MARIANNE , LE CHEVALIER DE VERSAG
le chevalier, arrivant à petits pas. Bonjour, belle Marianne. D'où vous vient cette mine effarée?
Marianne. Un secret! Silence! Je ne vous dirai rien; ne me demandez rien.
le chevalier. Un secret dans une jolie bouche comme la vôtre , ce n'est déjà plus un secret. Tenez , Marianne , il n'y a qu'une chose qu'on puisse sans danger confier à une femme, c'est de lui dire qu'elle est jolie.
Marianne. Le beau secret, vraiment! Tout le monde le sait.
le chevalier. Eh bien ! oui , on peut dire aux femmes ce que tout le monde sait. Quel est donc votre secret ?
Marianne. Je n'ai garde de vous le dire.
le chevalier, d'un air discret. Je n'ai garde d'insister.
Marianne . Figurez-vous. . . . Qu'allais-je faire ?
le chevalier. Oh ! ne dites rien !
Marianne. Nous jouons ce soir la comédie.
le chevalier. Je ne comprends pas.
Marianne. C'est bien simple: M. le marquis m'a donné rendez-vous sous la charmille. Vous savez qu'il raffole des Normandes. Mme la marquise a pris mes ajustements, et elle est allée à ma place. Voilà pourquoi je suis si mal attifée.
le chevalier. Et le marquis ?
Marianne. Il va aller rejoindre madame tout à l'heure, croyant me trouver. Qui sera bien attrapé? je vous le demande.
le chevalier. Est-elle impertinente ! Mais je ne me
trompe pas : voilà Vermand qui vient. (Il se frappe le front.) Une idée! Je me cache sous ces arbres; ne dites pas que vous m'avez vu , Marianne.
Marianne. Vous savez comme je suis discrète. (Elle entre dans le tiavillon.)