LE BANQUET
On a beaucoup parlé du banquet des sept sages, qui n'ont peut - être jamais diné ensemble. Au reste, ces fameux sages faisaient souvent autant de sottises que les fous.
Thaïes croyait que l'eau qui avait détruit le monde était le principe universel et créateur de toutes choses, sans excepter probablement le feu et le vin.
Périandre avait tyranniquement versé le sang des plus riches citoyens de sa patrie, et avait confisqué tous les bijoux des dames de Corinthe , pour en faire une offrande aux dieux, afin d'obtenir, pour ses chevaux, la victoire aux jeux olympiques. s
Simonide, pour éviter les embarras du ménage, disait, dans sa jeunesse, qu'il était trop tôt pour se marier, et, dans sa vieillesse , qu'il était trop tard. Il prouvait admirablement bien à des marchands que le meilleur moyen pour
n'être point volé en route^ était de n'y rien porter que sa personne.
PittacuSy préchant la liberté, se fit tyran dans son pays.
Scion, qui avait établi l'égalité dans Athènes, et ordonné de tuer quiconque prétendrait à la tyrannie , entra dans le conseil de Pisistrate.
Chilon, recommandant la modération aux hommes, mourut de joie du triomphe de son fils qui avait remporté le prix du pugilat.
Qu'attendrons - nous des fous, si les sages se conduisent ainsi?
Cependant, malgré ces petites inconséquences, il faut convenir que les sept sages écrivaient et disaient de bonnes choses, et qu'entre autres, lorsqu'ils se proposaient tous à table cette grande question : Quel est le gouvernement le plus parfait? la plupart d'entr'eux se distinguèrent par d'excellentes réponses.
L'un disait que c'était celui où l'injure faite à un citoyen intéressait tous les autres.
Un second prétendait que c'était le gouvernement où la vertu était en honneur, et le vice flétri.
Un troisième , celui où la loi était plus écoutée que les orateurs.
Un autre, celui où l'on craignait, non le gouvernement, mais pour le gouvernement.