‹ Galerie française. Volume 11Chapitre 9 sur 17 · ÉLOQUENCE SACRÉE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE SACRÉE

Le Velay est un pays de foi profonde et de zèle religieux intense. 11 a fourni aux ordres monastiques de nombreux soldats, au clergé séculier des hommes distingués et érudits, mais, dans cette longue liste de moines et de prêtres on ne trouve pas de noms éclatants. Nous nous bornerons à citer deux personnages, l'un André Valladier, comme précurseur des grands prédicateurs du dix-septième siècle, l'autre Mathieu

ÉCRIVAINS

de Morges, abbé de Saint-Germain, orateur sacré et homme politique du règne de Louis XIII.

Antoine Valladier.

\ntoine Valladier est né à SaimVPal-en-Chalençon , sur les contins septentrionaux du Velay. Il entra de bonne heure dans la Compagnie de Jésus, résida a Avignon, se fit remarquer par la publication d élégantes poésies latines et par de nombreux prêches à Lyon, à Moulins, à Dijon. Vers 1605, Henri IV l'appela auprès de lui, pour en faire un des rédacteurs officiels de l'histoire de son règne, et un de ses aumôniers ordinaires. Ces distinctions lui valurent l'inimitié de ses confrères : il fut persécute d une façon si aiguë qu'il dut quitter Tordre des jésuites. Il devint le prédicateur à la mode ; pendant le Carême et l'Avent, il monta dans les principales chaires de Paris, et obtint de grands succès. Il prononça l'oraison funèbre d'Henri IV.

On doit à Valladier beaucoup d'ouvrages : il avait l'esprit actif : le travail lui était agréable et facile. Nous avons conservé ses sermons : ils ne sont point sans défaut. L'expression est rarement juste et mesurée. On songe involontairement en les parcourant aux prédicateurs de la Ligue, farouches et endiablés, chez qui la violence s'alliait souvent à la trivialité. Il y a chez Valladier comme une sève surabondante qui pousse au hasard des rejetons, son imagination est désordonnée. Nous sommes bien loin de l'allure douce et souriante de son contempo: rain, François de Sales, orateur un peu maniéré, mais déjà plein de goût, et sachant choisir l'expression et le mol justes. A côté de ces défauts, qui sont

HAUTE-LOIRE

ceux de l'époque et contre lesquels va réagir la société précieuse, nous trouvons dans Valladier de brillantes qualités. Son style a de la vigueur, de l'éclat ; ses développements sur la religion et la morale, ont une élévation qui annonce et fait présager Bossuet et Bourdaloue. Il faut relire pour s'en convaincre certains passages de l'oraison funèbre du grand Henri ou de son sermon sur l'immortalité de l'âme. Ces deux œuvres suffiraient pour leur assurer une place distinguée dans l'histoire de l'éloquence de la chaire en France.

Mathieu de Morges (1582-1670).

Mathieu de Morges fut un personnage important du dix-septième siècle, prédicateur remarquable, redoutable pamphlétaire. 11 est né en 1582 au château de Saint-Germain-Laprade, près du Puy-en- Velay, d'une famille noble et pauvre. Il étudia chez les jésuites d'Avignon. Ses supérieurs voulurent en faire un moine. Il dut franchir les hautes murailles du couvent pour leur échapper. Il ne renonça pas à la carrière ecclésiastique. Nous le retrouvons à Paris comme prêtre, bientôt comme sermonnaire à la mode. S'il manquait, comme Valladier, de correction et de goût, il avait de l'imagination, une véritable chaleur oratoire qui séduisaient ses auditeurs. Sa parole était éloquente, puisqu'en 1665, il obtenait encore de grands succès.

Prédicateur de la reine Marguerite de Valois, une reine qui avait peu d'esprit religieux, prédicateur du roi, il fut remarqué à la cour. Il s'acquit un véritable renom de science : il s'occupait d'histoire, de sciences naturelles, de théologie. Marie de Médicis

ÉCRIVAINS

€ a lit son aumônier et son intime confident. Avec une fidélité héroïque, il servit la reine-mère, la soutint dans la lutte terrible qu'elle engagea contre Richelieu. Son dévouement fut absolu; il suivit sa protectrice sur la terre d'exil, et la défendit contre toutes les attaques dont elle était l'objet. Il écrit de nombreux pamphlets, dans lesquels éclate la plus vive indignation contre le terrible cardinal. L'esprit y est relevé par un persiflage plein de verve. Les injures, les trivialités n'en sont pas absentes. Mais ce qui prouve la valeur de de Morges comme polémiste, c'est le soin avec lequel Richelieu faisait réfuter ses plaidoyers. Aucun de ses livres ne reste sans réplique. Lorsque Marie de Médicis mourut, il lui rendit un dernier hommage, en écrivant son oraison funèbre sous ce titre : « Les Deux Faces de la vie et de la mort de Marie de Médicis, reine de France et de Navarre, veuve d'Henri IV, mère de louis XIII, roi très chrétien. »

Dès lors l'abbé de Saint-Germain se transforma et sa physionomie prit un autre caractère. Il oublia qu'il avait été un ennemi du gouvernement régulier pour devenir un ami et un auxiliaire de Mazarin. Il lui resta fidèle, la fidélité était chez lui une vertu de nature. Puis il se retira aux Incurables pour y terminer ses jours dans le calme et la retraite. Il revint aux pieuses occupations du commencement de sa carrière. Il composa un Traité de la dignité de l'aumône chrétienne, cité avec éloge par les moralistes de son siècle. Il était fort respecté. Il avait eu l'esprit de survivre à tous ses ennemis. En somme, sa vie est curieuse, pleine de violents contrastes; pamphlétaire passionné et intempérant, il sut faire

HAUTE-LOIRE

oublier ses défauts par une fidélité touchante et invincible au malheur, par une science profonde, une éloquence vive et chaleu reuse, une longue et sereine vieillesse.

Page 1