‹ Galerie du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · MARIANNE, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

MARIANNE, LA MARQUISE

la marquise , sortant du pavillon. C'est cela, attendezmoi ce soir, sous les grands marronniers. Est-ce un songe? suis-je à la comédie? En vérité, ces maris sont d'un mauvais goût.... J'en pleure de rage. Ah ! que les femmes ont raison quand elles écoutent leur cœur ! Si le chevalier était là.... Patience!... il viendra. Marianne, donnez-moi tout de suite votre bonnet et votre fichu.

Marianne. Je suis donc déjà au bout de mon rôle. {Avec malice.) Tenez, madame, si vous m'en croyez, j'irai moi-même au premier rendez-vous.

la marquise, prenant le bonnet de Marianne. Vous ne savez ce que vous dites. Dépêchez-vous d'arranger mes cheveux comme les vôtres.... C'est cela, Marianne. Il y a des moments où l'on serait tentée... mais allez donc plus vite, Marianne.... Ah! la présidente avait bien raison de médire des hommes ; hélas ! elle médisait aussi des femmes.... Marianne , vous irez dans le pavillon et vous toucherez du clavecin à tort et à travers. Vous y resterez sans lumière. Enfin, arrangez-vous si bien que M. de Vermand s'imagine que c'est moi.

Marianne. Mais si M. le chevalier de Versac vient?

la marquise. Dites-lui bien que ce n'est pas moi!

Marianne , avecmalicc. Pourquoi donc cela, madame?

la marquise, embarrassée. Parce que... parce qu'il ne faut tromper personne. (Elle met le fichu de Marianne.) Je vais en apprendre de belles là-bas sous la charmille. La nuit sera- t-elle sombre? S'il allait me reconnaître! Tant pis pour tous les deux.

Marianne. Sous la charmille, c'est à ne pas s'y reconnaître.

la marquise. Bien , je commence à prendre tournure. Voilà en vérité un joli chapitre de roman. Gela ressemble un peu trop au Mariage de Figaro ; mais patience , le dénoûment.... La nuit vient; comme je suis tremblante!... J'ai le cœur qui me bat d'une belle façon.... Ai-je bien l'air d'être vous-même , Marianne? je n'ai pas le temps d'aller me mirer.

Marianne. Tout à fait, madame , au point que je m'y tromperais. Il me semble que je me vois dans le miroir. (Avec malice.) C'est surprenant comme un petit bonnet vous va bien! Mais j'ai du souci, moi; M. le marquis va m'en vouloir pour l'avoir trompé , ou plutôt parce qu'il ne m'aura pas trompée.

la marquise. N'ayez pas peur. Il voulait un baiser, il se mordra les lèvres , voilà tout.

Marianne. La volonté de Dieu soit faite, et celle de madame aussi!

la marquise. Est-ce que le marquis est déjà sous la charmille ?

Marianne. Il est monté là-haut à la bibliothèque avec un livre à la main.

la marquise. Alors je vais tout de suite au rendezvous. J'aime mieux l'attendre. Vous, dépêchez-vous d'aller faire du bruit au clavecin. (Elle s'éloigne sur la pointe des pieds.)

Marianne. Bon voyage , madame. (Seule.) Eh bien , je ne suis pas du tout mal en marquise ! On dit que c'est l'habit qui fait le moine ; moi, je dis que c'est le moine qui fait l'habit.

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