PHILANTHROPES
Il ne nous déplaît pas de finir cette galerie historique par la biographie d'un homme dont la vie de travail est un exemple salutaire pour tous et dont les
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fondations charitables sont un modèle de philanthropie éclairée et généreuse.
Crozaiier (1795- 1855).'
Crozatier est à la fois un grand artiste et un homme de bien. Il fut dans toute la force du terme le fils de ses œuvres. Il est né au Puy en 1795. Après être resté sept ans chez de braves paysans du village d'Aiguilhe, voisin du chef-lieu, il vint à Paris. Ses dispositions artistiques, son application et sa ténacité au travail, deux qualités de race, lui permirent de remporter les premiers prix aux écoles de dessin. Dans l'atelier de ciselure où il entre, on lui confie bientôt l'exécution des pièces les plus délicates. En même temps, il suit les leçons du sculpteur Cartellier et devient un brillant élève de l'Ecole des beaux-arts. Il allait concourir pour le grand prix; sa mère, d'esprit positif, eut peur de la gloire, souvent voisine de la pauvreté : elle lui conseilla d'entrer chez le fondeur Brezin et de se vouer à l'industrie. Par respect filial, Crozatier se résigna; il n'eut point à s'en repentir.
Ses dispositions artistiques, son éducation technique et son goût parfait lui permirent de transformer l'industrie de la fonte des métaux. Avec une volonté qu'aucun insuccès ne pouvait faire fléchir, il rechercha des perfectionnements dans la préparation des moules et une méthode sûre pour l'alliage des métaux. Pour résoudre le problème de l'alliage constant, il dut faire une série d'analyses et d'observations -d'une précision et d'une rigueur scientifiques. Grâce à ces patientes études, longtemps continuées, il arriva à maintenir dans ses œuvres les plus massives,
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une homogénité parfaite dans toutes les parties de la matière employée. Il n'inventa pas le moule en sable, il le perfectionna et en fit l'instrument indispensable pour l'exécution des statues colossales.
Ce qu'il découvrit véritablement ce fut l'art d'imiter les statues grecques ou romaines avec une fidélité telle que les lins amateurs étaient trompés. Il avait trouvé le moyen mystérieux de vieillir le bronze employé pour ces sortes de falsifications. Il lui donnait cette patine verdàlre qui distingue ces élégantes statuettes sorties du sol romain ou de la terre hellénique. Il y incrustait ces plaies séculaires, ces gangues d'argile, si dures qu'elles^semblent faire corps avec le métal. Ces teintes de bronze ancien, sombres à la fois et lumineuses, il les avait étudiées et comme prises sur le vif au Louvre, en Italie, où il séjourna longtemps. Il en avait si bien surpris le secret que ses contrefaçons étaient plus belles que les œuvres antiques.
Il reproduisit ensuite une multitude d'oeuvres modernes : son succès fut encore très vif. En véritable •artiste, Crozatier veillait lui-même à l'exécution de tous les détails. Sa réputation de fondeur fut bientôt européenne. Dans ses ateliers furent exécutées les plus grandioses statues équestres. Nous citerons le Bayard de Grenoble, la statue équestre du grand roi de Versailles, le quadrige de l'arc de triomphe du Carrousel. On peut lire son nom sur les monuments de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Russie. Il faudrait de longues pages pour énumérer les principales pièces sorties de ses forges.
Si Crozatier n'avait accompli que les œuvres que nous venons d'indiquer, nous n'aurions
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pas retenu aussi facilement son nom. Mais il ne s'est pas borné à reproduire les statues, il s'est montré aussi un créateur de génie. Comme ornemaniste il nous a donné des merveilles de grâce et de délicatesse. En un genre secondaire, il a atteint la perfection. Il avait étudié les œuvres des maîtres italiens et français et s'était inspiré d'elles sans les imiter servilement. II s'est inspiré souvent des admirables ciselures dé Benvenuto Cellini, mais il a su toujours garder son originalité. Il n'a point la riche .imagination de l'artiste florentin, mais il égale Cellini pour la disposition harmonieuse des arabesques et des figurines, qu'il plaçait autour de ses objets d'art. Comme ornemaniste, je crois qu'on ne l'a pas dépassé. On lui doit des pièces d'orfèvrerie de formes merveilleuses, des coupes élégantes, des corbeilles, des candélabres, des cornets iinement ciselés. Ces « ornements » étaient d'une délicatesse infinie ; de gracieuses guirlandes de fleurs et de feuilles les entouraient; de fines statuettes leur donnaient un charme inexprimable. Beaucoup de modèles créés par Crozatier ont été mille fois reproduits, et ont ainsi perdu leur fraîcheur et leur nouveauté première. Mais le mérite de l'inventeur n'en est pas diminué. Nous devons garder à Crozatier un souvenir reconnaissant. N'a-t-il pas vulgarisé ces « bibelots » délicats qui, autrefois, étaient un luxe rare et qui sont devenus le complément indispensable d'un ameublement artistique.
Un de ses chefs-d'œuvre, fut l'admirable vaisselle niellée d'or, destinée au prince de Torlonia. A côté, pourraient prendre place des brûle-parfums, des aiguières, des urnes, des vases gigantesques, autour
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desquels sa fantaisie d'artiste avait semé des décorations d'une légèreté exquise ; c'est par centaines • que Crozalier a modelé ces figures de nymphes, de sirènes, de satires moqueurs, de faunes aux pieds fourchus, pleins de vie et de mouvement. Mais ces créations, d'une vérité parfaite, d'une élégance et d'une mesure dans les attitudes irréprochables, n'ont pas été signées par le maître. Si on les réunissait un jour dans une exposition, elles seraient une preuve éclatante du génie de celui qui les a conçues et exécutées.
La carrière artistique de Crozatier fut toujours heureuse. Une seule fois il eut un déboire terrible et tragique. Le grand fondeur avait été chargé de couler une statue de Louis XVI. Le moule avait été construit avec soin. Crozatier avait, suivant son habitude constante, dosé la quantité de métal employé et établi le mélange. Devant une assemblée nombreuse, la coulée fut faite : lorsque la statue fut retirée de la terre, elle apparut informe et horrible. La tête manquait. L'événement fit beaucoup de bruit. Crozalier en fut très affecté.
Avec la gloire et la réputation était venue la fortune, juste récompense des longs efforts et de la patience de l'artiste. Malgré cela, Crozalier travaillait toujours avec la même ardeur, poussé en avant par le désir de faire mieux, de maintenir au dehors le grand renom artistique de la France. Ce fut avant tout un laborieux; sa vie peut servir de guide et d'exemple. Son succès est un succès salutaire.
Les créations philanthropiques auxquelles il a attaché son nom nous montrent encore mieux l'honnête homme. Il avait vu combien étaient durs pour
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celui qui est pauvre les débuts dans la vie, il a essayé de remédier à ces imperfections forcées de notre organisation sociale.
Par disposition testamentaire, il a créé dans sa ville natale un musée où sont enlassées d'admirables collections artistiques et industrielles, les merveilles de la mécanique moderne et ces légers tissus créés par les doigts agiles des dentellières. Sur la place principale du Puy, le Breuil, au centre d un panorama d'une étrange beauté, il fit élever une fontaine monumentale de marbre et de bronze. Une somme importante a été destinée à une bourse qui permet à un jeune artiste d'achever ses études, fondation heureuse qui peut faire surgir des génies icnorés. Il songea aussi aux ouvriers que la maladie les infirmités précoces, empêchent de travailler • il leur réserva les lits dans des maisons hospitalières. Enfin, dernier trait, le plus charmant, et qui montre le mieux le cœur humain et généreux de Crozatier, il n'oublia pas ses amis d'enfance, les paysans d'Aiguilhe restés pauvres. Il leur assura une modeste aisance.
Il fut bien, dans toute la' force du terme, un honnête homme. Sa vie est comme le triomphe du travail et du bien Parmi les personnages dont nous venons de raconter la vie et d'indiquer les œuvres, nous avons rencontré des noms plus connus, nous n avons pas trouvé de gloire plus pure, plus paisible et plus respectahle
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