ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES
et dont l'indépendance a rempli l'histoire de ses luttes avec les souverains.
Gerson occupa une des premières places au concile de Pise et surtout dans celui de Constance où il fit condamner Jean-Petit, qui avait soutenu publiquement que le meurtre du duc d'Orléans était légitime parce que la ruse et la surprise, disait-il, étaient permises pour se défaire d'un tyran et qu'on n'est pas tenu de lui garder la foi promise. Mais une telle condamnation attira au chancelier toute la haine du meurtrier, de Jean sans Peur. Gerson fut obligé de s'enfuir pour éviter un nouveau crime à ce terrible duc de Bourgogne; déguisé en pauvre pèlerin, il se réfugia en Allemagne.
Il semble avoir erré longtemps sans se fixer nulle part. On signale son passage en Autriche, chez les bénédictins de Mœlck. Un peu plus tard, il date de Rottenburg, en ïyrol, son livre: De la consolation que donne la connaissance de Dieu et de soi-même. Descendu des honneurs pour avoir parlé contre le crime, Gerson invite le lecteur à ne se regarder que comme un étranger, de passage sur la terre, et à se réfugier dans la vie monastique. On trouve un écho de ce livre dans plusieurs chapitres de [Imitation de Jésus-Christ, qui est attribué par beaucoup au grand chancelier.
Jean sans Peur ayant été assassiné à son tour, sur le Pont de Montereau, le 10 septembre 1419, Gerson tourna les yeux vers sa patrie. Comme il avait un frère prieur au couvent [des Célestins de Lyon, il s'achemina vers cette ville. On dit môme qu'il y fut invité par l'archevêque. Les chanoines de Saint-Jean l'obligèrent à accepter, sa vie durant, la jouissance
RHONE
de la terre de Quincieu, et la ville de Lyon y ajouta un secours pécuniaire de dix livres par an. Si Gerson est le véritable auteur de X Imitation, il est probable qu'il l'écrivit pendant son séjour dans !e couvent des Célestins, et peul-ètre sur la prière de son frère, trop heureux d'avoir un tel livre pour ses religieux. En cfîet, de nombreux passages de l'Imitation s'adressent directement à des solitaires, et d'autres s*élèvent à de telles considérations qu'ils ne peuvent être compris par des personnes engagées dans les liens du monde.
Ce qui a immortalisé le nom de Gerson, ce qui lui a donné cette auréole de sainteté et cette popularité dont il jouit encore depuis tant de siècles, surtout à Lyon, c'est'qu'oubliant ses grandeurs et refusant de reprendre à Paris ce haut enseignement qu'il avait dirigé pendant près de vingt-cinq ans, il se consacra humblement à l'enseignement des petits enfants du quartier Saint-Paul. On raconte qu'il les réunissait dans un pauvre local pour leur enseigner la religion et les notions élémentaires de lecture et d'écriture. Le bon Gerson ne voulait rien recevoir de ses élèves, il leurdemandaitseulementde faire pour lui cette simple prière : Mon Dieu, mon créateur, ayez pitié de votre malheureux serviteur Gerson. Il mettait ainsi en pratique les meilleures pages de Y Imitation, et c'est peutêtre là un des plus puissants motifs de croire qu'il en est l'auteur.
Une statue élevée dans le quartier Saint-Paul, à Lyon, est destinée à perpétuer sa mémoire.
I^oirot (1793-1880).
L'illustration de l'abbé Noirot tient à une méthode