‹ Galerie française. Volume 11Chapitre 10 sur 17 · POÉSIE ET LITTÉRATURE LES TROUBADOURS · texte numérisé non relu

POÉSIE ET LITTÉRATURE LES TROUBADOURS

Les troubadours, ces poètes de la gaie science et de l'amour courtois et non platonique aux douzième et treizième siècles, ont brillé dans la Haute-Loire. Ils donnaient libre carrière à leurs fantaisies dans ces cours d'amour, si animées, si hospitalières, où l'on discutait di;s questions subtiles de casuistique amoureuse, amusements d'une société barbare et raffinée. Les cours du Puy étaient célèbres par leur éclat. Les gens de haut lignage, nous dit un écrivain local, les précieuses du temps, les jeunes nobles munis d'une certaine instruction, et surtout la tribu inquiète et besogneuse des lettrés et 'des clercs, s'y donnaient rendez-vous pour faire assaut de grands sentiments, d'amplifications pompeuses et de rimes sonores. On chantait, on versifiait beaucoup dans ces jours de liesse. Les défis s'échangeaient, les concerts et les poésies coulaient à flots. Les dames couronnaient ceux qui avaient le mieux trouvé. Deux poètes ont laissé une réputation de « vielleurs » aimables et distingués : Pons de Chapteuilet Pierre Cardinal.

Pons de Chapteuil trouvait, viellait et chantait bien. Il fut le chevalier aimé d'une dame de Mercœur. Cet amour plaisait beaucoup à toutes les bonnes gens du pays et fut l'occasion de maintes

ECRIVAINS

belles réunions de cours, de maintes belles joutes, de maintes belles fêtes et de maintes belles chansons. Pons prit part à la troisième croisade et s'y conduisit bravement. Les troubadours, nous dit le plus 4 connu d'entre eux, l'illustre Bertrand de Born, savent que ce qui nourrit l'amour, comme l'eau le poisson, c'est la bravoure, la valeur, la libéralité.

Pierre Cardinal eut une réputation plus éclatante que Pons de Chapteuil. Il appartenait à une noble famille du Puy. Son père, le destinant à la carrière ecclésiastique, confia son éducation aux chanoines de la cathédrale. Mais, quand il arriva à l'âge d'homme, les vanités de ce monde le charmèrent, parce qu'il se sentit gai, beau et jeune. Il devint poète, composa des chansons et surtout des sirventes satiriques où les mauvais prêtres étaient très malmenés. Et il allait par les cours des rois et des nobles, avec son jongleur qui chantait les sirventes. Le roi Jacques d'xVragon aimait beaucoup ses vers. Il mourut très vieux. Ses poésies, comme celles de tous les troubadours, sont fort originales, d'une versification harmonieuse et douce ; elles ne sont pas d'un goût irréprochable et pèchent par la subtilité des pensées.

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