CRITIQUE DRAMATIQUE
(Sémiràmis, tragédie de M. de Voltaire. — Catilina, tragédie de M. de Grébillon. )
Blasphèmes nouveaux ,
Vieux dictums dévots, Happelourdes , pavots ,
Et brides à veaux;
Que n'a-t-on pas mis
Dans Sémiràmis ?
Que dites-vous , amis ,
De ce beau salmis ?
Je sais bien qu'il ne convient guère à un polisson comme moi de critiquer M. de Voltaire , mais enfin je suis le ver luisant du Parnasse; ma lumière est visible à défaut d'autre. Je dirai donc que M. de Voltaire n'a pas la mâle fierté de la tragédie , et qu'il n'attend pas pour écrire l'heure de l'inspiration.
J'aime mieux Grébillon. Il a dans Catilina un beau succès de cour.
Mme de Pompadour avait pris les ciseaux de la censure pour couper ces vers de Probus à Fulvie :
C'est ainsi que toujours, en proie à leur délire, Vos pareilles ont pu soutenir leur empire ; Car vous n'aimez jamais. Votre cœur insolent Tend bien moins à l'amour qu'à subjuguer l'amant. Qu'on vous laisse régner, tout vous paraîtra juste; Et vous mépriseriez l'amant le plus auguste, S'il ne sacrifiait au pouvoir de vos yeux La justice, les lois , sa patrie et ses dieux!
Malheureusement, pour une tragédie ou pour une comédie, quiconque s'arme des ciseaux de la censure s'arme des ciseaux de la Parque ou des ciseaux du chanoine Fulbert.
Voltaire prend maintenant un parti singulier pour attirer du monde à ses pièces : il paye la comédie au public; il donne les deux tiers du parterre et des loges à ses nièces ,
ou à quelques autres femmes de sa connaissance ; enfin les comédiens ont assuré que la réussite de Sémirarnis lui avait coûté huit cents livres de son argent, au delà du produit des quinze représentations qu'elle a eues.