‹ Galerie française. Volume 19Chapitre 10 sur 12 · ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES · texte numérisé non relu

ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES

toute personnelle qu'il suivit dans l'enseignement de la philosophie et qui lui valut plus d'élèves qu'à aucun maître de France.

Né à Latrecey (Haute-Marne), il entra de bonne heure dans l'Université ; et après plusieurs postes; il occupa, au lycée de Lyon, la chaire de philosophie autour de laquelle vinrent se grouper chaque année une centaine d'élèves. « L'abbé INoirot, dit Jean- « Jacques Ampère, procédait avec les jeunes gens « par la méthode socratique. Lorsqu'il voyait arri- « ver dans sa classe de philosophie un rhétoricien « bouffi de succès et aussi plein de son importance « que pouvait l'être Eutydème ou Gorgias, le Socrate « chrétien commençait, lui aussi, par amener son « jeune rhéteur à convenir qu'il ne savait rien ; puis, « quand il l'avait pour son bien écrasé sous sa fai- « blesse, il le relevait en cherchant avec lui et en lui « montrant ce qu'il pouvait faire. » Ennemi des longues leçons, le professeur se bornait à dicter un sommaire, d'une grande simplicité de style, toujours remarquable par la clarté des idées et la propriété des expressions. Cette dictée constituait la leçon et servait de texte pour la récitation du lendemain. La partie originale de son enseignement consistait dans ses dissertations. Après avoir dicté un texte, comprenant une série de quinze, vingt ou trente petites phrases interrogatoires, le maître s'adressait tantôt à l'un, tantôt à l'autre, faisait, lire les questions; puis, d'une voix brève, multipliant les demandes, il provoquait les réponses et les objections, aidant l'élève plus ou moins suivant la difficulté, quelquefois ne lui laissant que le dernier mot à dire.

Sans avoir publié aucun traité et presque rien écrit,

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l'abbé Noirot a exercé une influence profonde sur toute une génération; c'est à son école que se sont formés Ozanam, Colfavru, de Laprade, Jules Favre, H. Fortoul, de Parieu, Baudin, le représentant du peuple. Inspecteur général de l'enseignement primaire, puis de l'enseignement secondaire, il fut nommé recteur de l'Académie de Lyon, en 1854. En tout temps Noirot n'a pas cessé d'aimer passionnément l'Université, qu'il a toujours défendue et à laquelle il se faisait honneur d'appartenir.

ISenjamin Delessert (1773-1847).

C'est comme fondateur des premières caisses d'épargne françaises, que cet illustre enfant de Lyon mérite de figurer dans notre galerie.

Envoyé en Ecosse pour achever son éducation, il fut pris en affection par Adam Smith et Dugald Stewart; il en rapporta ce qu'on peut appeler l'esprit économique. Homme de grand jugement, aimant les ouvriers de toute son âme, il sut, malgré ses multiples occupations, s'appliquer sans relâche àl'amélioralion du sort des humbles. Lacréation des caisses d'épargne doit être considérée comme son œuvre importante, comme sa meilleure action. De concert avec l'illustre duc de la Rochefoucauld qui, comme lui, était administrateur de la Compagnie royale d'assurances maritimes, il fonda la caisse d'épargne de Paris, le 15 novembre 1818, sur le modèle de celles qui existaient déjà en Ecosse. De suite, les petits capitaux, en quête de placements sûrs, affluèrent attirés par la respectabilité des administrateurs. Le mouvement ne tarda pas à se propager. Delessert obtint que la Compagnie royale d'assurances maritimes ouvrit ses

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locaux à la nouvelle institution, et c'est ainsi que les ports de mer de Bordeaux, de Rouen, de Marseille, de Nantes et de Brest en furent, grâce à lui, dotés les premiers. Dans sa pensée, la caisse d'épargne devait être avant tout une œuvre philanthropique, presque une œuvre charitable, unissant les classes élevées aux couches les plus humbles et les plus modestes, et c'est parce qu'on a méconnu cette idée, que la gestion des caisses est devenue aujourd'hui si difficile pour l'Etat. L'un des hommes d'Etat les plus illustres de la grande Bépublique américaine, qui, de simple ouvrier, séleva par son propre mérite aux plus hautes fonctions de son pays, Franklin aimait à répéter aux jeunes gens de son temps les belles paroles que voici : « Si quelqu'un vous dit jamais qu'on peut arriver à « la fortune autrement que par le travail et l'écono- « mie, ne l'écoutez pas; c'est un empoisonneur. » Benjamin Delessert fit mieux. Au laborieux peuple de France, aux travailleurs des villes et des campagnes, aux enfants comme aux adultes, il fournit le moyen de réaliser pratiquement l'excellent conseil de Franklin. Comme pour résumer d'un mot ce qui avait été la pensée principale de sa vie, il voulut qu'on inscrivît sur sa tombe : « Ci-gît le fondateur des caisses d'épargne. »

Nous terminerons ici notre galerie. En tentant de faire revivre la figure des plus illustres enfants du Rhône, notre but a été double: honorer leur mémoire en les faisant connaître de la jeunesse des écoles à qui

1MP. NOIZETTË, S, RL'E CAMPAONE-PREMIKKK, l'ABIS

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