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LE PAYS ET LES GENS

Suisse d'Ille-et- Vilaine, le marais de Dol en est la Hollande.

Le littoral de la Manche, qui n'a pas plus de 70 kilomètres d'étendue est généralement bas, sinueux et rocheux, accompagné d'ilôts granitiques, comme Cezembre. Harbourg, la Conchie, détachés du continent par la mer, et semés surtout dans l'estuaire de la Rance, en défendant les approches de Saint-Malo. Il finit à l'embouchure du Couesnon, dans les grèves qui couvrent la baie de Saint-Michel.

Tel est le pays, qui, sans avoir la physionomie originale du reste de la Bretagne, possède cependant de la vieille Armorique les landes silencieuses et tristes, et un peu de la mer qui bat ses hauts promontoires.

Continental par Rennes, maritime par Saint-Malo, il a vu son histoire se partager entre ces deux villes: Rennes, centre politique, administratif et intellectuel ; Saint-Malo, ville de guerre et de commerce : l'une, par sa tranquillité, favorable aux études; l'autre, destinée par sa situation, aux entreprises hardies; Rennes, séjour fréquent des Etats de Bretagne, siège du Parlement, ville de nobles, de magistrats, de légistes et d'étudiants; Saint-Malo, pays d'armateurs, de voyageurs et de corsaires.

Cette dualité du pays a influé jusque sur le caractère et les mœurs de la population.

Celle-ci appartient à la race celtique qui a peuplé jadis toute la Bretagne. Mais sa situation l'exposait à s'altérer par le contact avec les provinces françaises et par le passage des expéditions militaires. Aussi, le type y est-il moins pur que dans les autres départements et la vieille langue y a-t-elle été de bonne heure remplacée par la langue française.

11 ne se conserve pas seulement dans le pays beaucoup de monuments celtiques, comme le menhir de Dol, à une demi-lieue de la ville, dans le Champ- Dolent; le dolmen de 3 a,nzé (pierre auxFées),\e menhir de Retiers, et les autres débris mégalithiques de Saint-Just en Pépriac, deLangon, de Livré, de Saint- Médard-sur-Ille, etc. ; mais encore de nombreuses légendes empruntées au merveilleux féodal, comme celle de la forêt de Brocelyande, et au merveilleux chrétien, comme toutes celles dont les héros sont des saints du pays.

D'ailleurs, les traces du paganisme n'ont pas entièrement disparu.

Le paysan d'HIe-et-Vilaine craint encore les feux follets qui dansent sur lu lande. Il croit aux farfadets qu'on rencontre par les chemins, la nuit, et qui prennent plaisir à égarer le voyageur attardé; aux mauvais lutins qui persécutent les animaux dans les étables; aux sorciers, au mauvais œil, etc. Superstitions tenaces que l'instruction est impuissante à détruire, parce que le paysan, une fois sorti de l'école, lit trop peu et renonce trop vite à réfléchir.

Bien différente est la région maritime. La mer est le grand chemin des idées. Elles circulent avec le commerce et s'échangent avec les marchandises. Les marins, toujours entraînés au dehors, ont l'esprit plus ouvert aux nouveautés que les paysans attachés à leur sillon. Aussi, le port de Saint- Malo, par un contraste qui n'est pas rare, n'a pas été seulement la ville des armateurs et des corsaires; il en est encore sorti des savants comme Broussais, des écrivains comme Chateaubriand, des penseurs comme Lamennais.

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