UN JOYEUX CONVIVE
a scène se passe dans un cabaret de bas étage. Un I jeune homme, qui n'est pas du meilleur monde, est assis, au premier plan, à une table où sont les apprêts 'd'un repas médiocrement appétissant. C'est un gros garçon de figure joyeuse, pas trop laide pour Brouwer, mais triviale en diable. Il est en jaquette lilas foncé, culotte verte attachée à la ceinture d'une manière inquiétante ; une chemise à peu près blanche, visible du col au ventre ; sur la tête, une toque verte avec une plume ébouriffée, surmontant une chevelure bouclée; aux jambes, des bottes en cuir jaune tachées de boue. De la main droite, appuyée sur le bras du fauteuil rustique où il est assis, il tient un pot d'étain bossue ; de l'autre il lève un verre à pied rempli de vin ; il ouvre, en riant, sa grande bouche à grosses lèvres, comme s'il chantait quelque refrain grivois.
La table devant laquelle est assis cet épicurien accommodant est couverte d'une nappe ou plutôt d'un linge sale; elle est garnie d'un plat en terre rouge contenant un ragoût quelconque, d'un pot de moutarde et d'un broc à goulot en terre vernissée. De l'autre côté
— i7 — de la table, au second plan, un vieux bonhomme à trogne d'ivrogne et menton de galoche, coiffé d'une casquette graisseuse qui lui tombe jusque sur les yeux. C'est le cabaretier sans doute. Il est occupé à couper une tranche de pain pour son client, que le désordre et la saleté du lieu ne paraissent pas intimider, ou qui, s'il s'en aperçoit, se console avec son verre plein jusqu'au bord.
Bois. Hauteur om3o — Largeur om24.
Brouwer était en veine de sentiment esthétique lorsqu'il a fait ce tableau. Le jeune convive n'est pas d'une distinction parfaite; mais il n'a par la laideur habituelle des héros du peintre des francs buveurs. Ce qu'il a, c'est la note brillante du coloris, pour accompagner la note joyeuse de sa chanson.
Ce tableau faisait partie de la célèbre collection de M. de Calonne, transportée à Londres par l'ex-premier ministre au commencement de la Révolution française, et vendue aux enchères en 1795, les négociations pour son acquisition en bloc par la Russie n'ayant pas abouti.
CEULEN
(CORNÉLIS JANSON VAN) Né à Amsterdam en 1590; mort en i665
PORTRAIT D'HOMME
n homme de guerre , tourné vers la droite : de beaux yeux bruns, le nez légèrement arqué, la bouche bien dessinée , la peau fine et transparente ; petites moustaches blondes, longs cheveux châtains lissés au sommet de la tête, puis bouclés et tombant jusqu'à la naissance des épaules ; armure d'acier à clous de cuivre. Dans un ovale : fond bleuâtre à droite et brun à gauche. En haut, près du cadre, à gauche, un écu d'or à deux fasces d'azur; le champ chargé de 5 tours de gueules 12,2,1. Signé et daté au bas de l'ovale :
Ctf
Collection Cels. Bruxelles, 1866.
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Cette œuvre est postérieure au long séjour que l'artiste fit en Angleterre, où il était allé s'établir en 161 8, et qu'il quitta en 1648,
. iJANSON VAN LEULEN,
Phototypie
J. Maes, Anvers.
ORTRAIT.
ainsi que nous l'apprend Walpole. On en serait certain, sans le témoignage de la date qui suit la signature, tant le charme et l'élégance qui constituent les qualités caractéristiques de cette peinture dénotent l'influence de van Dyck, auprès duquel van Ceulen travailla longtemps. La plupart des œuvres de cet artiste se trouvent en Angleterre, où elles sont en grande estime. Le musée de Dresde possède de lui deux portraits antérieurs (i6i5) à son départ pour l'Angleterre; le Louvre en a un sans date; mais généralement il n'est pas représenté dans les musées du continent. Il y avait quatre portraits de lui à Rotterdam, avant l'incendie de la collection ; un seul a été sauvé. Les musées d'Amsterdam n'en ont pas, ni ceux de Bruxelles et d'Anvers non plus.
COQUES
(GONZALÈS
Né à Anvers en i6i4(?); mort en 1684
PORTRAIT D'HOMME
e personnage est tourné vers la droite : longs cheveux tombant sur les épaules et petites moustaches d'un blond tirant sur le roux; pourpoint et manteau noirs; large col blanc bordé d'une guipure; tenant de la main gauche un papier sur lequel on lit : Gon{<zle, f 1657; l'autre main portée en avant , comme pour montrer ce qui est écrit sur le papier. A gauche, une table couverte d'un tapis rouge, sur laquelle est posé un feutre noir. Pour fond, à gauche, un rideau brun à franges; à droite, un mur gris uni.
'ftf.
Cuivre. Hauteur om22 1/2 — Largeur omi7- Collection van Saceghem. Bruxelles, i85i.
La tête est d'une finesse de ton et d'une délicatesse de modelé remarquables; les chairs ont la transparence et la fraîcheur qui
pONZALÈS pOQUES,
Photntypie
J. Maes, Anvers.
ORTRAIT,
distinguent les personnes aux cheveux d'un blond roux, comme est l'original du portrait ; les mains sont d'une élégance toute aristocratique; les tons noirs du costume sont d'une distinction extrême. Le coloris est fin et harmonieux, avec un certain éclat. C'est une peinture de la qualité des meilleures productions de Gonzalès Coques, qui l'a exécutée à l'âge de quarante-trois ans, c'est-à-dire "lorsqu'il était dans toute la force de son talent. Comme l'a très-bien fait remarquer W. Burger, « Gonzalès a deux manières très-distinctes : dans la première manière, il est un peu lourd et assez commun; dans la seconde, il est élégant, délicat, raffiné, un van Dyck en petit. Les tableaux de cette seconde époque sont délicieux et extrêmement chers. » Il y a du van Dyck, en effet, dans le portrait que nous venons de décrire ; avec d'autres proportions, il a le même charme, la même distinction. On voudrait faire connaissance avec l'original, tant on se sent attiré vers la copie. Malheureusement, aucun indice ne nous fait découvrir quel pouvait être l'heureux personnage dont Gonzalès nous a laissé cette précieuse effigie.
COQUES
GONZALES
PORTRAIT DE FEMME
ue de face. Tête blonde, les cheveux relevés en arrière, sur le front, et tombant, de côté, en boucles sur les épaules ; peau fine et transparente ; grands yeux d'une expression douce; le nez un peu fort, les lèvres bien dessinées et roses ; sourcils minces et bien arqués ; pas précisément jolie, mais sympathique et bonne. Robe de soie d'un beau bleu à reflets ; la taille ouverte devant et attachée pas cinq boutons ; guimpe fine dépassant un peu le corsage ; manchettes bouffantes à bords de dentelle, attachées par de petits nœuds de ruban noir. Le bras droit pend le long du corps ; la main gauche, un peu relevée, tient un éventail. Les mains sont un peu grandes, mais d'un dessin et d'un modelé charmant et d'une finesse de ton exquise. A la gauche du personnage, une table couverte d'un tapis bleu verdâtre, sur laquelle est un plat profond à côtes, rempli de fleurs. Fond uni, d'un gris réchauffé par une pointe de brun. A gauche, des colonnes soutenant une espèce de portique. Le bleu de la robe ressort vivement, sans que l'harmonie en souffre cependant, sur la teinte grise du fond, et
les fleurs de la corbeille donnent des notes qui vibrent également dans le milieu tranquille qui enveloppe le personnage.
Bois. Hauteur om22 — Largeur omi6 1/2.
Collection du Dr Decordes. Bruxelles, 1857.
Ce portrait forme le pendant du précédent par la dimension, par le cachet de distinction, par la qualité de la peinture ; mais il n'y a pas entre eux une véritable parenté, car ils proviennent de sources différentes, ayant été acquis l'un en i85i et l'autre et 1857; à moins qu'après les avoir séparés, un hasard étrange ne les ait réunis de nouveau.
COQUES
(GONZALÈS
L'ODORA T
n gros homme'aux longs cheveux d'un blond roux > quelque peu en désordre et lui tombant sur les épaules; petites moustaches blondes; habit gris boutonné »sur la poitrine, grand col uni, manchettes bouffantes; haut-de-chausses gris; assis sur une chaise garnie de clous dorés. De la main gauche il tient une longue pipe en terre, en appuyant son bras sur le dossier de la chaise; la main droite repose sur le haut de la cuisse. Devant le fumeur, sur la table couverte d'un tapis vert, se trouve un plat d'étain où l'on voit des cendres de tabac. Fond gris jaunâtre.
Bois. Hauteur om2 5 — Largeur omio.
Gomme l'idée n'est jamais indifférente dans l'œuvre d'art, on ne peut pas s'empêcher de faire remarquer que l'allégorie manque ici de justesse. C'est plutôt l'organe du goût que celui de l'odorat, que l'action de fumer a pour destination d'impressionner. Cette réserve faite, on jouit des qualités que le peintre a mises dans son œuvre:
la franchise du caractère, la transparence du coloris, l'harmonie des tons doux et fins dont il a composé cette fois sa palette, lui qui est si brillant quand il veut.
Ce tableau et les quatre suivants forment une série de représentations allégoriques des cinq sens. Parlant de Gonzalès-Coques, dans ses études sur la galerie d'Arenberg, W. Burger s'exprime ainsi : « Dans les livres sur les musées de la Hollande, j'ai dit, à propos de Gonzalès-Coques, combien les tableaux de ce maître étaient rares, même en Belgique, son pays ; et, en effet, les musées d'Anvers et de Bruxelles n'en ont point. Depuis, j'ai trouvé un petit nid de Gonzalès, à Bruxelles même, chez M. Bernard Dubus de Gisignies, qui en possède une demi-douzaine, mais d'une seule figure chacun. »
COQUES
(GONZALÈS