POULES ET CANARDS
u bord d'une mare, au premier plan à gauche, deux canards aux ailes brunes et violettes, tête verte, cou blanc et pattes rouges ; dans la mare, deux canards aux ailes grises et verdâtres, tête et poitrine rouges; quatre autres, gris, noirs et blancs, effrayés par une grande poule blanche qui s'approche, suivie de ses poussins, et qui ouvre les ailes en manifestant sa colère. Au centre de la composition, qu'il domine, un grand coq au plumage tacheté de blanc et de fauve par devant, les ailes colorées de jaune, de noir et de rouge, le panache de la queue vert; sur la tête une huppe noire et jaune; il marche en regardant du côté de la poule en signe de protection. Adroite, au second plan, des fleurs, des arbustes et un tronc d'arbre. A gauche, fond de paysage avec des bouquets d'arbres et des montagnes bleues
dans le lointain. Parterre, une pierre détachée d'un mur qui forme le fond du centre de la composition, et sur cette pierre la signature :
Jt &H<mkcoite,
Toile. Hauteur imoo — Largeur im.26 Acquis de M. Etienne Le Roy.
« Du temps où les bêtes parlaient », a-J:-on dit. Ce temps n'a pas cessé d'être : les bêtes parlent encore; elles parleront toujours. Leur langage, il est vrai, n'est pas connu de tout le monde; il faut les avoir longtemps observées, étudiées, pour être initié à ce langage. Chacune de leurs impressions se traduit par un mouvement caractéristique dont la signification est précise. Voilà ce que savent et ce que nous montrent parfaitement les bons peintres d'animaux, et Hondecoeter est incontestablement un des meilleurs parmi ceuxci. Ses coqs, ses poules, ses canards, pour ne parler que des person-' nages qu'il a mis en scène dans le tableau dont nous nous occupons en ce moment, font clairement comprendre ce qu'ils éprouvent au moment de l'action à laquelle ils participent. On ne les admire pas seulement pour leur brillant plumage, mais aussi pour la justesse de leurs mouvements. La colère de la poule, qui croit ses petits menacés, et la fière allure du coq protégeant sa compagne, comme on dirait s'il s'agissait d'êtres humains, sont des épisodes d'une frappante vérité de rendu. Il y a souvent moins de sentiment, moins d'intérêt dans les tableaux de genre à la mode, où nous voyons des dames d'un monde quelconque étaler leurs riches toilettes en même temps que le vide de leur esprit et de leur cœur.
Nous ne comprenons pas qu'un critique moderne, dont les aperçus sont habituellement ingénieux et justes, ait pu accueillir sur Hondecoeter la fable que voici : « Son atelier était devenu une ménagerie, ou, pour parler plus exactement, une volière. Il avait
fait particulièrement l'éducation d'un beau coq, qui semblait comprendre la parole et le geste du maître, et qui, au moindre signe, venait se placer près du chevalet et poser, dans des attitudes trèsfatigantes, pendant des heures entières. » Hondecoeter n'aurait pas été aussi vrai, s'il avait fait poser, à supposer que la chose fût possible, son coq dans des attitudes forcées. Il étudiait ses modèles en liberté et reproduisait leurs mouvements naturels, instinctifs. Voilà comment il arrivait à la fidélité d'interprétation dont le tableau des Poules et canards offre un beau spécimen.
HUGHTENBURGH
(JEAN VAN) Né à Harlem en 1646; mort à Amsterdam en 1733