‹ Galerie française. Volume 18Chapitre 7 sur 17 · MARINS ET SOLDATS · texte numérisé non relu

MARINS ET SOLDATS

Jacques Cartier (1494;.

La France a, de tout temps, possédé sur ses côtes

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une forte population de marins, une race qui n'a peur de rien, que l'inconnu n'effraye pas, que le danger attire, race vaillante entre toutes, digne de ces ancêtres gaulois que les anciens nous montrent marchant au-devant de la mer en courroux et aimant à lutter

avec les vagues furieuses. Normands et Bretons, Basques et Rochellois, ils ont couru tous les océans t et ils ont, sur maintes côtes, précédé les navigateurs des autres nations. On les vit les premiers sur les côtes d'Afrique ; les premiers ils reconnurent ce pays qu'on nomme aujourd'hui la Nouvelle-Bretagne. Mais beaucoup d'expéditions entreprises par de sim-

pies particuliers, pêcheurs ou marchands, n'ont laissé qu'un souvenir vague dans l'histoire, une trace à peine saisissable. Ces voyages n'ont pas été racontés, et nous n'en savons parfois l'accomplissement que par une mention dans les annales étrangères. Ainsi, les chroniques chinoises nous apprennent qu'en 1521, un navire français arriva dans le port de Canton, devançant ainsi Espagnols et Portugais. « Bien d'autres de nos prouesses, dit un historien, surtout des plus anciennes, ont ainsi disparu sans doute de la mémoire des hommes », et c'est à peine si nous avons gardé un souvenir des entreprises officielles patronnées par le souverain.

Tout ce qui est au Sud du cap Ras a été exploré en 1504, par les Normands et par les Bretons, qui y ont laissé leur nom à un cap bien connu ; tout ce qui est au Nord du cap de Boavista a été relevé pareillement par lesdits Normands et Bretons.

C'étaient des entreprises privées, mais bientôt François I er s'y intéressa.

La grandeur des résultats obtenus frappa l'esprit de François 1"; il se trouva heureusement, pour comprendre et réaliser sa pensée, un homme énergique et capable, dont le nom est indissolublement lié à celui de la Nouvelle-France, le Malouin Jacques Cartier. Nous ne savons rien de sa vie; les années qu'il vécut avant de partir pour l'Amérique, celles qu'il vécut encore après avoir renoncé aux voyages, nous sont entièrement inconnues; nous ne savons que ce qu'il fit comme marin.

Né à Saint-Malo en 1494, il devint capitaine de navire, et, sans doute, avec ses hardis compatriotes, s'aventura plus d'une fois dans des parages ignorés.

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En 1533, il offrit au seigneur de Brion, amiral de France, de continuer l'entreprise de découverte et de colonisation confiée neuf ans auparavant à Jean Verrazano.

En 1534, le 20 avril, il partit de Saint-Malo avec deux vaisseaux de soixante tonneaux et cent vingt hommes d'équipage. Après vingt jours de navigation, il arriva à la côte occidentale de Terre-Neuve, passa par le détroit de Belle-Isle et planta une croix de bois près de la baie rocheuse, au Labrador. Il voulut de là gagner le cap Breton, mais il fut rejeté par les vents contraires vers les îles de la Madelaine, qu'il visita. Ayant repris la mer, il explora l'embouchure du Miramichi, puis la baie de Caspé, qu'il crut être une grande rivière. Là aussi, pour prendre possession du pays, il planta une croix de bois avec un bouclier aux armes de France, puis remonta un des bras du Saint-Laurent sans se douter qu'il venait de découvrir un des plus grands fleuves du monde. Alors il songea au retour et rentra à Saint-Malo le 5 septembre, après six mois d'absence.

Les résultats du premier voyage avaient été si considérables qu'un second fut aussitôt décidé.

Cartier partit de Saint-Malo le 14 mai 1535. Les vents contraires retardèrent la marche des trois navires qui composaient l'escadre et bientôt les dispersèrent. Celui que montait Cartier arriva le 7 juillet à l'Ile-aux-Oiseaux. De là, il gagna le détroit de Belle-Isle, où il avait fixé le rendez-vous en cas de séparation et où, après quelques jours d'attente, il vit en effet arriver ses deux conserves. Ils naviguèrent pendant plusieurs jours avec beaucoup de peine, au milieu d'un archipel d'îles rocheuses et

sablonneuses, puis parvinrent dans la baie du Saint- Laurent, où ils virent un très grand nombre de baleines. Les deux indigènes qu'ils avaient emmenés dans le premier voyage leur dirent que le fleuve était le grand chemin pour aller au Canada. Cartier voulut alors retourner en arrière pour explorer avec plus de soin la côte et voir si, vers le Nord, ne s'ouvrait point quelque passage à travers le continent. Il vit ainsi les sept îles et des côtes basses couvertes de beaux arbres; en avant, des bancs de sable, que la marée recouvrait et découvrait tour à tour, rendaient la navigation difficile en ces parages. Il dut y naviguer avec des barques.

Plus loin ils rencontrèrent encore un archipel de quatorze petites îles habitées par une tribu vivant presque exclusivement de la pêche. Les habitants, d'abord craintifs, furent rassurés par ce que leur dirent les deux indigènes que Cartier avait avec lui ; ils vinrent en grand nombre aux navires et se montrèrent très bien disposés pour les étrangers. Près de là se trouvait un endroit convenable pour le mouillage des vaisseaux, la rivière Saint-Charles, qu'ils appelèrent Sainte-Croix. Tout près était Stadocomme, résidence royale du chef du Canada, remplacée aujourd'hui par la ville de Québec, dont le faubourg Saint-Jean est assis précisément à l'endroit où était l'ancienne capitale des sauvages.

Cartier voulut remonter le cours du fleuve jusqu'à une grande ville qu'on nommait Hochelaga. Les indigènes cherchèrent à le détourner de cette entreprise, en lui exposant les dangers qu'il allait courir. Mais ni ces menaces ni leurs prières ne purent l'arrêter. Cartier consacre tout un chapitre à raconter les

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ruses qu'employèrent les indigènes; il est intitulé : Comment lesdits Dormacona, Taignoagny et autres songèrent une finesse et firent habiller trois hommes en guise de diables feignant être vernis de par Cudriagny, leur dieu, pour nous empêcher d'aller audit Hochelaga. Il n'en partit pas moins le 19 septembre, avec cinquante de ses marins, sur un galion et deux barques. Sur leur route, les rives du fleuve étaient couvertes de grands et beaux arbres; des vignes nombreuses, chargées de fruits, donnaient à tout ce pays l'aspect d'un grand vignoble, et personne pourtant ne les cultivait; partout des villages ou des maisons isolées, qu'habitaient des pêcheurs. Les étrangers y reçurent un excellent accueil, et les indigènes leur apportaient en présents, des poissons et des rats sauvages (sic), comme si nous eussions été du pays, dit le narrateur. Ils parvinrent bientôt à un endroit où, la profondeurdu fleuve n'étant plus assez grande, il fallut laisser le galion à la garde de quelques hommes et continuer le voyage avec les barques. Après quarante-cinq lieues de navigation, toujours parfaitement accueillis par les indigènes, ils arrivèrent enfin à Hochelaga.

Elle était composée de quelques centaines de maisons, entourée d'une triple enceinte en bois et dominée par la haute montagne; les Français lui donnèrent le nom de Mont-Royal, qui s'est perpétué sous la forme de Montréal, nom actuel de la capitale du haut Canada.

^ Le 11 octobre, ils rentraient au Havre do Sainte- Croix où les matelots restés avaient, pendant son absence, construit un petit fort.

On passe là tout l'hiver; mais la maladie terrible

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qui frappe si souvent les marins enleva vingt-cinq d'entre eux. Enfin, le 6 mai 1536, Jacques Cartier appareilla pour retourner en France, abandonnant la carcasse d'un de ses navires, faute de monde pour le réappareiller. Les restes en ont été retrouvés dans la vase par les habitants de Québec, le 26 septembre 1843, et quelques fragments en ont été envoyés comme une précieuse relique au musée de Saint-Malo.

Au retour, les vaisseaux touchèrent au cap Prato, à l'île du cap Breton, à Terre-Neuve, aux îles Saint- Pierre et, favorisés par un beau temps, revinrent à Saint-Malo le 16 juillet.

Ce long voyage d'une année avait été singulièrement fécond en résultats; toute une grande région, facilement accessible au commerce, avait été découverte, fertile, riche en arbres et en animaux de tout genre, tout un pays médiocrement habité et où il y avait place pour d'importantes colonies ; enfin, comme Jacques Cartier et ses compagnons l'avaient appelée, une nouvelle France.

La portion du littoral que l'TUe-et-Vilaine possède sui la Manche n'est que d'une faible étendue, mais sur ce littoral se trouve Saint-Malo, la ville des corsaires, comme dit Michelet, Saint-Malo d'où sont sortis tant d'intrépides marins qui, soit explorateurs comme Jacques Cartier, soit chefs d'escadre, comme Duguay-Trouin,soitsoldatset administrateurs comme Mahé de la Bourdonnais, soit enfin corsaires comme Robert Surcouf et tant d'autres, ont porté haut et loin le pavillon de la France.

Le plus vieux en date est Duguay-Trouin 1673-

Avec Jean-Bart, Duguay-Trouin est celui de nos

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