‹ Galerie française. Volume 10Chapitre 6 sur 11 · AGRONOMES · texte numérisé non relu

AGRONOMES

Du Couëdic <le Kergoaler (1812-1878).

L'école spéciale d'agriculture d'irrigation du Lézardeau, près de Qùimperlé, est due à un parent du précédent, M. Louis-Marie-Gorenlin du Couëdic de Kergoaler, qui, en homme de cœur et d'intelligence, osa donner un grand exemple en réalisant avec persévérance et contrairement aux idées du pays, d'utiles innovations.

Lorsqu'il s'établit, en 1845, à 'son château du Lézardeau, situé à un kilomètre de Qùimperlé, sa propriété de deux cents hectares environ rapportait à peine i.OOO francs par an; autrement dit il y en avait plus sous landes qu'en culture.

Dix ans plus tard; deux cents personnes trouvaient dans la culture de celte propriété une aisance relative, c'est-à-dire une nourriture et des vêtements convenables, dans des logements sains et bien aérés. Gomment cette métamorphose s'accomplit-elle?

11 ■ y avait sur le Lézardeau quelques fontaines quelques ruisseaux sans importance, M. du Couëdic en fit des réservoirs où il accumula ces eaux bienfaisantes que, par une canalisation bien entendue, il sut, au moment opportun, faire remonter aux flancs de coteaux jadis livrés aux bruyères et aux ajoncs.

M. Louis du Coiiëdic, que ses concitoyens reeonnaissanlsu'une telle sollicitude envoyèrent souvent comme député dans nos. Assemblées, est mort en 1878, mais ses etïorts n'ont pas été inutiles. L'ne école pratique d'agriculture, dirigée par l'État, a été l'ondée au Lézardeau, suivant ses volontés testamentaires.'

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Le Primauguct (1178-1513).

Les chroniqueurs ont altéré sous cette forme le nom d'un des plus vaillants hommes de mer de la Bretagne : Hervé de Portzmoguer, qui naquit à Plou-ar-zel, dans le Bas-Léon, vers le milieu du \v e siècle et qui se signala au combat naval livré par les Anglais à la Hotte de la reine Anne de Bretagne, au sortir de Brest, le 10 août 1513.

Hervé, qui commandait l'un des plus beaux navires de la flotte franco-bretonne, Marie-la-Cordelière, attaqua avec furie le vaisseau anglais la Régente, commandé par Thomas Knévet. Les deux ennemis se jetèrent l'un sur l'autre à l'abordage, mais le feu ayant pris à bord du navire français, ils ne purent se séparer et tous deux, avec leurs équipages, périrent dans les flammes, en vue de la pointe Saint-Mathieu.

Depuis cette époque, plus d'un navire de notre flotte a porté le nom de Primauguet.

Le chevalier Du Couëdic (1739-1780).

Dans la superbe apostrophe au « Vaisseau de Paris », que Coppée a placée à la fin de Fais ce que dois, l'acteur Dumaine faisait éprouver aux spectateurs le frisson du sublime, lorsqu'il disait :

Si c'est bien l'heure sombre

D'amener pavillon ou de couler à pic, Souviens-toi de Jeau-Bart et de Du Couëdic.

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Le nom de Du Couëdic est resté, en effet, célèbre grâce au glorieux et sanglant combat qu'en qualité de commandant de la Surveillante, il livra à la frégate anglaise Québec, le 6 octobre 1779, pendant la guerre d'Amérique.

Les deux frégates, de force égale, se rencontrèrent au large de l'île d'Ouessant, vers dix heures du matin, ef se combattirent toute la journée. Vers quatre heures de l'après-midi, au moment où les grappins de la Surveillante étaient lancés sur les haubans ennemis et lorsque Du Couëdic, quoique blessé de trois balles, allait donner le signal de l'abordage, un violent incendie se déclara à bord du Québec.

Bientôt la frégate anglaise sauta, non sans endommager la Survrillante, qui recueillit, à titre de naufrages, une cinquantaine d'hommes de l'équipage ennemi.

Les survivants de la Surveillante recueillirent la récompense de leur bravoure, mais Du Couëdic ne survécut, guère à sa gloire. Ses blessures ne guérirent pas et il mourut trois mois après. Né à Quimperlé en 17: J »0, il était entré au service en 1756.

Il fut inhumé dans l'église Saint-Louis de Brest. Son tombeau, mutilé sous la Révolution, a été pieusement. restauré par les soins d'une administration intelligente.

Les Kersaint (1707-1750).

Guy-François de Coëtnempren, comte de Kersaint, appartenait à une famille de chevaliers, dont un membre, Raoul, avait figuré à la croisade de 1218, et qui a sou nom inscrit au musée de Versailles.

Né au- manoir de Kersaint, près de Morlaix, il entra dans la flotte dès l'âge de quinze ans, comme garde de

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la marine, prit part aux expéditions de Saint-Domingue, de la Louisiane, au bombardement des ports Barbaresques et fut nommé lieutenant de vaisseau en 1741. Créé chevalier de Saint-Louis, en 1742, il chassa avec la Vénus, à, la hauteur de l'île de Batz, des corsaires de Guernesey, qui infestaient les côtes de Bretagne.

En 1747, après une série de glorieux exploits, Kersaint fut nommé capitaine de vaisseau et, eh 1756, il fut appelé au commandement d'une escadre. Ulntrépide, qu'il montait, ayant avec lui son jeune fils, fut attaqué, le 21 octobre 1757, près des Caïques, par trois vaisseaux anglais; pendant plusieurs heures il se battit avec la plus grande valeur et quoique atteint de neuf blessures, il contraignit les Anglais à la retraite.

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Le 21 octobre 1730, à la désastreuse bataille navale de Quiberoh, que l'opinion publique flétrit du nom de « bataille de M. de Gonflans », Kersaint commandait le Thésée de 7-i canons. L'amiral Hawke, après avoir coupé la ligue française, se dirigeait sur notre vaisseau amiral, le Soleil-Royal. Kersaint, manœuvrant pour empêcher Hawke de joindre son chef, reçut sa bordée et lui riposta de la sienne. Mais les sabords de sa batterie basse étant restés ouverts, le Thésée, dans un virement de bord, fut englouti avec son commandant et les six cents hommes de son équipage, à l'exception de vingt-deux qui purent se sauver à la nage à la côte du Croisic.

Au bout de trente-huit ans de service, Kersaint laissait une veuve avec sept enfants, dont quatre garçons,' et une fortune très médiocre. Le roi accorda à sa veuve une pension de 2,000 livres.

L'aîné de ses fils, Amand-Guy-SimoirdeCoëtnempren (1742-1793), comte de Kersaint, n'avait que quinze ans quand il reçut le baptême du feu et du sang en combattant, comme garde de la marine, aux côtés de son père, sur le pont de Y Intrépide, le 21 octobre 1757.

Il était né à Paris, au cours d'un voyage de ses parents. En 1759, pendant que son père succombait dans le funeste combat du 21 novembre, il naviguait comme enseigne dans la mer des Antilles.

Pourvu plus tard du commandement de la Favorite, il soutint, en 1770, un combat à. la suite duquel il fut nommé chevalier de Saint-Louis. En 1778, chargé du commandement de la frégate de 32, Ylphigènie, et attaché à l'armée navale du comte d'Orvilliers, quiroisait dans la Manche, il avait reçu l'ordre dé chasser

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en avant de la flotte. Il joignit, le 10 juillet, à la hauteur d'Ouessant, la frégate anglaise la Lively et s'en empara.

L'année suivante, il fit partie d'une expédition chargée de reprendre aux Anglais les colonies de la Guyane hollandaise. Il contribua ainsi à la prise de Demerari, dont il fut gouverneur jusqu'en 1784.

De retour à Versailles, il fut nommé capitaine de vaisseau après trente ans de brillants services, qui lui donnèrent la réputation d'un des officiers les plus capables de son temps.

Renonçant à la carrière active du marin, lors de l'Assemblée des Notables, en 1787, il se jela dans la politique et publia, dès 1788, un opuscule d'une grande hardiesse : Le Bon Sens, qui mit son nom en vue.

Il fut souvent consulté par le Comité maritime de l'Assemblée constituante auquel il présenta, sous le nom d'Institutions navales, un projet de reconstitution de la marine.

Élu membre de l'Administration de Paris, puis député suppléant à ,1'Assemblée législative, il ne siégea qu'en 1792, et suivit la fortune des Girondins, dont il partagea le sort.

11 fut envoyé en mission à l'armée des Ardennes, fut élu à la Convention nationale par le département de Seine-et-Oise et, le 1 er janvier 1793, fit décréter la formation d'un Comité de défense générale, qui devint le Comité de Salut public.

Dans le procès du roi, il vola la détention jusqu'à la paix, puis l'appel au peuple et le sursis.

Quand il fut convaincu qu'un crime inutile serait commis, le 18 janvier au soir, au moment où allait commencer le dépouillement du scrutin sur l'applica-

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tion de la peine, il se sépara avec éclat de ses amis politiques et remit sa démission de député, accompagnée d'une lettre véhémente au président de la Convention.

Pressé, au lendemain de la chute des Girondins, le 31 mai, de chercher un asile hors de France, il s'y refusa. Oublié pendant quatre mois, il se croyait sauvé, lorsqu'il fut arrêté, le 2 octobre 1793, dans sa retraite de Ville-d'Avray et enfermé à l'Abbaye où sa fermeté ne se démentit pas. Traduit, le 4 décembre, devant le Tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort comme « convaincu d'avoir sciemmpflt^TJF^écham- « ment avili la représentation natio/wl&r..n»- '

Comte de Kersaint (1749-18

Guy-Pierre de Coëtnempren, comta-ji e iversan français, était le frère du conventWiel^Né^^rest, en 1747, il entra au service de la marin>m4-?6'ïT Après plusieurs campagnes aux Antilles et dans l'Inde, il lit la guerre d'Amérique, fut nommé chevalier de Saint- Louis et capitaine de vaisseau, le 1" mai 178G. L'année suivante, il commandait la frégale la Dryade et était chargé d'une mission politique et scientifique en Cochinchine.

Il émigra en 1790, servit dans l'armée des princes et rentra en France en 1803. Il fut réintégré dans la marine avec le grade de capitaine de vaisseau de 2" classe et nommé chevalier, puis officier de la Légion d'honneur en 180 i.

Lorsque Napoléon eut décidé la création du port d'Anvers, le ministre Decrès, ancien ami de Kersaint, le désigna à l'empereur comme un bon administrateur capable, en raison des explorations qu'il avait faites de

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certains fleuves de l'Inde, de diriger les travaux de l'Escaut, dont le lit, croyait-on, avait beaucoup d'analogie avec celui de l'un de ces fleuves.

Ces motifs firent nommer Kersaint chef des mouvements militaires du port d'Anvers, en 1806. Promu capitaine de vaisseau de l re classe et commandeur de la Légion d'honneur, le 1 er janvier 1812, il fut nommé préfet maritime d'Anvers, le 9 mars suivant.

Lors de la première Restauration, il reçut le grade de contre-amiral et devint, en 1815, préfet de la Meurthe. il prit sa retraite l'année suivante et mourut à Suresnes, le 24 août 1822.

Kerguelen (1734-1797).

Kerguelen est connu comme le parrain de l'Ile de Kerguélen dans les mers australes.

11 appartient à cette pléiade de navigateurs français ' qui pendant les quelques années de trêve que leur laissèrent les guerres maritimes du xviu c siècle , s'employèrent utilement à compléter la carte du globe.

Né à Quimper, le comte Joseph de Kerguelen-Trémarec était entré de très bonne heure dans la marine. Ayant fixé l'attention du Ministère par une suite de brillants services, il fut fait lieutenant de vaisseau le- 1 er mai 1763. A cette époque il s'occupait de la construction d'un nouveau genre de bâtiments qui, tirant très peu d'eau, quoique armés de 4 canons de 24, pouvaient marcher à la rame aussi bien qu'à la voile, et étaient propres aux diverses missions à remplir sur des côtes ou dans des rivières. Napoléon lit reconstituer ce type de navire, quand il créa la flottille de Boulogne.

En 1767, le gouvernement, voulant encourager et

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proléger la pêche de la morue le long des côtes de l'Islande, fit armer une frégate pour croiser dans les parages que fréquentaient les armateurs français : Kerguelen en obtint le commandement.

L'année suivante on lui confia semblable mission. Dans l'intervalle, on l'avait envoyé en Angleterre faire une enquête sur les constructions navales.

Depuis longtemps Kerguelen avait formé le projet d'explorer la partie australe du globe, espérant découvrir quelques terres dans l'immense espace de mers qui environnent le pôle Sud, entre le cap Horn, la Nouvelle-Zélande et le cap de Bonne-Espérance. Il se rendit donc à Versailles pour soumettre au Ministre de la marine le plan d'une campagne de découvertes dans les mers antarctiques; mais ce projet ne put être accueilli par suite des craintes d'une rupture avec l'Angleterre.

L'année suivante', l'horizon politique s'étant éclairci, Kerguelen présenta de nouveau à l'abbé Terray ses plans d'exploration qui, cette fois, furent approuvés.

Il prit, en conséquence, le commandement d'un vaisseau et partit de Lorient le l or mai 1771. y arriva à l'Ilede-France, le 20 août suivant. Après quelques mois donnés, soit à' ses préparatifs, soit à une autre mission moins importante, il prit sa route vers le Sud et au bout de vingt jours de navigation, découvrit par 50" 5' des îles devant lesquelles il resta une semaine et qu'il baptisa de son propre, nom. Il est à remarquer que le capitaine Cook a respecté cette dénomination.

Kerguelen était de retour à Brest, le- 20 juillet 1772. Présenté au roi, il reçut de lui, à Versailles, l'accueil le plus flatteur : Louis XV le décora de sa main chevalier de Saint-Louis et le fit capitaine de vaisseau.

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Au mois de mai 1773, on lui donna le commandement d'une seconde expédition destinée à vérifier sa découverte : dans ce voyage il eut connaissance de plusieurs îles auxquelles il donna les noms de Croy, de la Réunion et de Roland; il en fit le relèvement, et il explora une étendue de côtes d'environ 80 lieues. Le 7 septembre 1774, il mouillait dans la rade de Brest.

Peu de temps après, un de ses anciens officiers , nommé Pages, publia un libelle contre lui, l'accusant d'avoir abandonné une embarcation, pendant un sondage, avec tous les hommes qui la montaient. Ceux-ci n'auraient dû leur salut qu'à un hasard qui ramena sur les lieux où ils croisaient la corvette qui naviguait de conserve avec Kerguelen.

Il fut traduit devant un Conseil de guerre qui le déclara déchu de son grade et le condamna à la détention dans une prison de l'État, sans toutefois le priver de l'honneur de porter sa croix de Saint-Louis.

Pendant sa captivité au château de Saumur, Kerguelen s'occupa de divers écrits relatifs à la marine et qui sont insérés à la suite de la relation de ses deux voyages dans les mers australes.

Au bout de trois ans, il fut gracié; il prit bientôt le commandement d'un corsaire, et pendant la guerre d'Amérique, réussit, avec ses deux fils, à s'emparer d'un convoi de sept bâtiments anglais richement chargés.

En 1792, il devint l'auxiliaire de Monge, au ministère de la marine,

Bientôt promu au grade de contre - amiral, il fut nommé au commandement d'une division navale destinée à opérer dans l'Inde, mais cette expédition ne put avoir lieu.

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Sa candidature au poste de ministre de la marine était fortement appuyée devant le Conseil des anciens, lorsqu'il mourut subitement, le 3 mars 1797.

Charles Cornic-Duchesne (1731-1809).

Ce héros presque inconnu fut le Jean-Bart du régne de Louis XV. Sa carrière militaire et civile lui mériterait le titre du La Tour d'Auvergne de la marine.

Né à Morlaix, d'une famille d'armateurs, originaire de l'île de Bréhat, ce nid de corsaires, Charles Cornic fut embarqué comme mousse dès l'âge de six ans. A dix-neuf ans, il commandait les corsaires de son père et faisait subir de grandes pertes au commerce anglais, dans la Manche.

Au début de la guerre de Sept ans, en 1758, le roi lui accorda le commandement de la frégate Félicité, en y joignant, non sans difficulté, le titre de lieutenant de frégate. Les ofOciers du grand corps, sortis de la noblesse et de l'École des gardes de pavillon, virent avec dépit cet intrus, cet officier bleu, devenir leur concurrent par un avancement dû non pas à la naissance, mais à de nombreuses actions d'éclat.

Cornic, escortant le Robuste qui se rendait à la Martinique, rencontra le corsaire anglais Y Aigle, de 28 canons ; il le prit, quoiqu'il fût supérieur en forces, après une demi-heure de combat. Le 24 juin 1759, il livra un combat de nuit, entre l'Ile d'Ouessant et l'île Molènes, à une escadre anglaise, composée du vaisseau YAlcide, la frégate Tamise et la corvette le Rumbler. Tous ses officiers furent tués ou blessés, mais la victoire resta au pavillon de France.

Ce fait d'armes valut à Cornic le grade de lieutenant

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de vaisseau. Il reçut l'ordre de pénétrer au Havre, alors bloqué par' l'escadre de l'amiral anglais Rodney : il y entra aux acclamations des habitants accourus sur les remparts.

En 1700, Cornic qui commandait le vaisseau le Prothée, prit, après une heure de combat, le vaisseau YAj'ax de 64 canons; il rendit ainsi la liberté au marquis de Bussy, le compagnon d'armes du grand Dupleix dans la guerre des Indes, à douze officiers du grand corps et à vingt marins que ce vaisseau emmenait comme prisonniers de guerre. Dans la cabine du capitaine anglais, il trouva une cassette contenant pour cinq millions de diamants. Cornic en fit cadeau .au roi et aux armateurs du Prothée qui avait été mis à la mer par une compagnie de négociants.

Jaloux et humiliés par tous ces succès, sept officiers du grand corps provoquèrent le jeune marin, lors de son arrivée à Brest. Il se battit successivement avec chacun d'eux et les blessa tous, sans recevoir une seule égratignure.

Cornic fut ensuite envoyé en mission à Lorie'nt, puis à Bordeaux pour surveiller la construction de quatre vaisseaux de guerre. En 1761, Belle-Isle étant assiégée par l'amiral Keppel, il proposa au duc d'Aiguillon un projet de destruction de la flotte anglaise, au moyen de vingt-quatre brûlots qu'il eût commandés lui-même. Ce moyen fut repoussé comme trop terrible.

Il fut employé par le gouvernement, les années suivantes, à divers projets; en l'7,66 et 1767, il leva le plan des côtes bretonnes depuis Roscoff jusqu'à l'île d& Bréhat. 11 fit ensuite, à ses frais, sur les récifs de la baie de Morlaix, deux tours, quatre tourelles et plusieurs balises en fer. 11 dressa une carte marine

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complète de cette baie qu'il envoya au ministère, avec prière de la faire graver et de la vendre au profit des familles des naufragés. Le ministre, M. de Sartines, promit et ne fit rien, suivant l'usage. Peu après, Cornic se maria à Bordeaux, il perdit sa femme après dix jours de mariage et, désespéré de l'injustice du sort, il si> retira à trois lieues en amont de bordeaux, à l'Ile- Saint-Georges, pour y mener une existence solitaire. Même dans cette vie effacée, il trouva moyen de rendre des services. »

En 1770 eut lieu le fameux débordement de la Garonne. Dans ce désastre, Cornic ne pouvant trouver de matelots pour le suivre volontairement, força, le pistolet au poing, quatre des plus vigoureux à s'embarquer avec lui ;' et faisant le tour de l'Ile-Saint-Georges, il parvint à sauver les habitants qui s'étaient réfugiés dans les arbres et sur les toits des maisons. Ce sauvelage dura trois jours et trois nuits. Il recueillit ainsi six cents personnes qu'il nourrit à ses frais pendant trente jours. ,

* Le roi lui écrivit pour le féliciter de son courage, et la ville de Bordeaux lui envoya des lettres de bourgeoisie. Cti 177:>, il fut fait chevalier de Saint-Louis, aux applaudissements des Bordelais.

Peu de temps après, la guerre se préparant de nouveau contre l'Angleterre, Cornic sollicita le grade de capitaine de Vaisseau qui lui était si bien dû. Son ami d'Estaing le réclamait lui-même en Amérique. Peine inutile! Les préjugés furent plus forts que ses services. — On l'écarta. Froissé jusqu'au fond du cœur, Cornic ne demanda plus rien, et se retira dans sa propriété. En 1783, enfin, après la fin de la guerre, le grade. qu'it avait sollicité lui fut accordé avec une pension de

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douze cents livres, mais c'était une justice trop tardive.

Lorsque vint la Révolution, Cornic en embrassa avec ardeur les principes et fut nommé colonel-général de l'artillerie de la garde nationale à Bordeaux, mais la Terreur le força à quitter cette ville. Il vint s'établir au bas de la rivière de Morlaix, où il fonda une école de marins, que fréquentaientlespetits paysans de la région, à qui il enseignait aussi la construction et la charpente.

Cornic vieillit honoré et aimé de la population qui l'entourait; la reconnaissance publique fit donner son nom au passage de la baie qui se trouvait vis-à-vis de son habitation. 11 mourut à Morlaix, le 12 septembre 1809, âgé de plus de soixante-dix-huit ans.

Non seulement le vaillant Cornic n'a pas sa statue, mais sa tombe, abandonnée et dégradée, est cachée dans un coin obscur du cimetière de Saint-Melaine à Morlaix. Cependant, héros de la mer et héros de la Garonne; combattant et sauveteur; ennemi implacable des Anglais et rédempteur des naufragés, ce ne sont pas les titres à la reconnaissance publique qui lui manquent.

La Tour d'Auvergne (1743-1800).

Il serait difficile de dire ce que l'on doit admirer le plus dans ce héros breton, de sa bravoure, de son désintéressement ou de sa science. Au fort de la Révolution, un représentant du peuple vantait son crédit à La Tour d'Auvergne, et lui offrait sa protection. — Puisque vous êtes si puissant, lui dit le modeste capitaine, demandez quelque chose pour moi à la République. — — Quoi, un régiment? — Non, une paire de souliers.

Théophile-Malo Corret de Kerbauffret de La Tour

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d'Auvergne, premier grenadier des armées françaises, est né à Carhaix, le 23 décembre 1743. Il descendait d'une branche bâtarde de la famille de Bouillon. Son père, M. Corret, avait été autorise par le duc de Bouillon à prendre le nom de La Tour d'Auvergne, illustré déjà tant de fois et principalement par Turenne.

Après avoir fait des études sérieuses aux collèges de Quimper et de La Flèche, il endossa l'uniforme de mousquetaire à vingt-quatre ans (1767), et quelques mois après il reçut son brevet d'officier.

En 1782, il était capitaine de grenadiers et assistait au siège de Port-Mahon, comme aide de camp du duc de Grillon. Il y donna la mesure de sa bravoure dans plus d'une circonstance. Ainsi, un officier espagnol étant tombé blessé au pied des remparts, et ayant été abandonné par ses soldats, LaTour d'Auvergne s'élança au milieu des balles, le chargea sur ses épaules et le rapporta au camp. Charles IV, roi d'Espagne, pour récompenser cette belle action, lui envoya, fort courtoisement, la croix de son ordre et le brevet d'une pension de deux mille écus. Le capitaine breton accepta la décoration, mais refusa obstinément la pension « ne « croyant pas, disait-il, qu'il fût convenable d'être le « pensionnaire d'un gouvernement étranger » (1783).

Ses éludes militaires ne l'empêchaient pas de faire également des recherches d'antiquité : le premier ouvrage qu'il publia fut un hommage à sa ville natale : Précis sur lu ville de Ker-Haès (Carhaix); puis vinrent %&<i Nouvelle s recherches sur la langue, l'origine, et les antiquités des Bretons (1792).

Agé d'environ cinquante ans, en 1793, La Tour d'Auvergne en comptait trente de service effectif. Il adopta les idées nouvelles et reprit immédiatement du service.

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Envoyé à' l'armée des Alpes, il prit part à l'affaire des Marches, et, à la tête de ses grenadiers, tourna les positions piémontaises, culbuta les troupes qui les défendaient, prit leur artillerie et prépara ainsi le gain de la bataille dont la conséquence fut la soumission ou plutôt l'adhésion de la Savoie.

Cité à l'ordre du jour pour cet acte de vigueur, il fut désigné pour prendre part, sixmois après, à la rude campagne des Pyrénées. Le général Servan le chargea d'enlever le Val d'Aran, clé du bassin de la Garonne, et porte perpétuellement ouverte à l'Espagne sur nos départements du Midi. 11 remplit heureusement cette tâche. 11 enleva de même sans artillerie le col et le fort de Maza, sauva le ralliement de l'armée au camp de la Sarre, le 23 mai 1793, et détermina la victoire au val Carlos, toujours comme simple capitaine.

Après l'affaire désastreuse de Castel-Pignon, il ramena la fortune de nos armes par la victoire dite du camp de Louis XIV. Il attaqua une maison crénelée, d'où partait un feu meurtrier, battant lui-même la porte à coups de tête, de poing et de pied, comme un .autre Duguesclin. Les Espagnols, fusillés à travers leurs propres meurtrières, posèrent les armes (7 juin).

Nos régiments avaient horriblement souffert pendant cette rude campagne. Le général Servan forma, de toutes les compagnies de grenadiers décimées, une colonne de huit mille hommes dont il donna le commandement ' au capitaine breton. Cette colonne ne tarda pas à conquérir chez les Espagnols le nom de colonne infernale. Elle débuta par se présenter devant Saint-Sébastien, qui fut emporté en deux heures. La Tour d'Auvergne s'empara de même de plusieurs fonderies navarraises et fit prisonniers plus de sept mille Espagnols.

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Dans la campagne de 1794, il contribua àla déroute de l'ennemi le 23 juin, lorsque celui-ci osa attaquer le camp de la Groix-aux-Bouquets. Les rapportsofûciels du temps disent que les grenadiers de La Tour d'Auvergne « firent merveille ». Le général Moncey put les appré-

cier de même aux victoires d'Arquinzûn et d'Eratzu le 9 juillet; enfin, comme chef de brigade de l'infanterie légère, notre héros contribua puissamment à chasser l'ennemi de la vallée de Bastan, dont la conquête détermina l'Espagne à la paix.

Bien que dans le cours de cette campagne, héroïquement soutenue par les deux peuples belligérants, la

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voix de La Tour d'Auvergne fut le plus souvent prépondérante au Conseil de guerre; il voulut toujours rester simple capitaine. Mais au feu, en tôte de soldats inexpérimentés, et dont le patriotisme avait besoin d'être appuyé par l'exemple, il était surtout soldat. Dans les dangereux déniés pyrénéens, il marchait en tête de sa colonne, son chapeau et son manteau sur le bras gauche, point de mire des miquelets embusqués, sans cesse criblé de balles. Il ne fut jamais blessé : il charme le feu, disaient les grenadiers, avec la naïveté des superstitions militaires.

Une fois la paix conclue avec l'Espagne, il fut cantonné à Bayonne où il publia la première édition de ses Origines gauloises, ouvrage de science et d'érudition, où il défend la suzeraineté du celtique sur les autres langues mères de l'Europe.

Ayant obtenu un congé, La Tour d'Auvergne s'embarqua à Bordeaux pour les côtes de Bretagne, mais en route, le navire fut pris parles Anglais, à la hauteur de l'île de Ré et il fut emmené en captivité dans le pays de Galles.

Sorti de prison par voie d'échange, il apprit à son retour qu'il avait été rayé comme noble des cadres de l'armée. Sans se plaindre et sans réclamer, il se retira à Passy, chez son ami M. Paulian, et reprit ses études d'antiquité. Il préparait même déjà son Dictionnaire polyglotte, ouvrage géant, dans lequel il comparait 45 langues au celtique, lorsqu'il apprit que son ami Le Brigant, de Pontrieux, célèbre philologue, était sur le point de voir partir son dernier fds sans pouvoir le remplacer.

La Tour d'Auvergne ne balance pas un instant, il se présenteauxlieu et place du jeune Le Brigant et rejoint

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l'armée des Alpes comme simple soldat. Il fit ainsi les campagnes de 1796-1797 sur le Rhin, et de 1799 contre les Russes en Suisse.

Il prit une part très active à la victoire de Zurich, et entra, comme d'habitude, un des premiers dans les rues étroites de la ville, où il sabra les soldats de Souvaroff.

Brumaire vint. Le premier Consul décerna au modeste soldat le titre de premier grenadier de France et un sabre d'honneur : « Le gouvernement, répondit « La Tour d'Auvergne, croit que je vaux encore un « coup de fusil; il m'a jeté le gant : en bon Breton, je « l'ai relevé. Ce sabre d'honneur, je le montrerai de « près à l'ennemi. A cinquante-sept ans, la mort la « plus honorable est celle d'un soldat sur le champ « de bataille et j'espère l'obtenir. »

C'était un pressentiment. Le 27 juin 1800 (8 messidor an VIII), Favant-garde de Moreau rencontra l'ennemi sur le Lech, à Ober-Hausen, près Neubourg (Bavière), et se lança en avant avec un élan meurtrier. La Tour d'Auvergne, à la tête des grenadiers de la 40 e demi-brigade, attaquait le porte-étendard d'un détachement de hulans, lorsqu'un autre cavalier ennemi le frappa mortellement d'un coup de lance au cœur.

Cette mort occasionna un deuil universel dans l'armée. Les ordres du jour des généraux s'associèrent à ce grand deuil. Il fut décidé que le cœur du héros, placé dans une urne d'argent, serait porté à la tête de sa brigade par le plus vieux grenadier; que sa place vacante serait conservée sur les contrôles, et que .chaque jour, à l'appel de son nom, il serait simplement répondu parle porte-drapeau : mort au champ d'honneur!

Cette tradition s'observa jusqu'en 1814. L'armée éleva

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à sa mémoire un monument sur les hauteurs d'Ober- Hausen. Ce monument, consacré aux vertus et au courage, fut placé sous la protection des braves de tous les

pays.

Le 27 juin 1841, la statue du premier grenadier de France, due au sculpteur Marochelti, fut inaugurée sur la jolie place antérieure de Cahraix, en face des plus merveilleux sites de ces montagnes que La Tour d'Auvergne portait si avant dans son cœur. Un vieux soldat de La Tour d'Auvergne, nommé Bonnard, blessé à ses côtés à Ober-Hausen, et qui l'avait reçu mourant dans ses bras, était accouru du fond des montagnes d'Arrée, et son émotion ajoutait à l'intérêt officiel de la fête.

Un de ses bustes figurait aux Tuileries, dans la salle des Maréchaux. Un autre est au musée de Versailles.

Comme soldat, citoyen, érudit, La Tour d'Auvergne a laissé dans la mémoire de la France une trace qui. heureusement, ne s'est jamais affaiblie. C'est un de ses HOMMES-EXEMPLES que les générations ont besoin d'avoir sans cesse sous les yeux, et dont on ne parlera jamais assez.

Aussi, le gouvernement a-t-il ordonné la translation de ses restes au Panthéon, en juillet 1889, en même temps que celles du grand Carnot qui, comme ministre de la guerre, contresigna le brevet du premier grenadier de France.

Horeau (1763-1813).

Celui que l'on a appelé le vainqueur de Hohenliden, fut une haute intelligence, malheureusement accompagnée d'un caractère trop faible. C'est à ce caractère

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qu'il convient d'imputer et les défaillances qui vinrent interrompre la plus noble carrière, et celte fin honleuse au combat de Tedlitz, la plus misérable qu'on puisse imaginer pour un général français.

Jean- Victor Moreau était né à Morlaix. Son père, avocat de mérite, le destinait au barreau ; il lui fit faire de rapides études au collège de Saint-Pol- de- Léon et l'envoya ensuite faire son droit à Rennes.

Son audace et la supériorité de son intelligence le firent distinguer de ses condisciples qui le nommèrent prévôt de l'école de droit. A ce titre, il se trouva mêlé aux troubles des Parlements qui résistaient alors aux caprices de la Cour et aux prétentions du ministre, le cardinal de Brienne. 11 arrêta, les 26 et 27 janvier 1789, une émeute qui menaçait la tranquillité publique. Les autorités traitèrent d'égal à égal avec celui que l'on surnommait le général du Parlement.

Plus tard, le gouvernement ayant suivi une impulsion libérale à laquelle les Parlements tentaient de résister, Moreau changea de conduite et se déclara contre eux.

Lorsque la nouvelle de la Révolution du 10 août 1792 arriva à l'armée, Moreau était commandant des volontaires du Morbihan ; il adhéra à la chute du trône, puis à la proclamation de la République. Mais la chute de la Gironde et les excès de 93 le mécontentèrent.

Pichegru, sous les ordres duquel il servait, le prit en affection et le fit avancer rapidement. A la fin de 1793, il était nommé général de brigade; le 14 avril suivant, général de division. Dix-huit jours après, il commençait celle rapide campagne de Flandre, où il montra quelque chose de plus grand que du génie, à savoir un attachement sans bornes à la patrie. En effet,

32 FINISTERE

pendant qu'il conquérait à la France sa limite naturelle, la Terreur envoyait à l'échafaud son père, Joseph Moreau, vieillard aimé de ses concitoyens, mais que des rapports purement pécuniaires avec des familles émigrées avaient mis au rang des suspects. Le cœur du fils saigna; mais sa foi patriotique n'en fut pas obscurcie.

Détaché avec un corps spécial, Moreau passa la Lys le 25 avril et prit successivement Menin, Ypres, Braga, Ostende, Neuport, l'île de Cadzant et le fort de l'Écluse. Il fit, avec Pichegru, la conquête de la Hollande et conçut un plan général de défense du pays conquis qui fut adopté.

Nommé au commandement en chef de l'armée du Rhin et de la Moselle, il commença la fameuse campagne de 179G, et força le camp du général Wurmser. Il franchit le Rhin avec son armée, mit en fuite les troupes prussiennes, qui étaient à Kehl, attaqua l'armée autrichienne, commandée par l'archiduc Charles, à Rastadt, et la chassa jusqu'à Eslingen où il la battit complètement.

L'archiduc gagna la forte position de Pfortzheim, Moreau l'en délogea et se jeta au cœur de l'Allemagne. L'armée autrichienne, qui se reformait sans cesse, fut encore vaincue à Constadt, à Berg, à Eslingen; la ville de Constance fut prise d'assaut. Le 11 août, l'archiduc Charles attaqua l'armée française avec toutes ses forces. Le combat fut durement disputé, mais les Français restèrent maîtres du champ de bataille. Moreau, vainqueur, se porta en avant et culbuta le général autrichien Latour à Friedberg.

Là, apprenant la défaite de Jourdan, qui avait fait vers Ratisbonne une diversion parallèle à la sienne et qu'il avait l'intention de rejoindre, il fut forcé de son-

SOLDATS ET MARIAS

ger à la retraite; il l'effectua avec une habileté qui l'a placé au premier rang des généraux de cette époque si féconde en illustrations militaires. Depuis la retraite de^ Dix mille, rien de pareil n'avait été vu. Moreau revint, comme il était allé, de victoire en victoire.

En 1707, pour venger la prise de Kehl par l'archiduc et celle de la tête de pont, pendant l'hiver précédent, Moreau s'élança sur la Souabe. Il passa le Rhin, à Gambersheim, en plein jour, en présence de l'armée autrichienne, qu'il battit, et à laquelle il prit 4,000 hommes et vingt pièces de canon.

Non seulement, il reprit Kehl en quelques moments, mais passant la Renchen, il allait chercher la roule de

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Vienne par dessus la Bavière, quand la paix de Léoben sauva l'Empire.

Cependant, Moreau avait acquis les preuves de la trahison de son ancien chef Pichegru, et, par un sentiment compréhensible de reconnaissance, ne les avait pas d'abord communiquées au gouvernement. Lorsqu'il s'y décida, on lui fit des reproches sur sa lenteur à renseigner ses chefs : son amour-propre s'en offensa; il demanda et obtint sa retraite. 11 alla demeurer à la campagne, près de son ami Kléber.

L'année 1799 apportant à la République des secousses plus terribles que celles dont elle avait triomphé depuis dix ans, Moreau accepta un poste secondaire à l'armée d'Italie, où il fut témoin des désastres occasionnés par l'impéritie de Schérer.

Enfin celui-ci, ne sachant plus ni commander ni combattre, remit à Moreau le soin de sauver l'armée; ce qu'il exécuta en se repliant sur le Piémont. Il batlit douze mille Russes près de Ballignano, et passa laBormida; mais Macdonald, commandant de l'armée de Naples, auquel il espérait se joindre, ayant élé batlu à la Trébia ; il lui fallut se retirer dans les Apennins. Sur ces entrefaites, il fut nommé à l'armée du Rhin et Joubert vint le remplacer. Ce jeune général, sur le point de livrer une bataille, pria Moreau de rester encore auprès de lui. Effectivement, celui-ci paya de sa personne aux côtés de Joubert qui fut tué à la bataille de Novi. Moreau dirigea la retraite, et vaincu, mais non pas amoindri, revint à Paris.

Appelé ensuite à commander les armées du Danube et du Rhin, il passa ces fleuves et commença une série de victoires qui se terminèrent par la bataille décisive ûr Hohenlinden. Moreau n'était plus qu'à vingt-cinq

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lieues de Vienne, quand les Autrichiens demandèrent la paix.

A son retour, Bonaparte le complimenta et lui Ht présent d'une paire de pistolets en lui disant qu'il regrettait de 71 avoir pu, faute d'espace, y graver le nom de toutes ses victoires. Peu après, Moreau se maria à une Créole, amie de Joséphine, M Uo Hulot, et ce fut la cause de tous ses malheurs.

Sa femme et sa nouvelle famille lui persuadèrent bientôt que le second rang, dans l'État, ne pouvait lui convenir; on l'aigrit contre Bonaparte. Enfin, on parvint à le compromettre dans une conspiration de Piehegru et de Georges Gadoudal; la conspiration fut découverte et Moreau arrêté.

11 a été établi que la procédure ne prouva rien de positif contre lui. Il paraît qu'il avait eu connaissance de la conspiration, mais sans vouloir y prendre un rôle actif. Il fut condamné à deux ans de prison et rayé de l'état-major général de l'armée; il obtint, par l'entremise de sa femme, la permission de passer aux États-Unis (1803).

Mais là les suggestions de l'ambition le suivirent; lors des désastres éprouvés par l'armée de Napoléon en Russie, il abandonna l'Amérique pour se rendre à Prague le 20 août 1813, où il conféra avec le tsar Alexandre et l'empereur d'Autriche sur les moyens de diriger une invasion contre la France.

Les opérations commencèrent bientôt; mais Moreau, qui avait le cœur ulcéré, eut peu de temps à lutter contre le remords. Huit jours après, dans une reconnaissance devant Dresde, tandis qu'il échangeait des observations avec l'empereur de Russie, un boulet français vint lui fracasser le genou de la jambe droite

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et lui emporta le mollet de la jambe gauche; il fallut lui faire une double amputation à laquelle il succomba.

Sa mort fut accueillie par l'Europe coalisée comme un désastre, et par la France comme un jugement de Dieu. Les alliés lui firent de belles funérailles à Prague, et le tsar fit transporter son corps à l'église catholique de Saint-Pétersbourg.

C'est en vain que la Restauration décida que Rennes recevrait une statue et Morlaix un buste du glorieux défunt : les deux villes refusèrent énergiquement (1818- 1820).

Le général d'Aboville (1730-1817).

Deux souvenirs des plus glorieux dans les fastes militaires du xvm e siècle se rattachent au nom du général François-Marie, comte d'Aboville : celui du siège de Yorktown et celui de la canonnade de Valmy. Dans les deux cas, il commandait l'artillerie à qui revint l'honneur principal du succès.

Né à Brest, il appartenait à une famille qui a fourni de nombreux défenseurs à l'État. L'année de sa naissance vit mourir son père, Bernardin d'Aboville, chevalier de Saint-Louis et commissaire provincial d'ar- 'tillerie à Brest. A quatorze ans, d'Aboville entra dans l'artillerie en qualité de surnuméraire. A quinze ans, il assista à la bataille de Fontenoy, et, en 1747, à celle de Lanfeld; il était alors aide de camp de son oncle, Julien d'Aboville, général d'artillerie.

En 1759 et 1762, il fit le siège de Munster, sous les •ordres du maréchal d'Armentières. Entré dans la place, il soutint à son tour deux sièges où il se fit remarquer.

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La guerre d'Amérique ouvrit, en 1779, une nouvelle carrière à son courage et à ses talents. Il y commandait en chef l'artillerie du comte de Rochambeau, lorsqu'en 1781 la prise de Yorktown, où s'était retranché avec son armée le général anglais, lord Cornwaliis, mit fin fl la guerre. La supériorité avec laquelle furent dirigés les travaux de l'artillerie pendant le siège fut la véritable cause de la capitulation, ce qui fit dire à" lord Cornwaliis que c'était au général d'Aboville qu'il avait rendu les armes.

La prise de Yorktown valut à "d'Aboville le grade de brigadier d'infanterie. Il obtint, en 1788, celui de maréchal de camp, et fit partie, en 178!), du Comité militaire assemblé à Paris.

Ce fut lui qui proposa devant te Comité l'introduction en France de l'artillerie à cheval, qui devait, par la suite, exercer une si grande influence sur les victoires des armées françaises. Inutile d'insister sur le service que ce jour-là d'Aboville rendit à son pays. On lui dut aussi l'invention ides roues à moyeu de métal, dites rôties à voussoir.

En 1792, M. de Rochambeau, commandant de l'armée du Nord, demanda pour général d'artillerie d'Aboville. C'est ainsi qu'il peut revendiquer sa large part de gloire, à la journée de Valmy.

Lors de la défection de Dumouriez, il publia contre lui une proclamation violente, datée de Sarrelouis et insérée au Moniteur. Mais cela ne l'empêcha pas d'être incarcéré comme noble à Soissons, et de rester en prison jusqu'au 9 thermidor avec toute sa famille.

Il ne sortit de prison que pour être envoyé â l'armée où son expérience était jugée nécessaire. pour la reprise des places fortes de Valenciennes, Condé, Landrecies

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et Le Quesnoy, tombées au pouvoir des Autrichiens.

On rétablit enfin pour lui la place de premier inspecteur général de l'artillerie, restée sans titulaire depuis la mort de M. de Gribeauval, en 1789.

11 fit partie du Sénat en 1802 et fut nommé grandofficier de la Légion d'honneur. En 1804, Napoléon le chargea d'aller recevoir à Alexandrie le pape Pie Vil et de l'accompagner jusqu'à Paris.

Malgré son grand âge, il fut encore nommé gouverneur de Brest en 1807, lorsque cette place fut déclarée en état de siège, et en 1809 il reçut le commandement d'une réserve destinée à secourir le port d'Anvers, menacé par les Anglais qui venaient de s'emparer des îles de la Zélande.

Le 4 juin 1814, Louis XVIII le nomma pair de France et commandeur de Saint-Louis. Revenu de l'île d'Elbe, Napoléon l'appela aussi dans la Chambre des pairs, mais ses infirmités l'empêchèrent d'y siéger.

Il y avait à peine trois mois qu'il avait été nommé grand-croix de Saint-Louis, lorsqu'il mourut le 1" novembre 1817. Il était doyen de la Chambre des pairs.

Amiral Leissègues (1758-1832).

Corentin-Urbain de Leissègues, né à Hanvic, était lieutenant de frégate en 1780 lorsqu'il se fit remarquer dans la Manche à bord de la Magicienne qui livra un combat heureux à une frégate anglaise beaucoup plus forte qu'elle. Mais c'est surtout dans l'escadre du bailli de Suffren, de 1781 à 1785, qu'il fit dans les Indes son éducation militaire. 11 prit une part active aux six combats livrés à l'escadre de l'amiral Hughes, et fut grièvement blessé à celui qui eut lieu devant Provédien.

Nous le retrouvons capitaine de vaisseau en 1793, et

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nommé, l'année suivante, au commandement d'une division composée des frégates la Pâque et la Thétis, du cotre le Cerf -Volant, et des flûtes la Prévoyante et le Marsouin, avec la mission de porter secours à nos garnisons des Antilles.

Parti de Rochefort à la fin d'avril 1794, Leissègues mouilla, le 3 juin, dans la baie de la Pointe-à-PHre v et la nuit même de son arrivée enleva le fort de Fleurd'Épée aux Anglais. Il continua de lutter pendant six mois et demi avec 2,200 soldats, marins et hommes de couleur, contre 8,000 Anglais, commandés par lord Jewis (depuis lord Saint- Vincent), et fut assez heureux, après diverses péripéties héroïques, pour conserver la colonie de la Guadeloupe à la France.

Cet acte est la page la plus glorieuse de sa carrière.

A son retour en France, il fut nommé au commandement des ports d'Anvers, Flessingue et Ostende et réussit à mettre dans un formidable état de défense l'île de Walcheren.

Après la rupture de la paix d'Amiens, Leissègues fut placé à la tête d'une division composée de cinq vaisseaux et de deux frégates qui partit de Brest, le 13 décembre 1805, à destination des Antilles.

Cette division, fortement éprouvée par un coup de vent, fut ensuite écrasée, au mois de février suivant, par des forces supérieures dans la baie de Saint- Domingue. Leissègues, ayant perdu tous ses officiers, et six cent soixante-quatorze hommes d'équipage, sur onze cents, préféra s'échouer à la côte, en compagnie du Diomède, plutôt que de se rendre.

Il pourvut à la défense de Venise en 1809, puis à celle de Corfou de 1811 à 1814. La Restauration le

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nomma vice-amiral en 1816, et commandeur de l'ordre de Saint-Louis, grade qu'il occupait déjà dans la Légion d'honneur. .

Il fut admis prématurément à la retraite en 1818.

Amiral Linois (1761-1848).

Cet autre enfant de Brest porte surtout dans l'histoire le titre glorieux de vainqueur d'Algésiras, la seule bataille navale de quelque importance qu'ait gagnée la marine du premier Empire.'

Né à Brest, Ghafles-Alexandre-Léon, comte Durand de Linois n'avait que quinze ans lorsqu'il entra dans la marine comme volontaire. Après diverses campagnes en Europe et en Amérique, il fut promu lieutenant do vaisseau en 1791 et reçut le. commandement de la frégate Atalante de 36 canons. Après un combat inégal, le 7 mai 1794,. avec le vaisseau anglais Swiftsure de 74 canons, il fut blessé et contraint de se rendre.

Rentré en France, au bout de onze mois de captivité, il fut nommé capitaine de vaisseau et commandant du Formidable, vaisseau de 74, faisant partie de l'armée navale de Yillaret-Joyeuse.

Promu contre-amiral le 25 janvier 1800, il remplit pendant environ vingt mois les fonctions de chef d'état-major de l'armée aux ordres de l'amiral Brueix, puis des contre-amiraux Delmotte et La Touche-Tréville. Mais c'est, comme nous l'avons dit, au combat d'Algésiras, le 7 juillet 1801, que Linois mit réellement le sceau à sa réputation. Pendant dix heures, sans d'autres forces que trois vaisseaux : le Formidable, le Desaix et l'Indomptable, et une frégate le Muiron, il soutint l'attaque de six vaisseaux anglais et une frégate, commandés par l'amiral Saumarez. L'escadre anglaise

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dont tous les vaisseaux avaient essuyé de fortes avaries , (trois d'entre eux avaient perdu leur mât de hune), et qui avait 1,500 hommes tués, finit par s'éloigner, abandonnant à Linois le vaisseau de 74, YAnnibal. Les Français comptaient seulement 180 tués et 300 blessés.

Linois, qui avait ainsi changé en triomphe une défaite presque certaine, reçut du premier consul un sabre d'honneur, qui lui fut officiellement décerné le 18 juillet 1801. On lui confia aussi le commandement des forces navales françaises dans les mers à l'est du cap de Bonne-Espérance.

En 1806, au cours d'une croisière entreprise avec le Marengo et la Belle-Poule, il eut, le 14 mars, à lutter contre sept vaisseaux anglais, deux frégates et une corvette, formant l'escadre de sir John Borlase Warren. Linois, qui avait été blessé à la jambe pendant le combat, fut conduit en Angleterre où il resta huit ans prisonnier sur parole.

Pendant sa captivité, Napoléon le nomma comte de l'Empire. Chargé du gouvernement de la Guadeloupe, au commencement de la Restauration, il ne put empêcher les Anglais de s'emparer de la colonie, lors de la reprise des hostilités, pendant les Gent-Jours.

A sa rentrée en France, il demanda à passer devant un Conseil de guerre et fut honorablement acquillé le 11 mars 1810. Une décision royale le mit à la retraite le 18 avril suivant, et en 1823, à l'occasion de son sacre, Charles X le nomma vice-amiral honoraire.

Louis-Philippe le fit grand -officier de la Légion d'honneur et ordonna que son nom serait gravé sur la partie ouest de l'Arc de Triomphe de l'Étoile. Le vainqueur d'Alqétiras mourut à Versailles, le 3

dé-

cembre 1848.

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Amiral Roiuain-Desfossés (1798-1844).

Né àGouesnou, près de Brest et entré dans la marine en 1807, il était, en 1841, capitaine de vaisseau. Trois ans plus tard, il était commandant de la station navale de Bourbon et de Madagascar. Il bombarda Tamatave en 1845, pour châtier le gouvernement de la reine Ranavolo qui avait expulsé de l'île tous les étrangers.

Deux ans plus tard, il était promu contre-amiral et appelé au poste de major de la marine à Brest. Après la Révolution de février le département du Finistère l'envoya à la Constituante. Il fut ministre de la marine du 31 octobre 1849 au 9 janvier 1850, et reçut ensuite le commandement de la division navale du Levant. Depuis lors, il fut successivement vice-amiral (1853), sénateur (1855), président du conseil des travaux de la marine, commandant de l'escadre d'évolution de la Méditerranée et enfin amiral (1860)j

Le général Le Flô (1804-1887).

Adolphe-Charles-Emmanuel Le Flô, né àLesneven le 2 novembre 1804, sortit comme sous-lieutenant de l'École militaire de Saint-Cyr en 1825. Il n'était encore que lieutenant à la fin de 1831, lorsqu'il passa en Afrique. Capitaine à la prise de Constantine, il fut remarqué pour sa belle conduite et proposé pour le grade de chef de bataillon; mais il préféra la croix d'honneur. En franchissant la brèche, l'épée haute, à la tête de sa compagnie, il avait été blessé par l'explosion d'une mine.

Après l'enlèvement des gorges de Mouzaïa, le 12 mai 1840, le capitaine Le Flô fut cité par le maréchal Vallée comme s'étant distingué parmi les plus braves et fut promu chef de bataillon, le 25 juin. Il reçut le grade de

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lieutenant-colonel après une campagne, incessante de dix-huit mois avec les zouaves et celui de colonel en octobre 1844. C'est dans cette situation qu'il fut désigné pour être attaché à la personne du tsarévitch, — depuis Alexandre II, pendant le voyage que lit ce prince en Algérie.

Le colonel Le Flô se trouvait en Afrique, à la tête de son régiment, lorsque éclata la Révolution de 1848. Le ministre des affaires étrangères du gouvernement provisoire, Lamartine, se trouvait embarrassé pour le choix d'un ambassadeur auprès de la cour de Russie. Quelqu'un appela son attention sur le colonel Le Flô qui avait été pendant quelques jours le compagnon d'excursion du grand-duc héritier. Le colonel africain fut aussitôt promu général de brigade et nommé envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à la Cour de Pétersbourg où il reçut un accueil distingué.

Élu représentant du Finistère à l'Assemblée constituante, dans les élections complémentaires du 17 septembre 18 48, il ne participa aux travaux de l'Assemblée qu'à son retour de Russie en mars 1840, et prit place dans les rangs de la droite. Réélu le deuxième a l'Assemblée législative, il prit partie contre la politique napoléonienne, et fut, comme questeur de l'Assemblée, un des plus vifs adversaires des projets du Pouvoir exécutif.

Aussi, dès le matin du 2 Décembre 1851, le général Le Flô fut-il arrêté à l'hôtel même de la Présidence, puis compris dans le premier décret d'expulsion qui suivit le coup d'État, le 9 janvier 1852. 11 se retira en Belgique puis à Jersey, et ne rentra en France qu'en 185'.).

A la nouvelle des premières défaites dans la guerre contre la Prusse, il demanda vainement au gouverne-

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ment impérial à reprendre du service. Après la Révolution du 4 Septembre, il fut nommé Ministre de la guerre par décret du gouvernement de la Défense nationale. Le 16 septembre, un second 'décret le réintégra dans l'armée avec le grade de général de division, à la date du 2 décembre 1851. Pendant le siège de Paris, il travailla activement à l'armement de la garde nationale et de l'armée, et fut, à plusieurs r-eprises, l'instigateur d.e projets énergiques restés infructueux.

Aux élections du 8 février 1871, le département du Finistère l'envoya à l'Assemblée nationale, le premier sur treize, par 62,154 voix. M. Thiers le choisit comme Ministre de la guerre. Après le second siège de Paris, il démissionna et fut remplacé parle général de Cissey.

Un décret du 1 er juin l'appela à l'ambassade de Russie et il fut accueilli de la façon la plus cordiale à Saint- Pétersbourg, par l'empereur Alexandre II. Le 1 er avril 1874, il signa un traité de commerce et de navigation entre la France et la Russie. Absent de l'Assemblée nationale, par suite de ses fonctions, il refusa, lors de l'élection des sénateurs inamovibles, la candidature qui lui fut offerte par le centre gauche.

Les menaces de guerre qui émurent si profondément la France et l'Europe tout entière au printemps de 1875 s'étaient déjà produites avec une extrême vivacité dès le mois de janvier 1874, à la suite de certaines publications de nos évêques, et particulièrement d'un mandement de celui de Nîmes qui avait fort irrité le prince de Bismarck. Mais ce n'était là'qu'uh prétexte :1a vraie raison pour nous chercher querelle, était l'inquiétude que causait à Berlin la merveilleuse rapidité avec laquelle nous procédions à la réorganisation de notre armée et à la reconstitution de notre matériel.

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Le 15 février 1875, le général Le Flô était revenu de Saint-Pétersbourg à Versailles pour prendre part au vote des lois constitutionnelles, en qualité de membre de l'Assemblée nationale. Dans les premiers jours d'avril, à la veille de reprendre son poste, il fut reçu par le maréchal de Mac-Mahon, président de la République, et l'entretint nettement des projets belliqueux que l'on était généralement porté à attribuer à M. de Bismarck. ,

Le maréchal n'hésita pas à lui mettre sous les yeux une série de rapports confidentiels d'où résultait effectivement que l'on songeait, à Berlin, à entrer en campagne, soit immédiatement, soit à l'automne suivant. Revenu a Saint-Pétersbourg le 9 avril, le général s'employa de toute l'ardeur de son patriotisme à assurer à son pays l'appui du Tsar. On sait qu'il y réussit.

Alexandre II et le prince Gorlschakoff firent un voyage à Berlin; le langage qu'ils y tinrent et les démarches faites par la Chancellerie russe auprès des cabinets de Londres, de Rome et de Vienne, obligèrent la Prusse à nous respecter.

On voit quel service le général Le Flô rendit à la France en utilisant, pour le plus grand bien de sa patrie, ses relations intimes avec le Tsar auprès duquel il resta accrédité jusqu'au 18 février 187U. A ce moment l'Empereur, en souvenir de leurs bonnes relations, le nomma chevalier de Saint-André.

Il se retira dans, la vie privée, à son château de Nechoat.près de Morlaix, peu de jours après le remplacement du maréchal de Mac-Mahon. Mais au mois de mai 1887, après la vive émotion jetée dans toute l'Europe par l'affaire Schnœbelé, le général Le Flô jugea à. propos de publier les incidents diplomatiques auxquels

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il avait été mêlé en 1875, et cette publication, qui mit en émoi tout le monde politique, eut en France le meilleur effet sur l'opinion.

Le général mourut peu de temps après, le 15 novembre 1887. Son fils unique, commandant au 1 er zouaves, l'avait déjà devancé dans la tombe en 1878. Il était grand-officier de la Légion d'honneur depuis 1871.

Depuis lors les admirateurs et amis de l'intrépide soldat et de l'heureux diplomate ont entrepris de lui élever à Lesneven, son pays natal, une statue que les patriotes salueront toujours avec respect.

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