‹ Galerie du XVIIIe siècleChapitre 14 sur 18 · ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE FRANÇAISE

Yoilà un fauteuil vacant. L'abbé Terrasson est mort. Quand on a voulu le confesser, il a dit d'une voix faible et tombante au prêtre qui se présentait pour ce pieux office : « Monsieur, je suis exténué, et je ne saurais parler; j'ai d'ailleurs perdu absolument la mémoire, mais voici Fanchette, ma gouvernante qui vit avec moi depuis vingt ans ; qu'elle se confesse pour moi , je vous en prie , et vous jugerez après si vous pouvez me donner l'absolution. » Ce fait est très-constant , quoiqu'il soit fort singulier.

Piron se présente ; c'est le tour d'un poëte : on nommera un financier.

La dernière fois on a nommé un grand seigneur, le maréchal de Belle-Isle. Il a eu la fameuse boule noire, qui est une marque d'infamie. C'est quelque coquin de ces messieurs qui l'aura donnée pour faire soupçonner Duclos de l'avoir mise. En effet , comme il était le seul qui eût opiné contre le maréchal au sujet des visites , on ne pouvait vraisemblablement en accuser que lui; mais, par une prudence presque incompatible avec sa vivacité, Duclos avait eu la précaution de garder sa boule noire dans sa poche ; quand il vit celle qu'on avait mise dans l'urne, il jeta la sienne et dit : « Messieurs, j'ai oublié de remettre ma boule noire, la voici. » Ce trait confondit celui qui avait fait la noirceur : on en soupçonne l'abbé d'Olivet, qui a déjà par-devers lui plusieurs actions de gredin.

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