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IV. - ECRIVAINS

La Bretagne a de grands écrivains, mais ils ne sont pas du Finistère. Ce département peut citer toutefois quelques noms d'auteurs connus ou d'estimables érudits.

Guillaume le Breton (?-1228).

Historien et poète, Guillaume le Breton ou l'Armoricain (Brito, Armoricus) devint chapelain de Philippe- Auguste et suivit ce prince dans ses expéditions militaires.

Il était à la bataille de Bouvines et il nous apprend qu'il y chanta des psaumes et des cantiques pour animer les combattants. Nous avons de lui la Philippide, poème héroïque en neuf mille vers latins à la gloire de son prince et dont la facture a parfois du nombre et de l'harmonie.

Voici le jugement qu'a porté sur lui M. Guizot : « Il « fut supérieur à son époque et vraiment poète. Sa chro- « nique, sous le point de vue moral et littéraire, est

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« d'une grande valeur... Deux faits importants en ressor- « lent : la puissance du lien féodal complètement dé- « montrée et la naissance d'un sentiment national dé- « voilée par plusieurs passages. . . »

Fréron (1719-1776).

Le nom de Fréron n'est pas des plus recommandaliles. Il ne mérite pas, sans doute, toutes les railleries et toutes les injures que Voltaire lui a prodiguées dans l'Écossaise et ailleurs; mais avec de l'esprit et du savoir, c'est à peine s'il a réussi à ne pas être un malhonnête homme.

Né à Quimper en 1719, il professa quelque temps chez les Jésuites, mais dut quitter l'ordre pour s'être montré au spectacle.

Il se fit journaliste pour vivre et déhuta, k 29 ans, dans la carrière littéraire sous les auspices peu honorables de l'abbé Desfontaines. •

Il est à remarquer que Fréron, qui défendait les principes de la monarchie, vit plusieurs fois son journal, {'Année littéraire, arrêté par le gouvernement luimême. Les philosophes, qui avaient eu l'esprit de faire adopter leurs idées aux grands seigneurs, finirent même par obtenir du garde des sceaux la suppression de l'Année littéraire. Fréron avait une attaque de goutte au moment où on lui annonça cette nouvelle : Sa goutte remonta et il mourut le 10 mars 177G.

Afin qu'aucune tache ne manquât à son nom, Fréron le critique eut pour fils Fréron le proconsul, qui remplit dans le Midi le même office sanguinaire que Carrier à Nantes, et qui nous a laissé des Mémoires écrits dans un français douteux que la postérité n'a pas tort de dédaigner.

FINISTERE

Royon (1743 7 1792).

Thomas-Marie Royon, né à Quimper, embrassa l'état ecclésiastique et occupa pendant plus de vingt ans la chaire de philosophie du collège Louïs-le-Grand, où il compta au nombre de ses élèves Robespierre et Camille Desmoulins. Son caractère bouillant et sévère le porta

naturellement vers la critique, et lui fit bientôt un nom redouté.

Après la mort de son beau-frère Fréron, il continua avec Geoffroy V Année littéraire où il inséra des articles que faisait rechercher l'élégance du style unie à une dialectique nerveuse. De 1778 à 1783, il prit part, en outre, à la rédaction du, Journal de Monsieur, écrit dans le même esprit.

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Plus tard, vers 1790, il publia un journal quotidien, YAn/i du Roi, avec celte devise : Pro Deo, pro reqe, pro patria. Celte publication lui altira beaucoup d'ennemis par les sarcasmes qu'il y lançait contre les chefs du parti populaire et la prétention un peu téméraire de son programme « d'endiguer le torrent révolutionnaire ».

Ces ressentiments firent explosion lors de la fuite du roi à Varennes. Dès.le lendemain, le 22 juin 1791, la foule envahit l'imprimerie de Y Ami du Roi et brisa les presses du journal qui fut interrompu pendant quelques jours.

Après le retour du roi, Royon reparut sur la brèche, et continua de livrer à l'Assemblée législative des attaques qui parurent assez redoutables pour qu'elle se décidât à lancer contre lui un mandat d'arrêt, le 4 mai 1792. Obligé de se cacher, il demanda asile à. un ami, chez lequel il mourut six semaines après.

L*Af"fichard (1698-1753). . .

Poète et comédien, Thomas L'Afflchard, né à Pont- Floch, dans le diocèse de Saint-Pol-de-Léon est un de ces nombreux écrivains dramatiques dont les œuvres frivoles et spirituelles ont amusé le xvm siècle. Il cueillit quelques lauriers dans cette carrière, mais ses négligences lui valurent l'épigramme suivante qui est restée célèbre :

Quand l'afficheur afficha L'Afflchard, L'afficheur afficha le poète sans arl.

Ce trait qui a survécu à ses œuvres fut lancé contre lui à propos de la Nymphe des Tuileries, comédie en un acte.'

KLMSTEHE

Arrivé à Paris vers 1725, il fui d'abord souffleur, puis 'receveur à la Comédie-Italienne. Il travailla pour le Théâtre-Français, pour le Théâtre-Italien, pour l'Opéra- Comique et même pour les Marionnettes. Il composa aussi quelques romans couleur de rose, aujourd'hui bien démodés.

Le Laé (1745-1701).

Nous trouvons en Le Laé un Bas-Breton qui a appliqué dans sa langue la sage maxime rabelaisienne :

Mieux vault de ris que de larmes escrire.

Claude-Marie Le Laé était le fils d'une riche famille de cultivateurs de Gorreker-Koum, canton deLannilis. Il fit ses humanités au collège de Saint-Pol-de-Léon, et après de bonnes études se distingua surtout par un goût prononcé pour la versification bretonne. Ce goût, auquel les petits travers de ses maîtres et les ridicules de ses camarades offrirent un premier aliment, se changea bientôt en une vocation authentique.

Il étudia le droit à Rennes et fut reçu avocat en 1705. De retour en Basse-Bretagne, il exerça cette profession jusqu'en 1789. L'ardeur avec laquelle il embrassa les idées nouvelles lui valut d'être nommé juge au tribunal deLanderneau. Sous la robe de l'avocat ou du juge, il ne cessa pas de versifier. On a de lui de nombreuses pièces.

Emile Souvestrc (1806-1854).

Un romancier doublé d'un moraliste scrupuleux : il jouit dans le Finistère d'une légitime popularité par la fidélité avec laquelle il en a décrit les anciennes mœurs et coutumes. Fils d'un ingénieur des ponts et chaussées de Morlaix, il se prépara d'abord à l'École Poly-

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technique et étudia les mathématiques plus par obéissance que par goût. Mais à la mort de son père il reprit sa liberté et devint étudiant en droit à Rennes.

Étant venu à Paris vers 1830, il sentit s'éveiller chez lui la vocation littéraire et se tourna vers le théâtre. C'était la naissance du romantisme, et aussi la grande vogue de la Grèce. Souvestre composa un drame en vers : Le siège de Missolonghî, long cri d'espoir et d'héroïsme que son compatriote Alexandre Duval fit recevoir à la Comédie-Française. Le jeune Breton avait compté sans la censure qui exigea des changements auxquels il préféra sacrifier la représentation de sa pièce.

Devenu, par la mort d'un frère aîné, soutien de famille, il retourna en Bretagne et prit la direction d'un journal de Brest : Le Finistère. Peu de temps après, des scrupules politiques lui firent abandonner la rédaction de cette feuille et il revint à Paris (1835) où ses premiers romans bretons ayant eu une certaine vogue le décidèrent à s'adonner tout à fait aux lettres. Il cultiva aussi le théâtre et, sans atteindre le premier rang, put s'y faire une place considérée.

En 1848, il fut nommé professeur de style à l'École d'Administration qu'avait fondée la République: il fit aussi des conférences du soir qui eurent un certain succès.

L'Académie française, qui avait couronné en 1851 son livre intitulé : Un philosophe sous les toits, décerna à sa veuve, le 24 août 1854, le prix Lambert, fondé pour honorer la mémoire de l'écrivain le plus utile.

Léocadie Penqner (1827-1878).

M mG Léocadie Penquer, née Hersent, et femme d'un médecin, ancien maire de Brest, est originaire du

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château de Kérouarlz, près de Pont-Labbé. Enfant et jeune fille, elle vécut dans un manoir solitaire de Cornouaille, aux bords de l'Océan ou sous les grands bois de la vieille Armorique. Se*s premières impressions, autant que ses études substantielles, dirigées par la sollicitude paternelle, rendent raison de la nature de son talent poétique, fait de sentiment, d'imagination, de foi spiritualiste et d'harmonie.

Son ouvrage capital est Velléoa, poème paru en 1868, où, retraçant la légende de la prêtresse gauloise, elle a déployé les ressources d'un beau talent descriptif dans une suite de tableaux captivants et variés.

Celle que l'enthousiasme de ses compatriotes a baptisée du nom de muse bretonne tient une place honorable à côté de Brizeux, ce barde contemporain, le doux chantre mystiqrfe et rêveur de la Bretagne.

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