INTERIEUR HOLLANDAIS
ne femme est assise à droite : robe noire à reflets verdâtres, garnie de quatre galons rouges au bas; I manches rouges, fichu blanc à pointes, bonnet ) d'étoffe transparente, bas rouges. Elle a un pied posé par terre et l'autre sur une chaufferette. De la main gauche, appuyée sur son genou, elle tient une tartine entamée, et de la main droite elle porte à sa bouche un long gobelet d'étain gravé à couvercle. Devant elle est un enfant en vêtements de couleur brune , qui la regarde en ayant une main appuyée sur elle, et tenant de l'autre un petit plateau en terre cuite. A gauche, faisant face à la femme, est un homme, entièrement vêtu de brun comme l'enfant, coiffé d'un bonnet de coton blanc, un peu sur l'oreille; la main gauche appuyée sur son genou, et tenant de l'autre sa pipe qu'il a à la bouche.
Les personnages sont assis devant la cheminée, où brillent des charbons ardents ; à droite de ce foyer, une entrée de four ; sur le mur de droite de la chambre, un dressoir pratiqué dans une espèce
Adrien de Pape.
Photo ty pie
J. Maes, Anvers.
Intérieur Hollandais.
— ii7 — de niche; là, sur des planches, des pots en terre vernissée, des assiettes en faïence, une bouteille entourée d'une enveloppe d'osier tressé; en haut, une lanterne, une boîte en fer-blanc accrochée au mur ; à gauche, une barre à cannettes avec deux pots d'étain ; une grande marmite en terre dans laquelle est plongée une cuiller en bois ; sous le dressoir, une niche profonde où se trouve un tonneau sur un chantier à roulettes, et sur ce tonneau la signature :
Bois. Hauteur om52 — Largeur om43 1/2.
Vente Nagell van Ampsen. La Haye, i85i.
Les œuvres d'Adrien de Pape sont très-rares; l'artiste lui-même n'est guère connu que par sa signature. Les biographes des peintres hollandais ne fournissent aucun renseignement sur le lieu de sa naissance, sur ses études, sur l'ensemble de sa carrière. Parlant de lui, Waagen s'exprime ainsi : « Cet artiste, presque inconnu, est certainement un des meilleurs peintres de genre de cette époque. Il est frappant de vérité dans les attitudes, animé dans les têtes, et même, dans plusieurs de ses tableaux, d'un coloris chaud et d'une exécution soignée. » Les rédacteurs de l'excellent catalogue du musée de La Haye disent qu'Adrien de Pape a probablement habité Leyde, car on trouve les armes de cette ville sur un tonneau, dans un tableau daté de 1648, appartenant à M. le comte Du Chastel, de Bruxelles. C'est le seul renseignement qu'ils aient ajouté à ce qu'on savait, ou plutôt à ce qu'on ne savait pas , sur le peintre dont le musée de La Haye possède un intérieur où l'on voit une vieille femme plumant un coq.
Gault de Saint-Germain parle du tableau qui vient d'être décrit dans son Guide des amateurs de tableaux. Après avoir dit que de Pape est élève de Gérard Dov, ce qu'on affirme assez généralement sans preuve , il ajoute : « On a des intérieures de cet artiste qui sont dignes de l'école où il a fortifié les dons qu'il a reçus de
la nature. Il n'est sorti de son pinceau que des imitations d'une grande vérité. » Et, à l'appui de cette assertion, Gault de Saint- Germain cite « un intérieur hollandais où l'on voit un homme et une femme auprès d'une cheminée. L'homme fume, et la femme porte à sa bouche un pot à bière. Nombre d'accessoires ornent ce tableau ». (Collection de feu Constantin, n° 265 de son catalogue. )