LA DENTELLIÈRE
'^?i^i^|i eune fille, type robuste, belle de santé, mais pas autrement, assise dans une chambre, près d'une fenêtre ouverte : robe rouge, tablier blanc à manches et à ^SS^^^^^ corsage lacé sur le devant par un ruban noir ; coiffure relevée; tenant sur ses genoux un carreau couvert d'une étoffe verte à bordure rouge et sur lequel manœuvrent les fuseaux. Elle a interrompu son travail pour parler à un cavalier qui est, à l'extérieur, accoudé sur l'appui de la fenêtre. Ce cavalier n'est pas beau non plus , mais c'est un gentilhomme : un chapeau de feutre, un nœud de rubans rouges sur l'épaule et des manchettes blanches, voilà tout ce qu'on voit de son costume, attendu que la partie supérieure du corps apparaît seule au-dessus de l'appui de la fenêtre, et que d'ailleurs il est dans l'ombre. Par la fenêtre ouverte on aperçoit un
— i74 — jardin planté de grands arbres. L'intérieur de la chambre est fort obscur et très-nu, car il ne s'y trouve pas d'autre meuble que la chaise de la dentellière. Dans le fond seulement, on devine un tableau accroché au mur. L'effet de concentration de la lumière sur un point déterminé , cet effet affectionné de plusieurs des maîttres hollandais du XVIIe siècle, est ici très-réussi. La figure de la dentellière, avec sa fraîche carnation, sa robe d'un rouge intense et son tablier blanc, se détache vivement de l'ombre qui l'enveloppe, sans pourtant que les lois de l'harmonie soient méconnues dans ce contraste. Ce n'est pas un faux accord, c'est une dissonance.
Toile. Hauteur om47 1/2 — Largeur om38. Collection du chevalier de Coninck. Gand, 1 856.
Le tableau qui vient d'être décrit était catalogué sous le nom de Nicolas Maas à la vente du chevalier de Coninck. Cette attribution ne parut pas suffisamment justifiée. M. du Bus songea à Ochtervelt, en posant toutefois, après ce nom, un point d'interrogation. Le fait est que le cas est embarrassant. L'œuvre n'est pas banale : c'est une bonne, franche et vigoureuse peinture ; mais elle ne se présente pas avec le caractère des traditions de l'école de Rembrandt , qu'on retrouve dans les productions de Nicolas Maas, bien que la personnalité de l'élève n'ait pas été entièrement absorbée par le maître. S'il y a dans la Dentellière des rouges qui ont pu faire penser à Maas, ni la palette ni la main de ce peintre ne se retrouvent dans l'ensemble de l'œuvre. Ochtervelt aussi affectionnait les rouges, mais son exécution avait une finesse qui n'existe pas dans la Dentellière.
Les rédacteurs du nouveau catalogue du Musée de La Haye disent que «les œuvres d'Uchtervelt (ou Ochtervelt), qu'on rencontre rarement, représentent des intérieurs..., etc. D'où vient cette rareté, si ce n'est de la fraude ordinaire des spéculateurs qui ont attribué ses productions à d'autres peintres plus célèbres ? Ils avaient beau
jeu, puisqu'on lui a donné pour maîtres Berchem, ou Mieris le vieux, ou Metzu, tandis qu'on a signalé certaines analogies qu'offre sa peinture avec celles de Terburg et de Pieter de Hooch. Les tableaux d'Ochtervelt n'étaient pas rares au XVIIe siècle en Hollande ; ils apparaissent en grand nombre dans les catalogues de Gérard Hoet; beaucoup de galeries publiques en possèdent. C'est Le Brun qui a fait connaître Ochtervelt en France; il avait de ce maître, dans sa collection, un joli tableau représentant une jeune femme tenant sur ses genoux un enfant qui tend les bras à sa bonne, lequel a été gravé par Romanet. Le Brun cite comme faisant partie du cabinet de M. de Tolozan un tableau qui avait été vendu sous le nom de Netscher, malgré les preuves qu'il assure avoir données au marchand que c'était une œuvre d'Ochtervelt : « C'est qu'en le vendant comme d'Ochtervelt, ajoute Le Brun, il eût moins gagné, ce peintre n'étant ni aussi connu ni aussi en vogue que Netscher. » Cela explique bien des choses.
En inscrivant le tableau non signé du Musée de La Haye sous le nom d'Ochtervelt, les rédacteurs du catalogue se sont fondés, sans doute, sur ce qu'on lit ce nom au bas d'une grande composition qui se trouve au Leprozenhuys d'Amsterdam. Il n'était pas rare de voir les anciens artistes hollandais signer diversement leurs œuvres; mais les tableaux de la galerie de Dresde, du Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, de celui de Gotha, de la collection d'Aremberg à Bruxelles, portent la signature nettement tracée d'Ochtervelt. Les témoignages en faveur de cette orthographe sont en majorité. C'est en vain qu'on aurait recours, pour éclaircir la question, aux anciens documents hollandais, car, dans les catalogues de ventes réimprimés par Gérard Hoet, le nom de l'artiste est écrit de ces différentes manières : Ochtervelt, Uchtervelt et même Uchterfeldt.
UDEN
(LUC VAN) Né à Anvers en 1 593 ; mort en 1673
PAYSAGE
erspective étendue ; terrains accidentés et verdoyants; riche végétation. Au milieu du premier iplan, une paysanne occupée à traire une vache; à icôté d'elle, un homme en jaquette rouge. A gauche, un large ruisseau dont le cours sinueux fuit vers l'horizon, après avoir longé des talus surmontés d'arbres. Vers le second plan, au milieu, un troupeau de moutons; à droite, au delà d'une haie, des chevaux en liberté ; au fond, une vaste plaine coupée par des bouquets d'arbres et bornée à l'horizon par des collines. Contrée plantureuse et humide; ciel nuageux.
Toile. Hauteur im33— Largeur im8i.
Collection Baillie. Anvers, 1862. (Il est dit dans une note du catalogue que les figures sont attribuées à Rubens.)
Superbe production du maître, dans laquelle se manifeste d'une manière frappante l'influence de Rubens ; mélange de naturalisme et de poésie qui montre bien que ces deux éléments, loin de s'exclure, se concilient admirablement.
Pi
ex.
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co
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