‹ Galerie française. Volume 11Chapitre 7 sur 17 · II. — SOLDATS · texte numérisé non relu

II. — SOLDATS

Si parmi les agriculteurs nous n'avons pas rencontré de noms très célèbres, et si nous avons dû nous borner à citer des hommes distingués et pleins de zèle, nous pourrions en revanche constituer une très riche galerie militaire.

La Haute-Loire a eu de véritables familles militaires, où la bravoure, l'amour des aventures héroïques sont comme un héritage qu'on se transmet de père en fils. La plus célèbre est la famille des Polignac, puissants seigneurs dont les exploits remplissent toute l'histoire du Velay. Les Polignac figurèrent plusieurs fois aux croisades. Les rois de France durent à maintes reprises équiper de véritables ar-

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méespourdompter ces fiers vicomtes, qui s'appelaient orgueilleusement les rois des montagnes. En leur château, immense forteresse, qui s'élève sur un dyke de lave rouge, ils entretenaient des troupes nombreuses. Maîtres incontestés de toutes les vallées avoisinantes, ils étaient toujours en guerre; leur bravoure était légendaire et aussi leur cruauté. Leur hospitalité était fastueuse. François I", qui séjourna dans le château, fut reçu avec un luxe qui l'éblouit. Pendant les guerres de religion, les vertus guerrières, avivées par de profondes croyances religieuses, se firent jour dans les luttes journalières que soutinrent les gouverneurs du Velay contre les petites troupes de réformés qui tenaient la campagne. Si nous entrions dans le détail de ces luttes, nous verrions apparaître chez d'obscurs héros, la bravoure éclatante et téméraire, l'audace tempérée par la ruse, les croyances indomptables. Ces qualités, nous les retrouvons dans l'illustre lignée d'Allègre et chez irois hommes de guerre qui appartiennent à l'histoire contemporaine et méritent d'être distingués.

Yves d'Allègre.

La famille d'Allègre a son nom inscrit dans l'histoire de France. Le plus illustre représentant de cette maison est Yves d'Allègre, qui fut chambellan de Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile. Iljoua un rôle glorieux dans les guerres d'Italie. En 1495, il accompagna Charles VIII qui le nomma gouverneur de la Basilicate. Plus tard, il dirigea Milan et Bologne.

Nous le retrouvons à côté de Gaston de Foix dans cette admirable campagne de deux mois qui étonna

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l'Europe. Il fut, pour le jeune général, un sage conseiller. A la bataille de Ravennes, son action fut décisive. Dans cette journée, il perdit ses deux fils qui combattaient à ses côtés. Lui-même, désespéré, se précipita au plus fort de la mêlée et disparut.

Latour -Manbonrg (1768-1850).

La famille des Latour-Maubourg est aussi ancienne que celle d'Allègre. Elle tire son origine de Fay dans le Haut Vivarais. Elle a donné à la France une lignée glorieuse et longue d'officiers et de diplomates.

Le plus célèbre est le marquis Victor-Marie de Fay de Latour-Maubourg, dont la carrière militaire est très brillante. Après avoir débuté dans l'infanterie, il enlre, en 1789, dans les gardes du corps du roi. Royaliste fidèle, il veille sur la reine Marie-Antoinette, dans les journées des J5 et 6 octobre. Il émigré après la journée du 10 Août. Il ne devait rentrer en France qu'au 18 Brumaire.

Dès lors, il vit "pour ainsi dire sur les champs de bataille. Il fait la campagne d'Ansterlitz et sa vaillante conduite dans cette mémorable journée lui vaut le grade de général de brigade. Nous le retrouvons dans les campagnes de Prusse et de Pologne : il est deux fois blessé. C'est encore sur le champ de bataille qu'il conquiert le titre de général de division. Dans la longue et sanglante guerre d'Espagne, il commande la cavalerie et prend part aux innombrables combats qui ont rendu cette campagne si meurtrière. Par sa douceur et son humanité, il mérita l'affection des Espagnols.

En 1812, il appartint à la grande armée de Russie, et se conduisit d'une façon brillante à la bataille de

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Mojaïsk. Il figura dans la terrible retraite. On sait combien la cavalerie eut à souffrir des flots de neige et du vent glacial. Les chevaux périrent par milliers. Ceux des officiers qui étaient encore montés, formèrent des escadrons sacrés dont le commandement fut confié aux généraux Latour-Maubourg, Grouchy, Sébastiani, qui remplissaient les fondions de simples capitaines, tandis que les généraux de brigade et les colonels faisaient celles do maréchaux des logis et de brigadiers. Cette organisation suffirait seule à faire connaître à quelle extrémité l'armée était réduite.

Dans la campagne d'Allemagne, il fut chargé du commandement du premier corps dç cavalerie. A Dresde, il se couvrit de gloire. Le peu de cavalerie qu'avait Napoléon, dit Marbot dans ses Mémoires, était commandée par le général Latour-Maubourg, militaire des plus distingués, qui la mena avec tant de vigueur, que les ennemis furent enfoncés et abandonnèrent le camp, après de grandes pertes. A Leipsik, dans une charge furieuse, il eut la cuisse emportée par un boulet.

Après la campagne de France, il abandonne Napoléon et se rallie au gouvernement des Bourbons, dont il avait été dans sa jeunesse le dévoué serviteur. Il fut chargé de réorganiser l'armée. Pendant les Cent Jours, il se tint à l'écart. Après la chute définitive du régime impérial, il entra à la Chambre des pairs, fut créé marquis ; il fut chargé en 1820, du portefeuille de la guei're. Sa carrière militaire fut longue et glorieuse. Son nom ne rappelle que des souvenirs de bravoure et de dévouement à la patrie. Il a conquis tous ses grades sur les champs de ba-

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taille, à la pointe de l'épée. Il portait un nom illustre, il a su s'en montrer digne, par son courage et sa droiture.

Mouton-Duvernet (1779-1816).

Latour-Maubourg appartenait à une famille noble, déjà célèbre. 11 n'a eu qu'à suivre les traces de ses ancêtres. Mouton-Duvernet fut un brillant soldat de fortjiine, qui dut sa haute situation à sa valeur per-

sonnelle, et à son énergie incomparable. Sa fin tragique est venue encore rehausser sa gloire.

Il est né au Puy en 1779; son père était un modeste marchand de dentelles ; il quitta jeune son pays pour entrer au service. La Révolution lui per-

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mit de parcourir rapidement une belle carrière. Il conquit ses grades sur les champs de bataille. Il débuta au siège de Toulon ; dès lors il figura dans toutes les campagnes, se faisant remarquer par son intrépidité et son sang-froid. Ses brilbajU^iaits d'armes en Espagne lui valurent le gr^è^|t£énéral de brigade en 18 11. Deux ans phu#à#il étë$ général de division.

En 1815, il joue un rôle importà^^l est a la £eSlle d'être nommé maréchal de France\&la gaairuWdes représentants, il se prononce avec N ^«eui^p<5ur le rétablissement de l'Empire. Il est nommé gouverneur de Lyon, défend ouvertement le régime impérial. Cette* fidélité loyale à son ancien chef devait lui être funeste. Elle lui valut d'être compris dans cette terrible ordonnance signée par le roi, qui abandonnait aux rigueurs inexorables des tribunaux militaires dix-huit généraux accusés d'avoir trahi la monarchie bourbonnienne.

Mouton-Duvernet était proscrit: il réussit pendant un an à se cacher. Il avait trouvé asile chez M. de Meaux, maire de Montbrison. Mais bientôt cette retraite lui pesa ; il eut peur de compromettre à la fin son généreux ami. 11 se livra lui-même à ses juges, et le 15 juillet 1816, il comparaissait devant un conseil de guerre. Il fut accusé d'avoir attaqué à main armée le gouvernement légal. Il protesta, prouva la fausseté de ces affirmations. Le conseil de guerre, impitoyable, le condamna à mort, ne voulant pas se rappeler que Mouton-Duvernet, comme le maréchal Ney, avait été un héroïque soldat et non point un grand criminel. Sa femme intercéda auprès du comte d'Artois, du duc de Berry, du roi lui-même.

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Elle reçut partout des refus inhumains. Le conseil de révision confirma la sentence, et Mouton-Duvernet fut fusillé près de Lyon, sur le quai des Etroits. On était alors en pleine terreur blanche : cette exécution servit de prétexte à des scènes déplorables. Des dames royalistes organisèrent un bal le lendemain, à l'endroit où le brave soldat était tombé.

De Chabron (1806-1891).

De Chabron a été, comme Mouton-Duvernet, un brillant officier, d'une bravoure audacieuse, qui a dû sa fortune à un coup d'éclat sur le champ de bataille de Palestre

Il était né en 1806, à Retournac. Après des études rapides à la Flèche, il s'engage dans un régiment de ligne. Nous le retrouvons en Crimée, où il est mis deux fois à l'ordre du jour de l'armée, après la victoire de l'Aima et la prise du Mamelon-Vert. C'est dans la guerre d'Italie qu'il fit preuve d'intrépidité heureuse et décisive. Il commandait alors le 3 e zouaves. C'était un régiment d'élite, dont l'intervention rapide, inattendue et énergique, à Palestro, amena la victoire en quelques heures.

Les Autrichiens occupaient une excellente position. L'armée franco-italienne allait être tournée et mise ainsi en grand péril. Tout à coup, les zouaves, qui attendaient silencieux -sous les armes, s'élancent en avant, franchissent un canal profond, se précipitent dans une mêlée vertigineuse, courent, montent à l'assaut d'un coteau et arrivent avec une surprenante vivacité à quelques mètres des canons autritrichiens. Au premier rang, en avant du régiment, le colonel de Chabron. Les artilleurs autrichiens, stu-

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péfails, n'eurent même pas le temps de mettre, le feu à leurs pièces, ils s'enfuirent en désordre. Ce coup d'audace téméraire nous assurait la victoire. Même intervention vigoureuse dans la poursuite. Le colonel fit sonner le rassemblement. Les zouaves se formèrent en colonnes et, déda'igneux des obstacles, se précipitèrent avec rage sur les ennemis. Rien ne pouvait les arrêter dans leur course rapide. Le carnage fut épouvantable au passage de la Brida, les Autrichiens furent cruellement décimés. Cet éclatant fait d'armes valut à l'héroïque officier le grade de général de brigade.

Après avoir passé au cadre de réserve, il reprit du service actif en 1870, dans l'armée de la Loire. Il fut nommé général de division par Gambetta, alors ministre de la guerre. Il montra qu'il était encore l'énergique soldat de Palestro, lorsqu'il enleva à la tète do sa division le faubourg de Blois, qu'occupaient fortement les Prussiens.

Dès lors, sa carrière militaire est linie : comme beaucoup d'officiers supérieurs, il consacra ses loisirs à la politique. Il fit partie de l'Assemblée nationale, où il siégea au centre droit. Il soutint le gouvernement de ïhiers dans plusieurs questions cl approuva l'amendement Wallon, qui constituait la République. Il fit preuve en maintes circonstances d'une grande modération. Il vit avec une joie naturelle, arriver à la présidence de la République, le maréchal de Mac-Mahon, à côté duquel il avait combattu pour la libération de l'Italie. Si le régime démocratique n'a pas compté en lui un chaud partisan, du moins de Chabron fut fidèle à la parole donnée; il resta un peu à l'écart, et n'approuva jamais un

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politique d'opposition irréconciliable. Il fut président du conseil général de la Haute-Loire. Il fut enfin élu sénateur inamovible sur la liste des gauches. Il n'a point joué un grand rôle dans nos assemblées; on ne se souviendra que du brillant vainqueur de Palestro.

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