‹ Galerie du Vte du Bus de GisigniesChapitre 77 sur 88 · FETE FLAMANDE · texte numérisé non relu

FETE FLAMANDE

ne table est dressée au second plan, devant le perron .d'une hôtellerie, ou, pour parler d'une manière plus I conforme à la vérité de la couleur locale, devant un igrand cabaret. Assis à cette table, et faisant face au spectateur, quatre convives féminins et un cavalier. Au bout, du côté droit, une dame en jupe rouge, corsage jaune et pèlerine noire; du côté gauche, une dame en jupe bleue, corsage violet, col à pointes. Un peu en arrière de celle-ci, un cavalier, qui paraît le plus huppé de la compagnie : il est costumé de gris, bas jaunes et feutre noir. Un page est occupé à verser dans son verre, qu'il tient de la main gauche, le contenu d'un flacon entouré d'une enveloppe d'osier. Derrière la table, placée dans le sens de la largeur du tableau, six personnages : deux cavaliers, dont l'un adresse la parole à une dame qui n'a pas la mine fort riante; un fou, ayant à la main une grande marotte et auquel une servante présente un pot de bière. A droite, au delà de la table, un perron élevé donnant accès à l'auberge de campagne devant laquelle se passe l'action. Sur le seuil de

la porte, au sommet du perron, un vieillard sortant, une canne à la main; d'autres personnages, vus à mi-corps, derrière le mur d'appui du palier auquel aboutit le perron. Revenant au théâtre même de l'action, nous voyons, vers la droite, une servante sortant d'une chambre et portant un plat, tandis qu'un paysan, placé derrière elle, s'efforce de la retenir par un pan de sa robe. A gauche, au second plan, divers épisodes de fête villageoise : une paysanne en jupe jaune, corsage rouge et tablier vert, assise sur un banc à côté d'un homme en habit verdâtre à brandebourgs, culotte et bonnet jaunes, tenant à la main un pot à bière en faïence bleue. Près de là, deux paysans attablés et mangeant avec gloutonnerie. En avant de la table, deux enfants prenant des pommes dans une corbeille placée sur un escabeau ; un jeune garçon, assis, vu de dos, et tenant un verre dans lequel un autre, debout, verse le contenu d'un pot en grès. Par terre, un chaudron en cuivre, une marmite, un baquet et des choux. Au fond, une palissade servant de clôture au jardin de l'auberge. Paysage traversé par un cours d'eau bordé de terrains en pente où l'on voit des maisons, des groupes d'arbres et des figures. Signé sur le baquet, à gauche :

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Toile. Hauteur im5o — Largeur 2m04 1/2. Collection du comte Cornet de Waeys-Ruart, 1 868.

Ne demandons aux biographes aucun renseignement sur le compte de cet artiste, dont les œuvres étaient très-recherchés aux XVIIe et XVIIIe siècles, et qui tomba ensuite dans une sorte d'oubli très-injuste. Les uns nous diront qu'il y a eu deux Gilles Tilborch, ou Tilborgh, ou Tilburgh (car l'orthographe du nom varie), dont l'un aurait été fils de l'autre, tous deux ayant traité le même genre. Il n'y a pas à se fier aux dates qu'ils nous fourniront. Si nous voulons savoir quel fut le maître de Gilles ou ./Egide Tilborch, les biographes nommeront DavidTéniers, Adrien Brouwer et Craesbeek. Quant aux particularités de la carrière de l'artiste, les historiens de la peinture flamande n'en mentionnent aucune. Il n'y a qu'un fait connu : c'est que Gilles Tilborch fut inscrit dans la corporation des peintres de Bruxelles, sa ville natale, le 26 mars 1654.

Le tableau que nous venons de décrire porte, comme on l'a vu, la date de i658. Il est donc de l'époque qui correspond à la pleine maturité de son talent. Si la Kermesse du Musée de Dresde, qui passe pour son chef-d'œuvre ; si les quatre tableaux de la galerie de l'Ermitage et celui du Musée de Copenhague portaient des dates qu'on nous eût fait connaître, on pourrait tirer de leur rapprochement certaines indications utiles pour la biographie encore à faire de l'artiste ; mais on a négligé jusqu'ici de recueillir sur les œuvres des peintres ces marques, qui sont de précieux documents pour leur histoire. Il est à remarquer que la date de i658, que porte la Fête flamande, est précisément celle qui est indiquée par plusieurs auteurs comme représentant l'époque florissante de la carrière de Tilborch. Le Brun, dans les courtes notices de sa Galerie des peintres flamands, dit que Tilborch vivait en i658. Dans le catalogue de la collection Winckler, où sont décrites quelques-unes des pièces gravées d'après notre artiste, nous voyons que « Tilburg, peintre de conversation, natif de Bruxelles, florissait vers i658 ». C'est une rencontre singulière que cette date caractéristique soit précisément celle qui est inscrite sur le tableau de la galerie Du Bus.

Une note du catalogue du Musée de La Haye, ajoutée à la description d'un curieux tableau du maître intitulé Un Repas, peut servir à expliquer comment il se fait que ses œuvres soient aussi rares. Après avoir reproduit le fac-similé de la signature de Tilborch, le rédacteur du catalogue ajoute :

« Cette signature a subi des retouches destinées à produire la fausse signature de Ter Borg. »

C'est donc pour faire un faux Terburg qu'on essaya d'enlever au peintre de Bruxelles une de ses œuvres. On a certainement fabriqué par le même procédé des Téniers, des Brouwer et des van Ostade aux dépens de Tilborch, car, ainsi qu'on l'a fait remarquer, il y a de ses productions qui ont de l'analogie avec celles de ces différents maîtres. Nous avons signalé plus d'une fois, dans ce catalogue, la même fraude comme ayant été employée par des spéculateurs sans conscience et sans probité. Qu'est devenu le Repos du Voyageur de Tilborch, qui faisait partie de la galerie de Le Brun? Un Téniers, vraisemblablement, attendu qu'à en juger par la gravure de Moitte, la ressemblance avec les types et la manière de composer de ce maître est frappante. Qu'est devenue VAprès- Dînêe flamande , gravée par C. Gaucher, et le Retour imprévu, gravé par Lucas pour la collection Basan? Que sont devenus les corps de garde, les kermesses, les sociétés [ge\elschap), cités dans les catalogues de Hoet comme ayant été payés très-cher aux ventes hollandaises? Des Craesbeek, des Brouwer et des van Ostade, sans doute.

UCHTERVELT

ou

OCHTERVELT

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