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LA DAME A LA GUIRLANDE DE FLEURS

O^ eune femme richement parée, assise dans un parc, à la droite du premier plan, sur un banc en pierre sculpté : teint vermeil, lèvres d'un rose vif, de beaux yeux bruns ; une abondante chevelure blonde bou clée ; collier et boucles d'oreilles en perles; robe jaune, avec corsage blanc plissé; manteau bleu attaché sur l'épaule par une agrafe en or et pierreries. Elle tient sur ses genoux, de la main gauche, une guirlande de fleurs commencée, et prend, de la main droite, des fleurs dans une corbeille que lui présente un petit nègre vêtu d'une veste rouge brique à crevés blancs, ayant un pied posé sur une grosse pierre carrée et appuyant la corbeille sur son genou. Le nègre regarde la belle dame, qui regarde le public. A droite, un massif de verdure très-sombre , pour faire ressortir l'éclat du teint de la dame et sa brillante toilette. Au fond, vers la gauche, la vue d'un grand parc; un escalier de quelques marches, une statue ; dans le ciel, de chaudes

teintes de soleil couchant; sur la pierre où le page a le pied posé, la signature :

Toile. Hauteur om53 1/2 — Largeur om43.

Collection Charte de Waspick. Bruxelles, i852.

Ce tableau avait été précédemment attribué à Constantin Netscher et F. Haagen. Il n'était cependant pas supposable que Constantin Netscher, né en 1670, eût produit en 1686, à rage de seize ans, cette œuvre qui annonce une pleine maturité de talent. Et puis, s'il avait été l'auteur des figures, qui sont assurément la partie principale du tableau, comment ne l'aurait-il pas signé, tandis que le peintre qui aurait exécuté le fond de paysage, tout à fait accessoire, se serait inscrit en toutes lettres à la place la plus apparente? Et quel serait ce paysagiste? Ce n'est pas Jean van der Haagen, attendu qu'il ne saurait y avoir de doute sur le prénom, l'initiale étant un F nettement tracé en lettre romaine capitale, et que, d'une autre part, Jean van der Haagen, étant mort en 1679, ne peut pas avoir mis la main à un tableau qui porte la date de 1686.

Aucune histoire, aucune biographie des peintres hollandais ne fait mention d'un peintre nommé F. Haagen. Nous avons seulement trouvé dans le catalogue de la vente de la collection Johan van Nispen, faite à La Haye en 1768, la mention d'« un beau paysage étoffé de toutes sortes d'oiseaux par F. Haagen, remarquable par le coloris. » On ne peut pas affirmer que ce soit le même peintre que celui qui a fait le tableau de la collection Du Bus ; mais enfin , c'est un F. Haagen.

Désirant vivement avoir le mot de cette énigme, nous nous sommes adressé à un écrivain savant et judicieux, M. Henry Havard, qui a publié d'excellents livres sur la Hollande, et dont les recherches dans les archives de ce pays ont abouti à de très-intéressantes

découvertes. Nous demandâmes donc à M. Havard s'il avait rencontré la mention d'un peintre nommé Haagen, ayant un prénom commençant par un F. D'après ce qu'il nous a appris, un certain Franciscus Haagen s'est fait recevoir maître à Delft et a été inscrit, le 26 août 1686, dans la gildede Saint-Luc de cette ville. Sa situation n'était pas heureuse, car, devant acquitter une dette de 1 2 florins, il ne put payer qu'un à-compte de 2 florins 10 sous, et demanda deux mois pour parfaire la somme. Ces deux mois écoulés, il paya en ryxdaalder, soit encore 2 florins 10 sous, et quitta la ville sans se libérer entièrement. On ignore ce qu'il devint.

Chose singulière, l'année de la réception de ce Franciscus Haagen dans la corporation des peintres de Delft est précisément celle qui est inscrite sur le tableau de la collection Du Bus. Comment se fait-il qu'un peintre capable d'exécuter une œuvre aussi distinguée que celle dont nous nous occupons, qui a dû certainement en produire d'autres et qui signait si lisiblement, soit resté inconnu de tous les historiens et biographes de l'art hollandais? C'est un fait des plus étranges, et qu'il est impossible d'expliquer d'une façon plausible. La Dame à la guirlande de fleurs restitue aux annales de la peinture hollandaise un nom qui méritait de ne pas tomber dans l'oubli.

Dans le catalogue de la collection Charte de Waspick, il était dit que ce tableau avait toujours été considéré comme une des productions de Gaspard Netscher. C'était cependant une erreur facile à reconnaître, Gaspard Netscher étant mort en 1684 et l'œuvre étant datée de 1686. Que la peinture soit dans le sentiment et dans la manière de ce maître, voilà qui est incontestable. Sans la signature F. Haagen, ce serait un Netscher non discuté.

HACKAERT

(JEAN) Né à Amsterdam en i636; mort vers 1699.

PA YSA GE

u bord d'une rivière qui longe les terrains du premier plan, deux pêcheurs, dont l'un est coiffé d'un bonnet rouge et l'autre d'un feutre noir, sont assis, tournant le dos au spectateur. Vers la gauche, des plantes, des broussailles, un grand arbre montant jusqu'au sommet du tableau; derrière cet arbre, un rocher faisant obstacle aux rayons du soleil et projetant une ombre épaisse sur le premier plan ; au delà du rocher se répand la lumière, qui vient frapper de ses chauds rayons les rochers de la droite, lesquels renvoient à leur tour des reflets sur les terrains du côté gauche contournant la rivière. Au fond, une barque couverte d'une tente, conduite par deux bateliers armés de longues perches. Sur la route qui domine et longe la rivière, un personnage à cheval. Signé à gauche, sous le grand arbre :

Hackae rt-

Toile. Hauteur ombj 1/2 — Largeur om46. Collection van Saceghem. Bruxelles, 1 85 1 .

Les tableaux de chevalet de Jean Hackaert sont très-rares. Après avoir voyagé en Allemagne et en Suisse, il était revenu à Amsterdam, sa ville natale, l'imagination pleine des grands aspects de la nature alpestre, et il avait utilisé les études recueillies dans ses pérégrinations d'artiste pour exécuter des travaux de peinture décorative dans les demeures des riches marchands hollandais. Ce mode d'embellissement des habitations privées était alors fort usité; beaucoup d'excellents artistes comme Hackaert, Pynacker, entre autres, n'ont pas dédaigné d'y employer leurs talents, et il faut le regretter, car beaucoup de leurs œuvres ont été détruites avec les bâtiments qui les renfermaient, et le temps qu'ils ont passé à les faire a été perdu pour le public aussi bien que pour leur réputation.

Il y a des tableaux de Jean Hackaert dans les musées d'Amsterdam, de Dresde, de Berlin, de Munich, de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, et de la National Gallery à Londres; mais le Louvre n'en possède pas, et l'on n'en trouve ni dans le musée de Bruxelles ni dans celui d'Anvers. On en rencontre rarement dans les collections particulières.

La composition du tableau qui vient d'être décrit présente beaucoup d'analogie avec celle d'une eau-forte de Jean Hackaert , qui maniait aussi habilement la pointe que le pinceau. L'eau-forte porte le n°6 dans la série dont Bartsch a donné la description sous ce titre: Le Rocher baigné par la rivière.

HACKAERT

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