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Galerie du Vte du Bus de Gisignies

$§^|§a formation de la Galerie Du Bus fut l'œuvre Wm^id'un homme de goût. Le possesseur de cette ^%*Jè belle collection n'en a pas réuni les éléments selon que les lui envoyait un hasard capricieux. Dans le choix, aussi bien que dans la qualité des morceaux qui la composent, se manifeste un instinct personnel délicat et sûr. Les galeries , ou, pour mieux dire, les cabinets tels que ceux que possédaient les amateurs d'autrefois, deviennent de plus en plus rares. On achète des tableaux pour compléter les ameublements de ses salons. C'est au point de vue de l'effet décoratif qu'on les considère. Si, par le sujet, par la tonalité et par la dimension, ils s'harmonisent avec les meubles et avec les tentures, on juge que toutes les conditions sont remplies. Quant a s'attacher particulièrement à la recherche des œuvres d'une époque ou d'une école; quant à affectionner un genre ou un maître, c'est à quoi on ne songe guère. Il n'y a pas d'ensemble dans des collections formées avec ce décousu d'idées,' ou plutôt il n'y a pas de collection. M. Bernard du Bus de Gisignies s'y est pris

tout autrement. Ce dont on est frappé, dès les premiers pas qu'on fait dans sa Galerie, c'est de l'aspect d'unité quelle offre; l'unité dans la variété, car il s'en faut de beaucoup quelle ait un caractère de monotonie.

M. Bernard du Bus avait fait deux parts dans son existence : l'une pour les sciences naturelles, l'autre pour les arts; deux parts égales, attendu que la culture des arts n'était pas seulement pour lui une distraction, mais l'objet d'une application sérieuse. Comme naturaliste , M. du Bus avait débuté par des travaux sur l'ornithologie. Il avait fait sur cette partie de la science des communications nombreuses et très - estimées à l'Académie royale de Belgique, dont il était membre, et il avait entrepris la publication d'un ouvrage considérable intitulé : Esquisses ornithologiques. Une circonstance inattendue vint l'obliger à s'occuper activement d'une autre branche des sciences naturelles qui n'avait fixé jusqu'alors que secondairement son attention. Les travaux considérables de terrassements exécutés à Anvers pour l'établissement des fortifications avaient mis à découvert une immense quantité d'ossements fossiles. Directeur du Musée royal d'histoire naturelle, M. du Bus comprit qu'il y avait là pour les collections de l'Etat une occasion d'accroissements précieux qu'il ne fallait pas laisser échapper. Il obtint de l'autorité militaire que des mesures fussent prises pour que tous les débris paléontologiques qui avaient été et qui seraient désormais trouvés, fussent mis à

sa disposition. Il faisait de fréquents voyages à Anvers pour surveiller les ouvriers occupés aux gigantesques travaux qui s'exécutaient sous la direction d'officiers du génie, et choisissait parmi les ossements fossiles retirés de dépôts séculaires remués pour la première fois ceux qu'il importait de conserver. Ses enthousiasmes de savant avaient fini par inspirer aux travailleurs de la pioche et de la bêche un certain respect pour des objets dont ils n'eussent pas d'eux-mêmes soupçonné la valeur, et par leur faire prendre quelques précautions afin de les conserver intacts. Il n'obtenait cependant pas a cet égard tout ce qu'il aurait voulu. Dans un rapport qu'il adressa a la classe des sciences de l'Académie royale de Belgique sur les travaux d'Anvers, il constata que les fouilles, pratiquées dans des terrains d'une immense étendue, avaient permis de recueillir une telle quantité de matériaux paléontologiques qu'après leur triage et leur classement, le Musée de Bruxelles se trouverait être l'un des plus riches de l'Europe dans son ensemble, le plus riche pour de certaines familles d'animaux fossiles. « Et pourtant, ajoutait-il, les fouilles d'Anvers sont loin d'avoir donné tout ce qu'il eût été permis d'espérer si elles avaient été faites exclusivement en vue des découvertes paléontologiques . » M. du Bus aurait voulu pouvoir diriger lui-même les travailleurs, les arrêter quand la pioche amenait à la surface quelques débris organiques ; mais des milliers de bras étaient employés au creusement du sol; les entrepreneurs, intéressés

a faire marcher rapidement des travaux exécutés à forfait, n'eussent pas consenti a faire prendre par leurs ouvriers des précautions qui en auraient doublé la durée. M. du Bus dut se résigner, regrettant de n'avoir pas quelques millions à dépenser pour des fouilles scientifiques , mais se félicitant, d'une autre part, de l'importance que les trouvailles faites dans les tranchées d'Anvers allaient donner au Musée dont la direction lui était confiée. Les débris rassemblés lui étaient expédiés pêle-mêle ; il les triait, réunissait les fragments appartenant aux mêmes espèces, et reconstituait avec une patience et une sagacité admirables des exemplaires d'animaux fossiles dont plusieurs étaient uniques. Un dessinateur exécutait, d'après ses indications, des planches qui devaient accompagner le grand ouvrage dans lequel il se proposait d'exposer les résultats paléontologiques des fouilles d'Anvers. Il ne lui a pas été donné de pouvoir mettre au jour cet important ouvrage; mais le monde savant n'en gardera pas moins le souvenir du service qu'il a rendu aux études scientifiques en sauvant de la destruction les ossements fossiles trouvés dans le sol anver sois.

Nous venons de rappeler ce que fut le naturaliste et ce qu'il fit; parlons maintenant de l'amateur des choses d'art, du connaisseur, devons-nous ajouter, car les deux qualités ne sont pas toujours réunies. M. Bernard du Bus n'était pas éclectique dans ses goûts; il n'aimait pas également

toutes les écoles; il avait ses maîtres de prédilection. Sa Galerie ne renferme ni peintures italiennes, ni productions des écoles du Nord antérieures au X VIe siècle. Toutes ses préférences étaient pour les œuvres des artistes flamands et hollandais du X VIF siècle. A l'affût des occasions d'enrichir sa collection de morceaux précieux, il suivait attentivement les ventes qui se faisaient en Belgique et à l'étranger. Bien qu'il fût doué d'un jugement très-sain, il aimait à consulter des hommes compétents, parmi lesquels il suffira de citer M. Etienne Le Roy, expert du Musée de Bruxelles, de qui il a en outre acquis plusieurs des tableaux les plus remarquables de la collection, ainsi qu'on peut le voir par les indications de provenances du catalogue.

Nous jugeons inutile de signaler les tableaux de la Galerie Du Bus qui nous paraissent les plus dignes d'attention. Nos préférences pourraient n'être pas celles de tel ou tel amateur. Tous les tableaux de la Galerie n'offrent pas le même intérêt et ne sont pas d'égale valeur; mais il en est un grand nombre ayant un mérite tel que le choix est difficile. Ce qui distingue les tableaux de cette collection, outre la qualité, c'est l'état de pureté et de conservation. M. Bernard du Bus était très-difficile sur ce point; il tenait à ne faire entrer dans sa Galerie que des peintures exemptes d'altération et de restauration. Il y a des^ tableaux malades, qu'il faut confier au médecin; mais il en est qui ont été préservés, par leur constitution robuste ou par d'heureuses

circonstances, de la nécessité d'être soumis à un traitement curatif : ce sont ces derniers que préfèrent les vrais amateurs.

M. du Bus n'avait pas seulement le goût des tableaux, il aimait toutes les belles choses : les beaux livres, les belles estampes. On s'en est bien aperçu lorsqu eurent lieu (en iSjô) la vente de sa bibliothèque, où se trouvaient tant de superbes ouvrages sur les arts, et celle de sa collection d'estampes, qui a mis en émoi les iconophiles de tous les pays par l'abondance des morceaux précieux quelle renfermait, et notamment par un œuvre de van Dyck dont le pareil n'existe dans aucun cabinet d'amateur.

La compétence bien connue de M. Bernard du Bus en matière d'art le désigna au choix du gouvernement pour remplir les fonctions de membre du jury chargé de défendre les intérêts des artistes belges au sein de la commission des récompenses à l'Exposition universelle de 18^. 77 ne s'est pas vanté des services qu'il rendit à nos peintres en cette circonstance; mais nous tenons de bonne source que plusieurs des distinctions accordées à certains exposants n'ont été obtenues que grâce a la chaleur avec laquelle il a plaidé leur cause et fait valoir leurs droits. Il racontait confidentiellement, d'une façon charmante, les incidents singuliers des séances du jury, où chacun s'efforçait de faire réussir ses candidats, et où le succès dépendait beaucoup de l'habileté des négociateurs.

En 1874., M. Bernard du Bus fut nommé membre de la commission directrice des Musées royaux de peinture et de sculpture. Ses connaissances et son goût le rendaient éminemment apte a ces fonctions, et, s'il faut s'étonner d'une chose, c'est que le gouvernement n'ait pas songé plus tôt à lui confier une mission qu il aurait si bien remplie. Malheureusement la commission du Musée, qui avait applaudi à sa nomination , ne profita pas longtemps de l'avantage du concours éclairé quelle attendait de lui. A peine venait-il d'être installé, qu'il partit pour Ems, où l'appelait le soin de sa santé chancelante, et où il succomba, laissant à tous ceux qui l'avaient connu de doux souvenirs et d'amers regrets.

Edouard FÉTIS.

AELST

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