‹ Galerie du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 7 sur 36 · LE RÉGENT · texte numérisé non relu

LE RÉGENT

La duchesse d'Orléans , belle-sœur du roi et mère du régent , avait importé à la cour de France , au Palais- Royal , sinon à Versailles , une certaine franchise tudesque qui avait bien sa saveur sous le règne encapuchonné de la veuve de Scarron. C'était une honnête femme sans pruderie, disant tout ce qui lui passait par l'esprit, parce que les mauvaises passions n'avaient jamais envahi son cœur. Elle tenait cour plénière au Palais-Royal , avec des airs à la fois grandioses et familiers. Il y avait en elle plutôt de l'amazone que de la femme ; c'était l'héroïne des châteaux forts qui baignent leurs pieds dans le 'Rhin et qui lèvent leurs créneaux dans les cieux. Quand on la voyait dans son fauteuil doré , qui était un fauteuil de géant , avec sa grande perruque à la Louis XIV, brisant deux éventails dans sa soirée , tantôt sous le manteau de sa cheminée , le plus souvent sur l'échiné flexible d'un courtisan , quelquefois sur la main de son fils ; quand on la voyait en chasse à courre, maniant le fusil avec la force de Nemrod , ne laissant jamais à d'autres la gloire de tuer

le plus beau cerf; quand on la voyait domptant un cheval indomptable, ou se laissant lécher les mains et la ligure par toute une meute de chiens dévorants, on se demandait s'il était possible qu'elle eût une seule fois mis le pied au château de Versailles. Elle était née pour vivre au milieu des forêts allemandes , comme une autre princesse sibylle. Elle disait de son fils : « Ah ! s'il n'était que le fils de sa mère ! » En effet , le duc d'Orléans était trop le fils de son père par certaines défaillances de caractère.

La mère du duc d'Orléans avait imaginé une jolie histoire. Elle contait que toutes les fées avaient été conviées à ses couches , qu'elles y étaient venues secouer sur le berceau la baguette enchantée , qu'elles avaient chacune doué son fils d'un talent , si bien qu'il les avait tous. Mais par malheur , comme il arrive toujours dans les contes , elle avait oublié une vieille fée depuis longtemps disparue du monde, qui ne se souvenait plus d'elle. Piquée de l'oubli , elle vint , appuyée sur son petit bâton ; mais , quand elle arriva , toutes les fées avaient fait chacune leur don à l'enfant. Dépitée de plus en plus et voulant se venger, elle le doua du fâcheux privilège de rendre nuls tous les talents qu'il avait reçus des autres fées, ou plutôt elle accola un vice à chaque vertu.

Le duc d'Orléans n'eut pas une mauvaise fée, il en eut deux : Mme de Maintenon et la princesse des Ursins, l'une à Versailles et l'autre à Madrid. Celle qui lui fit le plus de mal fut celle qui frappait de loin.

« Savez-vous ce qu'est mon neveu ? avait dit Louis XIV; c'est un fanfaron de crimes. »

Le duc d'Orléans est un des caractères les plus éminemment contradictoires que puisse ressusciter l'historien. Il a deux portraitistes, Largillière et Saint-Simon, qui nous l'ont transmis tout vivant encore. Le portrait de Largillière est admirable. Voici le portrait signé Saint- Simon : « M. le duc d'Orléans était de taille médiocre au plus , fort plein sans être gros , l'air et le port aisé et fort noble , le visage large , agréable , fort haut en couleur, le poil noir et la perruque de même. Quoiqu'il eût fort mal dansé et médiocrement réussi à l'académie , il avait dans le visage , dans le geste , dans toutes ses manières , une grâce infinie et si naturelle, qu'elle ornait jusqu'à ses moindres actions, et les plus communes. Avec beaucoup d'aisance quand rien ne le contraignait , il était doux , ouvert , accueillant , d'un accès facile et charmant , le son de la voix agréable , et un don de la parole qui lui était tout particulier en quelque genre que ce pût être , avec une facilité , une netteté que rien ne surprenait , et qui surprenait toujours. Son éloquence était naturelle jusque dans les discours les plus communs et les plus journaliers, dont la justesse était égale sur les sciences les plus abstraites , qu'il rendait claires , sur les affaires de gouvernement , de politique , de finances , de justice , de guerre , de cour , de conversation ordinaire , et de toutes sortes d'arts et de mécanique. Il ne se servait pas moins utilement des histoires et des mémoires, et connaissait fort les maisons. Les personnages de tous les temps et leurs vies lui étaient présents , et les intrigues des anciennes cours comme celles de son temps. A l'entendre , on lui aurait cru une vaste lecture. Rien moins. Il parcourait légèrement ; mais sa mémoire était si singulière , qu'il n'oubliait rien. » Mais il faudrait citer tout Saint-Simon.

Il aimait fort la liberté , et autant pour les autres que

pour lui-même. Il vantait l'Angleterre , où il n'y avait pas d'exils ni de lettres de cachet.

Le duc d'Orléans avait apporté en venant au monde une facilité , disaient les courtisans , une faiblesse , dit l'histoire , qui gâta sans cesse tous ses talents et toutes ses bonnes inclinations. C'est par ce côté que son précepteur , ce drôle de cardinal Dubois , le domina toute sa vie. Il le flatta du côté des moeurs, pour le jeter dans la débauche. L'élève d'un tel maître se fit du dérèglement un principe , un point d'honneur. C'était, il le croyait du moins, une manière de se poser dans le monde.

Louis XIV avait extrêmement roidi les nerfs de l'autorité; lui mort, tout allait se détendre.

A peine le roi avait fermé les yeux, que le duc d'Orléans se rendit à Saint-Cyr , chez Mme de Maintenon. C'était une vieille ennemie : elle avait travaillé contre le régent dans le cœur de Louis XIV.

L'entrevue dura une heure. Le duc se vengea dignement : il l'assura , elle Mme de Maintenon, que les quatre mille livres que le feu roi lui donnait tous les mois lui seraient payées de même à titre de pension. Et cette promesse fut très-ponctuellement exécutée. C'était agir en chrétien (et le duc d'Ooriéans ne l'était guère) envers une femme qui avait voulu lui faire couper la tête, et , tout récemment , l'exclure de l'administration du royaume.

La Régence s'ouvrit par un acte d'apaisement et de clémence. Le premier soin du duc d'Orléans fut de délivrer les malheureux qu'on avait jetés dans les prisons comme jansénistes. Dans le nombre se trouvaient de respectables ministres de l'Église. Une sympathie mêlée d'attendrissement accueillit ces premiers actes du gouvernement nouveau. L'opinion publique s'intéressa surtout au sort du marquis d'Arembert , qui était emprisonné depuis douze

années pour avoir aidé le P. Quesnel à s'échapper du donjon de Mechlin.

La Bastille et les autres prisons d'État rendaient leurs comptes. Les morts revenaient. L'horreur de l'état dans lequel parurent quelques-unes des victimes du dernier règne excitait l'étonnement, la pitié, l'indignation. Elles racontaient , et leur pâleur racontait pour elles , les incroyables cruautés d'un système de persécution religieuse qui avait étouffé jusqu'à la plainte.

Parmi les prisonniers de la Bastille, il s'en trouva un arrêté depuis trente-cinq ans, le jour où il était arrivé d'Italie à Paris. Pourquoi? on n'en savait rien, et il l'ignorait lui-même , n'ayant jamais été interrogé. C'était sans doute une méprise. Quand on lui annonça sa liberté , il demanda tristement ce qu'on prétendait qu'il en pût faire. Il dit qu'il n'avait pas un sou, qu'il ne connaissait qui que ce fût à Paris , qu'il ne pourrait même nommer une seule rue. Ses parents d'Italie étaient vraisemblablement morts depuis qu'il avait quitté son pays ; ses biens apparemment avaient été partagés depuis tant d'années qu'on n'avait point eu de ses nouvelles. Il ne savait donc que devenir. Il demanda de rester à la Bastille le reste de ses jours.

Le régent tenait à donner un démenti à la politique de son oncle. Il invita les particuliers à donner leur avis sur les affaires ; il proclama les maximes de Fénelon ; il fit imprimer Télémaque à ses frais ; il ouvrit au public la bibliothèque du roi.

La conduite du régent, sa vie, ses manières , toute sa personne formait le plus violent des contrastes avec la sévère tristesse du règne précédent. A la compression sans mesure allait succéder , au moins dans les idées et les mœurs, une liberté sans règle. Toutes les vieilles et solennelles barrières , derrière lesquelles la royauté abri-

tait son droit divin , son infaillibilité, sa toute-puissance, tombaient à petit bruit.

La Régence allait être une époque de dissolution.

Le régent est un type du xvmc siècle.

Il ne fit pas tout ce qu'il voulait faire. C'était un esprit hardi , mais un caractère mou et incertain , trop ami de ses plaisirs pour les sacrifier à une idée. Il avait eu l'intention de rappeler en France les huguenots bannis par la révocation de l'édit. de Nantes. Le préjudice immense que l'État avait souffert de cet exil en masse , le désir de s'allier avec la Hollande et l'Angleterre , lui suggéraient cet acte politique. Il croyait, par ce rapprochement, flatter les grandes puissances maritimes, faire refleurir le royaume, éteindre les dissensions religieuses dans la renaissance de l'industrie et du commerce. Une considération le retint : on craignait que les protestants si maltraités ne rapportassent en France un sentiment de représailles , une certaine aigreur , et ne voulussent faire la loi à l'État. Leur bannissement avait été une faute , tous les esprits sages en convenaient ; mais on eut peur d'en commettre un autre en leur rouvrant les portes d'un État auquel ils avaient dicté des conditions. C'est ainsi que les erreurs politiques engagent l'avenir; on regrette de les avoir accomplies , on tremble de les défaire.

La foi du régent dans la science économique avait survécu au naufrage de Law. En homme clairvoyant et convaincu , il accusait de cette ruine non le système , mais la précipitation, les excès et l'esprit d'aventure qui avaient présidé à cet essai des ressources* du crédit. Il fut tout prêt de reprendre l'œuvre sur de nouvelles bases. Mal-

heureusement la confiance était ébranlée , et pour longtemps. Les capitaux se remettent bien vite en France d'une déroute ; mais il n'en est pas de même du moral des capitalistes. L'exécution de ce plan fut donc abandonnée comme tant d'autres. L'esprit du régent était de ceux qui devancent les entreprises et qui aident à l'entraînement ; il n'était pas de ceux qui résistent par des actes au désenchantement et au discrédit que laisse dans la foule le mauvais succès d'une expérience.

Le duc d'Orléans avait des qualités : il savait recevoir un avis ; ce qui lui manquait le plus était le courage de l'action. « C'était, dit Saint-Simon, l'homme du monde qui convenait le plus aisément de ce qu'on lui disait de vrai, mais qui en convenait le plus inutilement. »

Son interrègne n'en fut pas moins troublé par des événements qu'il surmonta sans effort et avec une supériorité d'esprit naturelle. La peste désolait la Provence ; on avait la guerre avec l'Espagne ; la Bretagne était toute prête à se soulever; il s'était formé des conspirations contre le régent : le duc d'Orléans surveillait tout et suffisait à tout du fond de ses plaisirs ténébreux. Il gouverna en jouant, et, après tout, il ne gouverna pas plus mal qu'un autre. Sous son administration, les parlements se relevèrent; les finances de l'État étaient surchargées d'une dette énorme et agitées par un désastre récent : mais le travail , source de toute richesse , se ranimait ; la pensée humaine , écrasée par l'autorité taciturne du grand siècle , reprit quelques-uns de ses droits. Grâce au relâchement des mœurs, les vieux principes allaient se dissoudre dans un rayon d'esprit français.

Le duc d'Orléans menait une vie effrénée. « A ses soupers, dit Saint-Simon, était toujours une compagnie fort étrange : ses maîtresses , quelquefois une fille de l'Opéra, souvent la duchesse de Berry et une douzaine d'hommes,

tantôt les uns , tantôt les autres , que sans façon il ne nommait jamais autrement que ses roués.... La chère exquise s'apprêtait dans des endroits faits exprès, "de plainpied , dont tous les ustensiles étaient d'argent ; le duc d'Orléans et les autres mettaient souvent les mains à l'œuvre avec les cuisiniers. C'était en ces séances où chacun était repassé , jusqu'aux ministres , avec une liberté incroyable. M. le duc d'Orléans tenait son coin comme les autres. Tout était tellement barricadé en dehors que, quelque affaire qu'il eût pu survenir , il était inutile de tâcher de percer jusqu'au régent. Ce qui est fort extraordinaire, c'est que ni ses maîtresses, ni Mme la duchesse de Berry, ni les roués , au milieu même de l'ivresse , n'ont jamais pu rien savoir de lui de tant soit peu important sur quoi que ce soit du gouvernement et des affaires.... Il vivait publiquement avec Mme de Parabère. Il n'était pas pour se contenter d'une maîtresse : il fallait de la variété pour piquer son goût. Ce qu'il y avait d'heureux, c'est que ses maîtresses pouvaient fort peu de chose. »

Le comte de Caylus a , comme tant d'autres , publié ses souvenirs. Il faut laisser de côté ses impressions politiques ; mais , pour le reste , il est çà et là curieux à feuilleter. Il a peint avec esprit certaines figures de la cour du régent, Mme de Parabère, par exemple. « Ce qu'il y a de plus singulier dans le caractère de Mme de Parabère , c'est l'égalité de son amour ; ce sentiment en elle a très-souvent changé d'objet , mais jamais son cœur n'a été vide un instant ; elle a quitté , elle a été quittée ; le lendemain , le jour même , elle avait un autre amant qu'elle aimait avec la même vivacité et auquel elle était soumise avec le même aveuglement, car elle n'a jamais vu que par les yeux de son amant ; du moment qu'elle l'avait choisi, elle ne voyait que ses amis et n'avait

que ses goûts. Cette exactitude de -soumission, prouvée par l'exemple de plus de vingt amants qui se sont succédé pendant le temps de ses amours , me paraît un événement singulier et plus rare , dans un degré aussi égal , que les exemples d'une constance d'un pareil nombre d'années ne le pourraient être. »

On peut dire que c'était de l'art pour l'art. Mais la marquise de Parabère n'a eu que deux amants aimés jusqu'à la passion : le régent et M. de Montluzun. Elle a aimé les autres entre parenthèses.

Le cardinal Dubois fut le Méphistophélès dont le duc d'Orléans était le Faust.

Fils d'un apothicaire de Brive-la-Gaillarde , valet et précepteur du duc d'Orléans , il avait connu des fortunes diverses avant d'arriver premier ministre de l'État.

« Son extérieur d'un furet , mais d'un, cuistre , son débit désagréable, par articles, toujours incertain, sa fausseté écrite sur son front , ses mœurs trop sans aucune mesure pour pouvoir être cachées , des fougues qui pouvaient passer pour des accès de folie , sa tête incapable de contenir plus d'une affaire à la fois, et, avec tout cela, bas, souple, louangeur, admirateur, prenant toutes sortes de formes, » tel est le portrait qu'en trace Saint-Simon.

Voltaire l'a jugé d'un trait : « Un peu d'esprit, beaucoup de débauche. » Tel qu'il était, cet homme fut le seul qui ait su séduire le duc d'Orléans , qui avait tant d'esprit et tant de justesse dans l'esprit. Il le gagna en- Jant, dans ses fonctions de précepteur; il s'en empara jeune homme en favorisant ses penchants pour la liberté, le bel air, et son entraînement à l'irréligion ; il le domina

quand le duc d'Orléans fut régent de France , par le côté de la faiblesse. Son pouvoir sur l'esprit de son maître était sans bornes.

Cet homme, qui toujours avait recherché les bonnes grâces de la fortune, en fut comme accablé dans les quatre ou cinq dernières années de sa vie. Une mission d'État, qui lui avait été confiée en Angleterre, lui fournit une occasion admirable de développer les ressources de son esprit. Dans la basse et obscure intrigue, il ne connaissait point de rival. Il y avait en lui de l'homme d'État et du scapin.

L'abbé Dubois persuada au régent de le nommer archevêque de Cambrai : un tel sacripant sur le siège de Fénelon !

L'envie lui prit ensuite d'être cardinal , et il le fut. Jamais le monde n'avait vu pareil saltimbanque sous la pourpre. Il avait pour maîtresse Mme de Tencin. Cette liaison demeura cachée tant que la fortune de l'abbé Dubois eut besoin de quelque réserve ; mais depuis , quand il fut archevêque , et encore plus quand il fut cardinal , la chose devint publique. Cette religieuse , qui était religieuse comme il était cardinal , dominait chez lui à découvert , et tenait une cour où elle distribuait les grâces et les dignités de l'État.

Le cardinal Dubois était un monstre , mais du moins c'était un monstre amusant. Le jour de Pâques qui suivit son élection à la dignité de cardinal, « il s'éveille sur les huit heures et sonne à rompre ses sonnettes , et le voilà à blasphémer horriblement après ses gens, à vomir mille ordures et mille injures, et à crier à pleine tête de ce qu'ils ne l'avaient pas éveillé, qu'il voulait dire sa messe, qu'il ne savait plus où en prendre le temps avec toutes les affaires qu'il avait. Ce qu'il fit de mieux après une si belle préparation , ce fut de ne la dire pas , et je ne sais s'il l'a jamais dite depuis son sacre. »

L'excès et l'enivrement du pouvoir lui faisaient faire, en particulier ou en public , mille folies incroyables. Cet homme avait reçu au cerveau un coup de soleil de la fortune. « Il faisait quelquefois le tour entier d'une chambre, courant sur les tables et les chaises, sans toucher du pied à terre. »

Cette extravagance fut ce qui le sauva. Si ce premier ministre avait été un homme grave, comme fait très-bien observer Voltaire, cette fortune aurait excité l'indignation, mais elle ne fut qu'un ridicule. En France, on pardonne aisément aux hommes dont on rit.

« Il était maître abolu de son maître , » surintendant des postes, cardinal, archevêque de Cambrai, avec sept abbayes , quand une maladie l'avertit tout à coup qu'il allait mourir.

Sa fureur fut extrême. Il avait soixante-dix ans et n'avait joui que quatre années de ses abbayes, de ses immenses revenus , de ses dignités , de son incroyable et prodigieuse élévation.

On l'avertit respectueusement de songer à son âme, et on l'invita tout bas à recevoir les sacrements de l'Église. « Les sacrements de l'Eglise ! s'écria-t-il ; cela vous est facile à dire; ah! vous croyez donc, profanes, qu'un cardinal reçoit le viatique comme un autre homme ? Il y a pour cela des formalités , des cérémonies dont je vous engage à vous informer auprès de l'archevêque de Paris. »

La ruse du mourant eut tout le succès qu'il en attendait ; pendant qu'on allait consulter l'archevêque de Paris, lequel n'avait jamais entendu parler de rien de semblable, il était déjà trop tard pour administrer l'abbé Dubois.

Il fallut pourtant avoir l'air de se confesser. Un récollet de Versailles passa environ un quart d'heure avec le iv c

malade. « Un aussi grand homme de bien et si bien préparé, dit Saint-Simon, n'avait pas besoin de davantage. »

Cependant, ce bon chrétien enrageait de mourir. Il grinçait des dents contre ses médecins, qu'il appelait ânes. « A quoi vous sert d'avoir étudié Hippocrate et Galien , si vous ne savez pas seulement faire vivre un cardinal? »

Il mourut le 5 août 1723, à cinq heures du soir. La farce était jouée.

Il recevait, dit- on , de l'Angleterre une pension de 40 000 livres sterling pour de ténébreux manèges. Il avait la plus belle vaisselle d'or et d'argent, de riches meubles et de rares bijoux, les plus somptueux attelages de tous les pays. On conçoit qu'il finit sa vie dans le désespoir de tout ce qu'il quittait. Son royaume était de ce monde.

S'il trouva un lendemain , ce cardinal impie , ce fut dans la pourpre de l'enfer.

MONTCRIF.

Roy. — D'Argenson. — - Marie Leczinska. — La duchesse***. (1687-1770.)

Peu de poètes cemmencèrent comme Paradis de Montcrif : à seize ans, il ne parfilait point la rime, il s'escrimait dans une salle d'armes ; à dix-huit ans, il était maître d'escrime; à vingt ans, il était la terreur (il s'appelait encore Paradis) de tous ceux qui soupaient avec lui. Tout en faisant des armes, il faisait des vers, ou plutôt, tout en faisant des vers, il faisait des armes, pour défendre ses vers à la pointe de l'épée.

Or, ce poëte si terrible l'épée à la main, savez-vous quelle était sa poésie? Il roucoulait des romances sentimentales dans le vieux langage naïf, qu'il fallait chanter en psalmodiant un peu. Qui n'a entendu chanter par sa grand'mère quelques couplets des constantes amours d'Alix et d'Alexis, ou des infortunes inouïes de tant belle et renommée comtesse de Saulx! La marquise de Pompadour les chantait avec beaucoup de charme aux échos de Trianon. En effet, cette vieille musique en longs habits de deuil ne se promène à son aise que dans les allées solitaires et mélancoliques du parc de Versailles, devant ces

statues attristées qui la comprennent, elles qui ont entendu Lulli !

Tout en rimant ces romances qui couraient Paris et la province, Montcrif écrivit un traité fort léger, mais fort ennuyeux : les Moyens de plaire*, qui fit dire à ceux qui essayaient de le lire que l'auteur n'avait pas les moyens. Montcrif, cependant, plaisait beaucoup, aux hommes avec son épée, aux femmes avec ses chansons. C'était d'ailleurs un de ces beaux coureurs d'aventures qui ont l'esprit de ne jamais s'arrêter en chemin. Aussi Montcrif prétendaitil que bien peu de femmes, à l'Opéra ou à la cour, avaient refusé de chanter avec lui. Sa jeunesse date de la Régence; il était de tous les soupers, de toutes les fêtes, de toutes les folies, de tous les mardis gras; car on sait que les roués inscrivaient sur leurs tablettes le fameux vers du vieux Théophile :

Tous mes jours sont des mardis gras.

Montcrif, qui a été plus tard de l'Académie, fut un des fondateurs de cette académie moins célèbre, mais moins grammaticale, connue pendant vingt-cinq ans sous le nom de la Société de ces Messieurs. Les autres membres étaient Duclos, le comte d'Argenson, Pont de Veyle, Helvétius, Crébillon le gai, le comte de Caylus, Collé, quelques autres moins célèbres. Dans la société de ces messieurs, il y avait beaucoup de dames prises çà et là, au hasard, dans les théâtres ou dans les harems. Quiconque était belle devenait académicienne pendant quelques soirées. On soupait et on jouait des parades. D'abord les parades furent improvisées ; mais bientôt on se donna la

* L'auteur écrit cent cinquante pages pour arriver à cette conclusion : « Pour être heureux, il faut être aimé; pour être aimé, il faut plaire. » Mais comment? L'auteur ne le dit pas. Ne savait-il donc pas que le seul moven de plaire, c'est de ne vouloir pas plaire?

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peine de les écrire ; plus tard on alla même jusqu'à les imprimer.

Ainsi Montcrif passait sa jeunesse sans souci du lendemain. Or, le lendemain, quand il eut mangé son fonds avec son revenu, savez-vous ce qui lui arriva?

Un brevet, signé Louis XV, qui le nommait lecteur de la reine, avec un appartement aux Tuileries ou à Versailles.

J'ai souvent remarqué que ceux-là qui dépensent gaiement leur jeunesse et leur capital, ceux-là qui mangent, comme on dit vulgairement, leur blé en herbe, trouvent toujours une planche de salut à l'heure du naufrage. Ce sont les privilégiés de la vie. Ils commencent bien et ils finissent bien ; chaque page qu'ils ouvrent est écrite en encre d'er. Le grand art n'est pas de se ruiner, mais de se bien ruiner. C'est d'aller à la misère comme les victimes parées de fleurs et de sourires allaient au sacrifice. Quiconque choisit son monde pour se ruiner et ne s'acoquine dans ses jours de folie qu'à des gens de bonne compagnie, a beaucoup de chances pour voir courir encore sur son chemin la roue dorée de l'aveugle déesse. Toutefois il ne faut pas abuser de cette manière de faire fortune.

Quelques-uns de ces messieurs devinrent ministres ou ambassadeurs. Ceux-là n'oublièrent pas ceux qui étaient restés des hommes d'esprit. Montcrif, une fois lecteur de la reine, devint homme de cour sans cesser d'être homme d'esprit, homme d'épée, et surtout homme à bonnes fortunes. Il n'est pas jusqu'à l'Académie dont il ne voulût triompher. C'est pour cette conquêfe qu'il fit l'Histoire des Chats, qui lui valut, en attendant, le surnom d'historiogriffe. Ce fut le comte d'Argenson qui, le premier, l'appela ainsi. Montcrif était allé le trouver au départ de Voltaire pour la Prusse. « Mon cher ministre, puisque Voltaire

est parti, faites-moi donner sa place d'historiographe du roi. » Le comte d'Argenson, qui avait lu l'Histoire des chats, répondit gaiement à son ancien compagnon d'aventures : « Historiographe? vous voulez dire historiogriffe. »

Montcrif voulut bien rire avec d'Argenson, mais il n'entendait pas raillerie avec les autres. Le poëte Roy, qui disputait à Montcrif le privilège de faire de mauvais opéras, se permit, en pleine assemblée, au Palais-Royal, de faire rimer historiogriffe et Montgriffe. Montcrif se contint ; mais il attendit Roy à la sortie du Palais-Royal, et lui proposa, à bout portant, non pas une épigramme, mais un coup d'épée ou des coups de bâton. « J'aime mieux la pluralité, » dit Roy. Et Montcrif, sans plus de réflexion, commença à exécuter le patient. Roy, qui était accoutumé à ces traitements, et qui n'avait guère moins de souplesse que de malignité, retourna la tête et dit à Montcrif : ce Patte de velours, Minon, patte de velours! »

C'était le génie de l'esprit et de la résignation. Que les coups de bâtons retombent sur Montcrif !

Il en coûte cher d'être riche, dans cette république Spartiate qui s'appelle la république des lettres. Montcrif éveilla par ses bonnes fortunes, et surtout par ses pensions, la jalousie de la critique mal famée et affamée. On lui laissa l'argent qu'il avait et qu'il donnait sans compter, car il était généreux ; friais on lui nia l'esprit et le talent, on lui nia même le charme. Quand il publia son Essai sur les moyens de plaire, on écrivit qu'il ressemblait à ceux qui meurent de faim avec le secret de faire de l'or. L'Histoire des chats, qui n'a que cent pages (c'est cinquante de

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trop), inspira dix volumes de critiques. Le marivaudage avait fait son temps ; nul ne se trouva pour défendre l'esprit de Montcrif.

Il se consola des critiques avec les éloges d'un brahme, qui lui écrivit que son roman des Ames rivales était le plus heureux développement du système de la métempsycose. 0 singularité des destins littéraires ! Un ami de Montcrif emporte aux Indes un roman écrit un jour de distraction. Un brahme se passionne à la lecture de ce roman : « C'est le génie de la transmigration des âmes qui a parlé. » Le roman est traduit et commenté. Il est compris dans les textes de la religion de Brahma. On envoie un présent à Montcrif, tout en inscrivant son nom dans les temples indiens.

Un des livres sacrés de la religion des Indiens contient les fabuleuses aventures des Ames libres. Voici une de ces aventures, traduite du texte même :

Un prince pria une déesse, dont le temple était à l'écart, de lui enseigner le Mandiran, c'est-à-dire une prière qui a la force de détacher l'âme du corps, et de l'y faire revenir quand elle le souhaite. Il obtint la grâce qu'il demandait. Mais, par malheur, le domestique qui l'accompagnait, et qui demeura à la porte du temple, entendit le Mandiran, l'apprit par cœur, et prit la résolution de s'en servir dans quelque favorable conjoncture.

Gomme ce prince se fiait entièrement à son domestique, il lui fit part de la faveur qu'il venait d'obtenir; mais il se donna bien de garde de lui révéler le Mandiran. Il arrivait souvent que le prince se cachait dans un lieu écarté, d'où il donnait l'essor à son âme; mais, auparavant, il recommandait à son domestique de garder soigneusement son corps jusqu'à ce qu'il fût de retour. Il récitait donc tout bas sa prière, et son âme se dégageait à l'instant de son corps, voltigeait çà et là, et revenait ensuite. Un jour que le domestique était en sentinelle auprès du corps de son maître, il s'avisa de réciter la même prière, et aussitôt son âme, étant dégagée de son corps, prit le parti d'entrer dans celui du

prince. La première chose que fit ce faux prince fut de trancher la tête à son premier corps, afin qu'il ne prît point fantaisie à son maître de l'animer. Ainsi l'âme du véritable prince fut réduite à animer le corps d'un perroquet, avec lequel elle retourna dans son palais.

Montcrif est parti de là pour écrire les Ames rivales. C'est un conte amoureux où. deux âmes voyagent beaucoup. Elles vont d'un corps à un autre, sans trop s'inquiéter de la maison natale, où toutefois elles reviennent pour ne plus former qu'une seule âme en deux corps.

Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que Montcrif n'avait songé qu'à écrire un ballet pour l'Opéra. Dans sa lettre à Mme ***, il lui dit : « Vous trouverez un ballet dont le sujet ne tient à aucun de ceux qu'on a traités sur nos théâtres. Je l'ai pris dans des fragments de la philosophie de ces célèbres brahmes qui vivent actuellement sous l'empire du Mogol. Ils s'imaginent, et croient avoir fait cette découverte , que les âmes reviennent plusieurs fois jouer un personnage sur la terre.

« Je mets en scène deux amants aimables ; le spectateur les voit d'acte en acte revivre dans une condition , dans une patrie nouvelle , et avec une figure différente ; leur âme est tout ce qui leur reste de l'état précédent : mais que ne fait-elle pas pour les réunir ? Elle les attire l'un vers l'autre ; rien ne peut altérer ce penchant ; et il résulte enfin de chaque intrigue, que ce qu'on appelle amour n'est qu'une reconnaissance de deux âmes destinées à s'aimer, et qui avaient été séparées. Ce ballet n'a pas été mis en musique ; la singularité du genre m'a alarmé , j'ai craint qu'il ne fît pas autant de fortune que les Ames rivales. Le sort que cette fabuleuse histoire a eu dans l'Inde est trop singulier pour que je ne me permette pas d'en parler ici. Je l'avais donnée manuscrite à un Français qui retournait au Mogol ; il en fit part à un brahme qu'il

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prit pour interprète. Ce savant philosophe fut saisi d'étonnement et d'admiration en voyant la profondeur de mes rêveries; il découvrit de nouvelles branches du merveilleux système des âmes douées de la liberté de quitter et de reprendre leur personne , après s'être promenées dans l'univers. Admirez, je vous prie, madame, ce contraste : tandis que , dans l'opinion de tout homme sensé, je n'étais que l'auteur d'une jolie chimère , je passai dans le Port-Royal du Gange pour un génie transcendant. Je reçus un présent du brahme*, avec mille assurances d'estime et de vénération. »

Montcrif fut le courtisan le plus achevé du xvme siècle. Il avait l'art d'être de toutes les opinions : dévot avec la reine , licencieux avec le roi , philosophe à l'Opéra , dormeur à l'Académie. Il était toujours de l'avis de tout le monde , quoiqu'il eût commencé , avec sa renommée de prévôt de salle d'armes , à mettre tout le monde de son avis.

Montcrif eut plus d'un succès à l'Opéra. Je n'ai pas eu le courage de lire jusqu'au bout l'Europe galante et Zélindor. Il avait débuté, au Théâtre-Français, par V Oracle de Delphes, une comédie en vers libres et en libres pensées, qui fut défendue à la quatrième représentation. Montcrif, qui n'avait pas plus le sentiment de la poésie païenne que de la poésie chrétienne , avait eu le tort de railler les dieux d'Homère , qui sont toujours des dieux pour les grands esprits. Mais là n'était pas la raison de la suppression de la comédie : on y avait vu des attaques symboliques contre les dieux de la Bible et de l'Évangile.-

Il vécut ainsi jusqu'à près de quatre-vingt-quatre ans, et, jusqu'à ses derniers jours, il fut assidu au foyer de la

* Un petit in-folio manuscrit, représentant les principaux dieux de l'Inde , avec des notes mystiques. Ce manuscrit est à la Bibliothèque impériale.

Comédie-Française et dans les coulisses de l'Opéra. Selon Grimm, qui l'a beaucoup connu, «il a poussé la passion pour la table et pour la créature , ou plutôt pour les créatures, au delà de quatre-vingts ans. Il n'y a pas bien longtemps qu'il traversait encore , après l'Opéra , l'aréopage des demoiselles de ce théâtre , en disant : « Si quelce qu'une de ces demoiselles était tentée de souper avec « moi , il y aurait quatre-vingt-cinq marches à monter, « un petit souper et dix louis après le dessert. » Et, jusqu'à la fin , il se trouva toujours une de ces demoiselles pour le suivre aux Tuileries , dans un petit appartement connu longtemps sous le nom du Paradis de Montcrif.

Le roi Louis XV, qui se consolait de vieillir en voyant Montcrif porter si gaiement ses quatre-vingt-trois ans, et qui le croyait presque centenaire*, lui dit un jour qu'on lui donnait plus de quatre-vingt-dix ans. « Je ne les prends pas , sire , » répondit Montcrif.

Cependant la mort comptait. Un soir il avait dit à son valet de chambre qu'il reviendrait souper avec une de ces demoiselles. Cette fois, ce fut la mort elle-même qui vint s'asseoir à la table de Montcrif : « C'est fini , dit-il , je ne chanterai plus. » Il se traîna jusqu'à son lit et se coucha dans le tombeau**.

* On le disait beaucoup plus vieux qu'il n'était, parce que le comte de Maurepas, ancien ministre d'Etat, aimait à dire que Montcrif avait été prévôt de salle lorsque son père y faisait des armes. Ce qui donnait à Montcrif près de cent ans. Aussi sa vieillesse était devenue un sujet de plaisanterie à la cour. — CÏrimm.

** On ne le laissa pas partir pour l'autre monde sans les honneurs de l'épitaphe; voici celle qui est venue jusqu'à nous :

Avec des mœurs dignes de l'âge d'or, 11 fut un ami sûr , un poëte agréable ;

11 mourut vieux, aussi vieux que Nestor, Mais il fut moins bavard et beaucoup plus aimable.

MONTCRIF. 59

En 1791 , quand on ne croyait plus à tous ces légers poètes, roses de mai duxvin6 siècle que le pressentiment seul des orages révolutionnaires avait effeuillées, on réimprima les œuvres de Montcrif en deux volumes in-8°; ces deux volumes renferment : Essais sur les moyens de plaire, écrits dans la manière de Marivaux, mais avec moins d'esprit ; des contes de fées qu'il faut lire , quand on sait lire ; des discours d'académie ; des poésies chrétiennes inspirées par la reine Marie Leczinska, qui, Montcrif l'a trop prouvé, n'était point une muse; une méchante comédie, les Abdêrites; des ballets et des opéras, la Fête du Soleil , l'Empire de l'Amour, Isis et Osiris ; des cantates, Vénus retrouvée , la Muse de l'Opéra , Reproches à Corinne , Amasis , la reine de Circassie , Alcide et Omphale , le Roi des Sylphes ; des poésies : romances et chansons , épîtres à tout le monde , petits vers aux dames de la cour, rimes familières à la première venue. Enfin, pour couronner l'œuvre, cette fameuse Histoire des chats, que personne ne lira jamais d'un bout à l'autre, mais qui portera le nom de Montcrif à toutes les postérités.

Il était de la pire espèce des poètes : les poètes de société, les poètes du monde , les poètes de cour. La vraie muse est sauvage ; elle aime l'air vif de la montagne ou l'ombre inspiratrice de la forêt. Elle a des caprices de reine , mais elle ne veut pas loger avec le roi ; elle aime mieux , dans sa souveraineté idéale , habiter la demeure azurée du poète , quel que soit l'escalier.

Montcrif, s'il eût été un vrai poète, ne se fût pas enfermé dans l'oratoire de Marie Leczinska. Il y avait deux reines à la cour de Versailles , la femme du roi et la mai-

tresse du roi. L'abbé de Bernis , tout abbé qu'il fût, était le poète de la maîtresse du roi. Montcrif , tout galant qu'il fût, était le poète de la femme du roi. Contraste des contrastes , tout n'est que contraste ! Montcrif prit un masque et chanta des cantiques spirituels; il croyait pouvoir réconcilier la dévotion avec l'esprit ; mais c'est la réconciliation normande , parce que , selon un mot de Montcrif lui-même, l'esprit était plus que jamais brouillé avec la dévotion. D'Alembert, qui n'entendait rien ni de part ni d'autre , d'Alembert , qui n'avait aucun sentiment de l'inspiration chrétienne , disait que les poésies spirituelles de Montcrif étaient vraiment spirituelles dans tous les sens possibles de ce mot. Montcrif avait composé de la musique pour ses romances , il en composa pour ses cantiques ; et , pendant qu'à Trianon Mme de Pompadour chantait les romances, dans la chapelle de Versailles , Marie Leczinska chantait les cantiques.

Il ne doit pas être enseveli tout à fait dans le linceul de ses œuvres. Pour les curieux littéraires, on pourrait réimprimer les Ames rivales , les romances , les contes , quelques pages sur l'esprit critique, des maximes recueillies çà et là dans le banquet un peu froid de son esprit , enfin Y Histoire des chats. Pourquoi ne pas dire à Montcrif : « Ami oublié, lève-toi, chante et conte ? »

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