dura six semaines. Enfin en l468 la'paix fut conclue dans cette- ville avec le duc Sigismond d’Autriche de la manière la plus honorable pour la Suisse, Ce prince s’engagea à payer à la confédération la somme de 10,000 florins pour les fraix de cette guerre.

Siège du château de Grandson par les Suisses,

Le duc Sigismond d’Autriche se trouvant emharasss dans ses finances, avoit emprunté la somme qu’il devoir payer aux Suisses conformément au traité de Waldshut, de Charles le téméraire duc de Bourgogne, et lui avoit engagé pour cette dette le Sundgau , l’AU sace et le Brisgau. Charles ce prince riche, puissant, courageux, actif, éclairé, mais ambitieux, ne nourrissoit point une haine personelle contre les Suisses, comme l’ont prétendu quelques historiens. Tl leur avoit montré au contraire des dispositions bienveillantes et chercha long-tems à éviter la guerre qu’il sourint contre eux dans la suite , plutôt qu’à la provoquer. Jl faisoit administrer par des baillifs les provinces que Sigismond lui avoit données en hypothèque.

L’un deux Pilger de Hôwdorf se permit d’occuper un bailliage bernois au nom de son maitre, tandis qu’un autre Pierre Hagenbuch se permettoit contre les confédérés toute espèce de vexations , d’outrages et de spoliations qui dévoient les exaspérer. Les Suisses s’en plaignirent au duc Charles. Il écouta leurs doléances, parut vouloir y faire droit, proposa même une alliance à la ligue et lui offrit sa médiation pour applanir de nouveaux différends, qui s’étoient élevés entre elle et le duc Sigismond. Cependant scs bail* lifs ne furent pas punis et les Suisses n’obtinrent pas les lustes dédommagements qu’ils réclamoient pour les rapines qu’ils avoient éprouvées. Le roi de France Louis XI, l’ennemi juré de Charles le téméraire, qui Souhaitoit de l’affoiblir et de l’bumilier, profita de Pimpatience des confédérés pour les irriter encore plus contre le duc de Bourgogne et les amener à lui déclarer la guerre. Il employa à cet effet l’astuce, l’intrigue et l’or qu’il prodigua aux magistrats de divers cantons. Il engagea l’Autriche, qui leur avoit déjà oh'ert sa médiation, à proposer à la confédération une alliance perpétuelle , et promit à celle-ci des subsides, si cette négociation réussissoit. Cependant les Suisses hésîtoient de se liguer avec leurs anciens ennemis; ils envoyèrent une ambassade à Charles , pour le presser de leur rendre la justice qu’il leur avoit promise, mais ce prince informé des intrigues qui se dirigoient contre lui, harcelé par ses baiilifs et ses courtisans, qui ne cessoient de l’irriter contre les Suisses, reçut cette députation avec tant de froideur, qu’elle revint pleine d’amertume sans

avoir rien obtenu, et en;^,ngea la confédération à écouter plus favorabJement les propositions de l’Autriche. Louis XI. saisit ce moment pour conclure avec la ligue en i474 un traité formel de subsides. Charles informé des dangers qui le menaçoient, fit encore une tentative pour engager les Suisses à renoncer à de pareilles alliances , mais n’ayant pas réussi , il jura de s’en venger et leva à la hâte une armée considérable. Enfin la confédération lui déclara formellement la guerre et les troupes suisses pénétrèrent bientôt dans ses états. Ils entrèrent dans le pays d’Ammont et assiégèrent la ville d’Héricourt, gardée par une forte garnison. Charles envoya destroùpes pour la dégager, mais les Suisses allèrent à leur rencontre et les battirent complètement le 13. novembre 1374. Héricourt se rendit trois jours après ; les Suisses remirent cette forteresse aux troupes de l’Autriche leur alliée, et retournèrent dans leurs foyers, pour se préparer à une nouvelle campagne. Cependant malgré l’hyver les Bernois et les Lucernois, aidés de Süleure et de Bienne continuèrent à faire des courses hostiles dans le pays ennemi. Ils passèrent les défilés du Jura, prirent la ville de Pontarlier, se jettèrent dans le pays de Vaud , qui étoit alors soumis au duc de Bourgogne et investirent le château de Grandson, qui se rendit après deux jours de siège et d’assaut. La ville d’Orbe leur ouvrit ses portes ; ils s’emparèrent du fort de l’Ecluse, de celui de Jougne, qui étoit la clef de la Savoye, de la Suisse et de la Bourgogne et qui résista plus long-tems, mais succomba aussi sous leurs efforts valeureux; puis ils entrèrent

dans les villes de Paycrne, d’Yverdon, d’Echallens et d’Estavayer, où ils furent acceuillis avec empressement et se retirèrent enfin chez eux , après cette glorieuse expédition.

Acceuil fait par la ville de Berne aux troupes lucernoises.

Auprès la campagne dont on vient de parler, le contingent de troupes lucernoises , qui retournoit dans ses foyers, fut sollicité par les Bernois de passer par leur territoire. Cette invitation fut acceptée , et lorsque les Lucernois sous la conduite de leur avoyer Henri Hassfurter et de leur banneret Gaspard de Hertenstein eurent atteint la frontière, l’avoyer de Berne vint à leur rencontre, suivi d’un corps de 400 jeunes garqons armés et parés , et portant une bannière aux couleurs de Berne et de Lucerne réunies. Le fils cadet de l’avoyer de Berne, Scharnachthal, leur fit une harangue si touchante , que les yeux des guerriers lucernois furent inondés de douces larmes; accompagnés de cette joyeuse escorte , ils entrèrent dans la ville de Berne^ où ils furent acceuillis solennellement et avec la plus sincère cordialité.- Ils y furent régalés , fêtés , défrayés pendant 2 jours et reprirent enfin la route de leur canton, pleins de reconnaissance.

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La garnison suisse du château de Grande son trahie et prisonnière ^ demandant grâce au duc de Bourgogne.

Le duc Charles faisant pendre et noyer la garnison de Grands on dans le lac de Neuchâtel , sous les murs de ce château.

Au commencement de l’an 1476 Charles le téméraire mit en marche pour occuper les hauteurs du mont Jura et pour pénétrer de là dans le coeur de la Suisse. Il étoit à la tête d’une armée formidable, que quelques historiens portent à 6o,ooo, d’autres à 80,000 hommes. À cette nouvelle les Suisses se mirent en devoir de garder leurs frontières et Berne qui étoit le plus menacé somma tous les confédérés d’accourir à son secours. Cependant les troupes de Charles faisoient déjà des incursions dans la partie du pays de Vaud que les Suisses avoient conquise. L’un de ses généraux, le comte de Romont, s’introduisit par trahison pendant la nuit dans la ville d’Yverdon. La garnison suisse sous Hans Schürpf, conseiller

3ucernoîs, réveillée en sursaut, à peine armée ni vêtue, fit une résistance désespérée dans les rues de la ville, et parvint à 'se retirer dans le château. Le commandant en second Hans iVlullcr de Berne en défendit l’entrée contre les ennemis supérieurs en nombre et les bourgeois qui s’étoient joints à eux. Lorsque les portes du château furent fermées , les Suisses s’apperqurcnt qu’il leur manquoit six hommes, qui étoient restés en dehors. Le pont-levis fut de nouveau baissé pour les faire entrer. Hans Schürpf étant resté le dernier sur ce pont pour arrêter l’ennemi qui poursuivcît les Suisses , armé seulement de son glaive et d’uns hêehe, lança celle-ci sur un Bourguignon, le blessa, acheva de le tuer avec son épée, retira la flèche et la lacha de nouveau avec le même succès. Le comte de Romont fit sommer le château de se rendre ; on' lui répondit par une grêle de pierres et de tuiles. Les Suisses firent une nouvelle sortie , dans ’a quelle le comte fut blessé et ses soldats dispersés. Ils reçurent bientôt SO hommes de renfort envoyés par le commandant de Payerne. Le comte croyant que c’etoit l’avant-garde d’une armée plus considérable et consterné d’une résistance aussi vaillante, se retira dans les faiixbourgs, mais ayant attiré à lui de nouvelles troupes et les Suisses ne pouvant se fier aux habitants de la ville, mirent le feu au château et se retirèrent à Grandson.

Cependant le duc Charles avec sa puissante armée s’étoit avancé jusques sous les rnurs de Grandson, y avoit formé un camp en demie lune, au milieu du quels’élevoit sa tente décorée avec une magnificence orientale.

Il fit donner un assaut et fut repoussé avec une perte de 300 hommes. Une seconde tentative fut plus heureuse et il s’empara de la ville après un combat de 3 heures. La garnison au nombre de 800 hommes, sous le commandant bernois Georges de Stein , se retira dans le château et s’y tint encore pendant lo jours, exposée aux décharges d’une artillerie formidable. Stein tomba dangereusement ma. lade , les vivres commencoient à manquer dans la fort ; les murs avoient déjà plusieurs brèches et les Suisses ne pouvoient espérer aucun secours, cependant ils résistoient encore. Charles après les avoir vainement sommé plusieurs fois de se rendre, irrité au plus haut degré, lésolut de leur donner un dernier assaut avec toutes ses forces et de les massacrer tous, s’ils tomboient entre ses mains. Pendant qu’il s’y préparoit, un gentilhomme bourguignon , nommé Ronchant, se glissa sous les murs du château et essaya par une feinte cordialité et par des flatteries hypocrites, de persuader la garnison de se rendre. Il se disoit envoyé par le duc, promettoit une capitulation, honorable et un pardon généreux, vantoit la bravoure des assiégés, et parvint ainsi à ébranler le nouveau commandant, Hans de Wyler. En vain d’autres officiers fermoient l’oreille à ce dangereux émissaire ; après quelques délibérations il fut décidé par la majorité que la garnison sortiroit du château et se rendroit dans le camp des Bourguignons; mais à peine y eut-eile mis les pieds, que le duc fit entourer les Suisses, les fit lier et leur fit faire ainsi le tour du camp, exposés à la risée et aux iiisultes de ses soldats. Charles feignit d’ignorer les

promesses qui leur a voient été /a*tes, désavoua Vinfamé Ronchant, les accabla d’invectives et en fît pendre une partie avec leur malheureux chef Hans de Wyler. Les autres avec le commandant en second Jean Muller, qui avoit déployé tant d’héroisme à Yverdon et qui s’éteit le plus long-tems opposé à rendre Grandson, furent attachés à de longues cordes, poussés dans le lac. et noyés le 29. février i476.

La bataille de Grandson.

Les Suisses après leur victoire à Grandson partageant leur immense butin ^ et faisant exécuter par réprésailles les prisonniers bourguignons.

Dès que îa nouvelle des cruautés exercées par îc duc Charles sur la garnison de Grandson se répandit en Suisse, elle excita dans tous les cantons la plus profonde douleur et la plus vive indignation. Tous les confédérés coururent aux armes pour venger une telle barbarie. Chaque canton , chaque ville sans

attendre de sommation, envoya son contingent a Neuchâtel. Lorsque toute l’armée suisse y fut réunie, elle comptoit à peine 20,000 hommes pour combattre l’armée formidable de Charles le hardi. Leurs chefs concertèrent un plan d’opération. Ils résolurent de marcher en plusieurs divisions au travers des bois et des montagnes, de poster divers corps en embuscade, d’attirer par quelques fausses attaques le duc hors de son camp retranché et de faire le siège du château de. Vauxmarcus , qui dominoit la route de Neuchâtel à Grandson.

Les troupes de Schwy2 marchèrent en avant sur cette route. Le 3. mars l47fi elles rencontrèrent inopinément l’avantgarde des Bourguignons, qu’elles forcèrent à reculer, prirent poste dans les plaines de la Lance, où elles furent bientôt jointes par d’autres troupes fédérales. ' Là les Suisses se jettèrent à genoux pour invoquer par nue fervente prière , le Dieu des armées leur créateur tout puissant. Les ennemis les voyant dans cette attitude suppliante s’y méprirent et crurent qu’ils vouloient Feur demander grâce. Ils poussent d’affreux éclats de rire, et résolus de ne point accorder de pardon, ils quittent leur position et se jettent avec impétuosité sur les confédérés; mais ils sont arrêtés par une forêt de lances ; les Suisses les repoussent et les poursuivenf. Le combat devient furieux et continue avec une valeur égale. Tout-à-coup 6000 hommes de cavalerie bourguignone se précipitent du haut d’un colline sur les rangs des confédérés pour les enfoncer, mais ceux-ci résistent encore à cette nouvelle attaque et poussent l’ennemi devant eux, jusqu’au pont de

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TArnon. Le général de la cavalerie du duc, Château, guyon, est tué au moment ou il venoit de s’emparer de la bannière de Schwyz. Il étoit déjà trois heures après midi, on se battoit encore avec acharnement, lorque le ciel qui avoit été jusqu’alors nébuleux, s’éclaircit et l’on vit sur les hauteurs de Bonvillers et de Champagny un nouveau corps de Suisses, composé de Lucernois et des contingents d’Ury et d’ünterwalden. À cet aspect les Bourguignons sans cesse harcelés et déjà fatigués, sont saisis d’une terreur panique, se débandent et prennent la fuite. En vain Charles cherche à les rallier et à rétablir l’ordre; on n’écoute ni ses menaces ni ses prières, et bien, tôt il est lui -même entraîné par les fuyards. C’est ainsi qu’avec une perte d’à peine mille hommes, il fut honteusement défait et perdit la réputation d’invincibilité, qui l’avoit précédé. Les Suisses après avoir terminé cette glorieuse journée par des actions de grâces adressées à la divine providence, ne poursuivirent point l’ennemi et se contentèrent de reprendre le château de Grandson, où les contingents de Berne et de Friburg exercèrent par représailles une sanglante vengeance et firent mourir la garnison dans les supplices. Ils entrèrent dans le château de Vauxniarcus, qui s’étoit rendu à eux. Ils prirent aussi possession du camp, que Charles venoit d’abandonner si précipitamment, et y trouvèrent des richesses immenses, dont ils s’emparèrent. Les effets personnels du duc furent seuls évalués à un million de florins, ceux des autres piinces et seigneurs qui l’accompagnoient à une valeur pareille et tout autant

^artillerie , les munitions et les magasins , sommes énormes dans ce temps là, où la valeur des monnoyes étoit bien plus considérable que de nos jours. On y trouva 1200 pièces d’artillerie de toutes espèces, 300 tonneaux de poudre à canon, 10,000 chevaux de train , plus de 400 tentes en partie brodées en or et en perles, plus de 400 quintaux de vaisselle platte , le grand sceau du duc d’or massif, pesant une livre, et sa chapelle de campagne remplie d’ob* jets précieux, une quantité de bijoux, de pierreries, d’objets rares et curieux , entr’autres 3 diamants d'une grosseur remarquable etc. etc. Cet immense butin fut partagé entre tous les cantons , en partie sur le champ de bataille même et le reste les années suivantes. Après * y être restés 3 jours les Suisses retournèrent dans leurs foyers.

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La bataille de Moral,

Charles" le téméraire parvint cependant bientôt à. rallier son armée et à la ramener, 7 jours après la bataille de Grandson, dans ses anciennes positions. ,Il vouloit recommencer la campagne par la prise de la vilîe de iVlorat située sur les frontières de Berne, de Fribcurg et du pays de Vaud et pénétrer ensuite dans le coeur de la Suisse. Son avant-garde s’avancoit sur cette ville, lorsque les Bernois y jettèrent • à peu près 2000 hommes, sous fes ordres d’Adrien de Bubenberg.

Bientôt les Bourguignons l’eurent investie de tout cotés et en commencèrent le siège. Les Suisses le soutinrent pendant douze jours et tuèrent même plus de mille ennemis dans un assaut que ceux-ci avoient tenté. Cependant Berne avoit sommé de nouveau les confédérés de venir à son secours , mais ils arrivoient lentement. Le duc Charles lui-même vint rejoindre le 11. juin l476 son armée alors toute rassemblée autour de Morat , forte de 60,000 hommes et occupant une espace de terrain de 2 lieues quarrées. Il avoit négligé d’occuper une forêt de hêtres, dans laquelle les Suisses se retranchèrent, en attendant l’arrivée de tous les contingents, qui SC trouvèrent enfin réunis au nombre de 34,000 hommes d’infanterie et de 4oü0 cavaliers. Aîorat tenoit

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vincore, mais sa garnison afFoiblic avoît de la peine à se défendre.

Les confédérés résolurent enfin d’attaquer le duc le 22. juin et de lui livrer une bataille décisive. Ils étoient divisés en 3 corps d’armées , commandés par Waldmann bourgmestre de Zurich , Hans de Hallwyl de Berne et Gaspard de Hertenstein de Lucerne. Charles aussi déploya toutes ses forces et les rangea en ordre de bataille. Ainsi les deux armées étoient en face , attendant le signal du combat, lorsque le ciel se couvrit et versa pendant six heures des torrents de pluie. Enfin vers midi le duc ne s’attendant plus à être attaqué ce jour là , fitt rentrer ses troupes dans son camp. Cependant Hans de Hallwyl qui commandoit l’avant-garde des confédérés les animoit au combat , leur rappelloit la victoire de Laupen remportée à pareil jour 137 ans auparavant , et les injures et les menaces du duc de Bourgogne et les dangers de la patrie. Il les exhortoit à implorer encore la bénédiction du Tout-puissant sur leurs armes. Tous tombèrent à genoux et au même instant le soleil tout radieux perça les nuages qui l’avoient voilé jusqu’alors. Hallwyl se leve, brandit son épée et s’écrie: ^vaillants confédérés! Dieu nous jjéclaire, songez à vos femmes, à vos enfans et sui- .,vez moi“. Aussitôt le signal de l’attaque est donné; les Suisses se jettent comme des lions furieux sur le camp des Bourguignons , affrontent les canons de l’ennemi et se battent long-tems avec un succès varié, jusqu’à ce qu’un détachement envoyé par Hallwyl, attaque par le flanc l’artillerie de l’ennemi et l’emporte.

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Les Suisses la tournent aussitôt contre les Bourguignons, foudroyent la cavallerie du duc, la for. cent à se rêtirer en désordre ; Waldmann et Hcrtenstein percent les rangs des ennemis et en font un horrible carnage. Les carabiniers anglois arrêtent quelque teins Timpétuosité des Suisses, mais bientôt ils succombent aussi au nombre et à la valeur. L’armée de Charles prend la fuite ; Hertenstein la dévance, en suivant les hauteurs du côté d’Avenches, lui coupe la retraite et la pousse de nouveau contre les Su’sses, qui la poursuivent. La brave garnison de IVlorat fait en même teins une sortie , et augmente le désordre et le carnage. Les Bourguignons n’ayant aucun autre moyen d’échapper, se jettent dans le lac de Morat où la plupart se noyé, en teignant ses ondes du sang qui couloit de leurs blessures. Tout le pays depuis le champ de bataille jusqu’à Avenches cto't jonché de cadavres. Le duc Charles lui-méme désespéré n’attendit pas la fin de l’action ; il se jetta aussi à cheval dans le lac , s’échappa à la nage et s’enfuit sans débrider jusqu’à Morges. Enfin les Suisses ne trouvant plus d’ennemis à sacrifier, s’arrêtèrent à Avenches , restèrent encore trois jours sur !e champ de bataille et retournèrent ensuite chez eux. Ils firent un butin immense dans le camp du duc, surtout en argent et en munitions. Leur perte ne fut que de 300 hommes tués , celle des Bourguignons fut de 25,000 hommes , qui furent enterrés dans de grande fosses; plus tard leurs ossements furent rassemblés et placés dans un chapelle, où ils restèrent jusqu’en I7i^8. L’armée révolutionaire des François

détruisit en 1798 ce ‘monument, mais ne put effacer ia mémoire de l’héroique valeur des Suisses.

La bataille de Nancy.

H/a valeur que les Suisses avoient déployé dans les deux batailles de Grandson et de Morat leur avoient acquis une telle réputation, que de tous côtés ies souverains étrangers briguèrent leur amitié et leur députèrent des ambassades. Plusieurs princes, cntr’autres le pape et le roi Matthias de Hongrie offrirent leur médiation pour les réconcilier avec le duc de Bourgogne. Le roi de France Louis XL au contraire, ne perdant jamais de vue son but d’anéantir la puissance du duc Charles , les flattoit aussi , mais pour les engager à continuer la guerre. Il invita les vainqueurs de Morat et de Grandson à venir auprès de lui. Les principaux chefs des confédérés, qui s’étoient distingués dans ces batailles se rendirent en effet à sa cour et y furent requs magnifiquement. Les Suisses étoient fatigués de la guerre et auroient préféré une paix avantageuse , mais Charles irrité de ses défaites et brûlant de se venger, repoussoit avec dédain toute proposition de rapprochement. Le duc Réné de Lorraine , qu’il avoit dépouillé de ses états et qui étoit devenu l’allié des Suisses > les sollicitoit

d’embrasser sa cause et de l’aider â reconquérir ses propriétés. 11 profita de l’aigreur que leur inspiroit l’opiniâtreté de Charles et parvint à les engager à lever une armée. Plus de 8000 volontaires vinrent s’y joindre en peu de temps. Tout les contingents se réunirent h Baie et pénétrèrent dans la Lorraine au commencement de l’année l47 7.

, liS culbutèrent à Neuville les fqibles avant-postes du duc de Bourgogne. Celui-ci en proye à la plus noire mélancolie , doutoit encore que les Suisses vinssent l’attaquer, lorsqu’ils étoient déjà sur son territoire; puis méprisant leurs forces, et ne suivant que son aveugle colère , il rassembla en hâte ses troupes et résolut de leur livrer une bataille décisive contre l’avis de ses généraux , qui lui conseilloient de se retirer derrière la Moselle. Les deux armées se trouvèrent en presence sous les murs de Nancy. Le duc Réné qui avoit joint les Suisses avec ses' troupes, commandoit lui - même la cavalerie. Un corps de confédérés ayant tourné le front des Bourguignons à la faveur des brouillards, tomba sur leur aile gauche, l’enfonqa, et porta le désordre dans toute l’armée* Charles déploya tous ses talents militaires ; il se battit lui-même aveq la plus grande valeur, animant, exhortant ses troupes et cherchant à les rallier. Mais les Bourguignons découragés prirent la fuite sur la route de Luxembourg. Ils trouvèrent les ponts rompus et les bords de la rivière garnis de troupes ennemies. Les Suisses les poursuivoient, et en firent un affreux carnage. On porte à 7 mille le nombre de ceux qui y périrent. Charles lui-même étourdi

par une contusion qu’il avoit reçu à la tête, fut entrainé dans la fuite. En voulant franchir un fossé, son cheval s’abbatit; il fut atteint par les Suisses qui lui portèrent, sans le reconnoitre, plusieurs blessures, dont il expira probablement, car personne ne fut témoin de ses derniers moments. Lorsque la bataille fut terminée, on retrouva son cadavre à moitié dépouillé, couvert de sang, défiguré et presque gelé. Tl fut inhumé à Nancy. Le duc Réné rentra dans cette ville et reprit possession de ses états. Les Suisses ne se reposèrent qu’un jour dans le camp des Bourguignons et retournèrent dans leur patrie, emportant encore un riche butin. Les Bourguignons privés de leur souverain sollicitèrent les Suisses de les recevoir dans leur confédération ou de leur accorder la paix. Les vainqueurs consentirent à cette dernière demande, moyennant une contribution de 15,000 florins pour les fraix de de la guerre. Le roi de France s’étant peu après emparé de la Bourgogne, se chargea de payer cette somme à la ligue, satisfait d’avoir atteint le but de ses désirs.

Ainsi finirent les guerres de la Bourgogne dans lesquelles les Suisses s’étoient acquis une gloire immortelle et d’immenseG richesses. Ces dernières ne tournèrent pas au profit de leur moralité ni de leur tranquillité intérieure. Le îuxe , la corruption , la mollesse s’introduisirent avec elles dans le simple pays des montagnes, et produisirent des effets funestes. Un résultat plus heureux des victoires des confédérés fut l’alliance éternelle, qu’ils conclurent avec l’Autriche, qui renonqa à toutes ses prétention*

èur les anciennes conquêtes que les Suisses avoient fait sur la maison de Habsbourg et leur en garantit la tranquille possession. Depuis lors la confédération devenue indépendante, prit place parmi les puissances de l’Europe et fut considérée comme t^lle.

De tels avantages politiques , compensèrent cependant pas la corruption des moeurs et d’autres maux intérieures, que d’aussi lo?«gues guerres avoient enfantés. La jeunesse ardente et belliqueuse rap^ porta dans ses paisibles foyers, l’habitude, le goût de l’oisiveté , et de tous les vices , que l’on contracte si facilement dans le séjour des camps. Ne pouvant plus s’accoutumer aux moeurs simples et tranquilles de leurs antique^ cités ou de leurs champêtres vallées, on vit une foule de jeunes gens s’expatrier, et se répandre dans toute l’Europe, pour chercher du service militaire. En vain les magistrats tachèrent de mettre un frein à cette émigration, pernicieuse; leurs ordonnances furent éludées et restèrent sans effet, jusqu’à ce que des traités de subsides, conclus avec diverses puissances, ainsi qu’on le verra plus bas, eussent régularisé en Suisse les services étrangers.

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