DANS UN VASE EN IVOIRE SCULPTE
es roses, des œillets, une pivoine, un tournesol et deux cerises se détachant sur un fond de larges feuilles d'un ton vigoureux et d'une puissante facture ; un papillon posé sur une feuille à gauche. Le vase en ivoire dans lequel sont plongées les tiges du bouquet est orné de sculptures représentant une bacchanale : des enfants jouant avec une chèvre et portant des grappes de raisin. A côté du vase, qui est posé sur une table de marbre, se trouve le couvercle, ayant au centre une statuette de Vénus accroupie, et autour une ronde d'enfants , diminutif de celle qui décore le pourtour du vase. Le tout ressort sur un fond très-sombre.
Toile. Hauteur om6i — Largeur om47 1/2. Collection de Coninck. Gand, i856.
En voyant ce tableau, si remarquable par la fraîcheur, par l'éclat et par la légèreté des fleurs, aussi bien que par l'exécution vraiment supérieure du vase d'ivoire qui les contient, on est d'avis que Maria van Oosterwyck n'occupe pas dans l'histoire de l'art la place qu'elle mérite. Dans ses beaux ouvrages elle n'est pas restée inférieure à son maître, Jean Davidsz de Heem. Ce qui fait qu'elle n'a pas le renom auquel elle aurait droit, c'est que ses œuvres sont rares dans les galeries publiques. Il ne s'en trouve aucune (chose étrange), dans les musées de la Hollande, patrie de l'artiste; il n'y en a pas non plus à Bruxelles, ni à Anvers; au Louvre pas davantage, bien que les biographes affirment que Maria van Oosterwyck reçut des commandes de Louis XIV. Pour se faire une juste idée du talent de cette vaillante artiste, il faut voir les chefsd'œuvre de sa main que possèdent les musées de Florence et de Vienne, ou bien celui que nous venons de décrire. Il y a de ses tableaux à Dresde et à Berlin, mais ils sont moins importants. Si Maria van Oosterwyck est moins connue aujourd'hui qu'elle ne devrait l'être, son mérite fut hautement prisé en Hollande, car les anciens catalogues de ventes nous font connaître que ses tableaux y étaient cotés au même prix que ceux de Mignon et de van Huysum.
On a dit avec raison que Maria van Oosterwyck réussissait moins les fruits que les fleurs; mais on n'a pas fait assez ressortir le talent qu'elle déployait dans l'exécution des accessoires. Elle a certainement égalé les premiers maîtres du genre dans le vase d'ivoire dont il vient d'être parlé.
Les Politiques de Cabaret.