SAINTE FAMILLE
l faut y regarder de près pour reconnaître le sujet de ■JjgÊ ce tableau . Au premier aspect, il s'offre comme la ^FA représentation d'un intérieur hollandais. Au centre de la composition est la Vierge, pour laquelle semble avoir posé une bourgeoise de Leyde, d'un âge mûr, vêtue d'une robe brune, d'un manteau d'un bleu verdâtre qui recouvre ses genoux ; la coiffure, formée d'une draperie noire, attachée par un ruban rouge autour du chignon. Ce n'est pas tout à fait le costume des femmes hollandaises du XVIIe siècle , mais c'est encore moins celui que la tradition attribue à la mère du Christ. La Vierge, puisque c'est elle, tient sur ses genoux un livre oblong, relié en parche-
min, et paraît absorbée dans sa lecture. Notons en passant que les mains sont belles et que le mouvement dont elles écartent les feuillets du livre est très-gracieux en même temps que très-naturel. Au fond, dans une pièce communiquant avec la première par une large ouverture sans porte, on voit saint Joseph, — barbe blanche, jaquette et culotte gris brun, chapeau de feutre vieux et mou, — occupé à raboter une planche, devant un établi placé contre un mur où sont
accrochés des outils de menuisier de la forme de ceux dont on se sert aujourd'hui. Si nous revenons sur nos pas, nous voyons, tout à fait à l'avant-plan, à gauche, l'enfant Jésus, blondin de sept ou huit ans, en tunique brune, lequel a pris des outils dans l'atelier du fond, et s'amuse à faire le menuisier. C'est une croix qu'il fabrique, et pour que rien ne manque à l'idée allégorique, trois gros clous sont par terre à côté de lui.
A la droite de la Vierge se trouve une table couverte d'une nappe blanche au-dessus d'un tapis vert, et sur cette table on voit un pain entamé, un joli pot à bière en grès jaune à couvercle d'étain, un beurrier en terre vernissée et un couteau. La table est près de l'embrasure d'une fenêtre par où pénètre une vive lumière, et sur l'appui de laquelle est posé un vase en terre grise. Contre la fenêtre, une cage d'oiseau et une gourde accrochées au mur. A la gauche de la Vierge se trouve un panier de linge; derrière elle est une alcôve fermée par un rideau vert attachée à une corniche qui supporte une lanterne et un sablier. A la droite du premier plan est la niche d'un petit chien épagneul, lequel est couché sur un pli du manteau de la Vierge qui traîne à terre.
Bois. Hauteur om34 1/2 — Largeur om35 1/2.
Collection Desoubic, 1721; Tronchin des Délices, 1801; van der Pot-Groeneveld, 1808. — Vient de M. Etienne Le Roy.
D'après la tradition, ce tableau est le dernier que peignit Frans van Mieris, qui le laissa inachevé. Il aurait été terminé par Willem van Mieris, qui aurait ajouté la' figure de l'enfant Jésus. Cette figure, en effet, est loin de valoir celles de la Vierge et de saint Joseph. On ne dira pas, en parlant des Mieris, tel père, tel fils. Frans van Mieris le vieux est un maître ; il a parfois égalé Gérard Dow et Metzu, tandis que "Willem Mieris n'a guère fait que des mignardises.