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Mais il ne faut ni s'en étonner ni s'en irriter , et l'on doit se dire même que c'est Tingratitude qui accroît le mérite de la bierweil— lance. En eflet , la bierweilUmce ne mériterait pas le nom de vertu , si elle n'avait pas souvent besoin de force pour se soutenir , et si elle n.e nous promettait que des plaisirs sans aucun mélange de chagrins.
Le boû Plutarque nous en avertit : « Il faut s'attendre y dit-il y à l'ingratitude des amis dont l'affection est intéressée j c'est un essaim d'abeilles que tu mènes , qui deviendront des guêpes inhiuuaînes. »
Il est une foule de gens qui , en recevant des dons et de$ services de nou3> ue considèrent et n'aiment que notre fortune , et non notre bienveillances aussi ^ quand cette fortune nous quitte > ils nous abandonnent aussi légèrement qu'elle : mais sont-ils à regretter? Non ; je crois encpre , comme Plutarque , que se voir privé de tels amis , c'est plutôt gagner que perdre ; c'est reconnaître à la touche une fausse monnaie.
La vie d'un homme de bien est un combat continuel contre lés mauvais pencbans; il n'est point de vertu , même la plus naturelle^ qui ne soit attaquée incessamiïveat^ et
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sourdement minée par quelques vices secrets.
Qui le croirait? la bienveillance n'en est pas exempte ; elle a souvent besoin de se défendre d'une sorte de vanité qui veut s'y glisser. C'est ce qui fait que parfois on voit des hommes , bienveillans pour leurs égatix ou pour leurs supérieurs en rang y en talens ^ en fortune , se montrer d'un autre cÔté un peu hautains et froids pour leurs inférieurs.
Prenons-y garde ; car ce serait une fausse biem^eQlance : la véritable a sa racine dans l'amour de l'égalité. Croyons-en Sénèque ; il voulaît qu'on traitât avec bienwillance tous les hommes , les esclaves mêmes , et s'exprimait ainsi : « Des esclaves ! dites plutôt des amis dans la peiil^, et des compagnons d'esclavage y puisque vous obéissez à la fortune comme eux. » Cette fortune , avec le ten^ps , a mêlé tous les rangs et confondu toutes les races : « Il n'est pas de roi y dit Platon y qui ne descende d'im esclave ; ni d'esclave qui ne descende d'un roi. Quel est donc le vrai noble ? C'est celui que son âme ennoblit. »
Nos regards sont généralement attirés et éblouis par les dignités y par les richesses y par le pouvoir ; toutes ces vanités conunandent tant de respect, reçoivent tant d'hom-
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mage$> et se voient entourées de tant de belles et fausses apparences d'estime, d'admiration et de dévouement , que le coeur en est séduit ; on diraitque là se trouvent renfermés tous les trésors du l)onkcur. Ce ne sont pourtant, à vrai dire , que ^des nuages colorés et diaprés par le soleil de la fortune ; dès qu'il se retire , que reste-t-*iL? rien que de froids et tristes brouillards.
JLa biens^illance s'offire plus modestement à nous : elle ne brille pas , ma|s elle éclaire ; elle semble peu prom^:tre , et tient beaucoup. Si la vanité même était susceptible de faire un bon calcul , elle trouverait son conqple à Té^ coûter.
En voulez^vous des preul|es ? Relises rhistoire ; voyez combiai de despotes puissaHS y de riches monarques et d'heureux guaniers sont aujourd'hui oubliés dans* la poussière des morts ; voyes combien d'autres ne vivent enCore^ dans nôtre mémoire > que couverts, de tâches qui flétrissent leur renommée, tandk que le petit nombre de ceux qui se sont disting^éfr par un imiour édbîré du genre humain , par une douc;^ et universella bieiweié^ lance ^ XK>U9 sont toujours préseas, toujouisi chers , et semblent^ encore régner sur nous.
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Le monde pleure encore Titus, les délices de Rome. Antonin n'était point im des rava-^ gem*8 de h terre ; îl n'était que bon et bienveilk(nt f il a donné aon nom à son siècle y et ce siècle im miliou d'un âge de fer , devint un âge d'or.
Quelques écrivains vantent Louis IX ré^ sistant au fer des Sarrasins ; mais le peuple ne se rappelle que le bon Louis rendant la justice au pied du chêne de Yincennes.
Ce même peuple, en appelant Louis XII son père , ne lui donna -t-il pas plus que la gloire? Enfin , Ç9t41 des triomphes qui puissent immortaliser plus noblement un prince, que la voix rustique qui, dans toutes nos campagnes , répète encore avec attendrissement le nom de Henri ?
N'e9 dqutons point, la modeste et douce bierweillance est non-seulement une vertu , un devoir, un sentiment , un plajsir , elle est encore souvent une puissance qui donne plus d'amis que la richesse , et phis de crédit que le pouvoir.
J'igiî vu, dans ma jieunesse, une femme d'un rang -m^^oct } sa fortune était ordinaire , sa' naissance et son esprit sans éclat. Je Fài vue rocherchée par les grands , adorée par les pau-
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vres , consultée par les hommes de talens , courtisée par les rois mêmes ; célèbre , pour ainsi dire , par sa biens^eillance. Cest d'elle , c'est de madame GeofiBrin qtie le Virgile français traçait un ingénieux portrait , dans lequel il nous donne ainsi une juste idée de la délicatesse de son esprit :
De sa courtoisie obligeante , Prompte à saisir Vos moindres ftiots , L'attention encourageante Suit avec intérêt le fil de vos propos ; Il dissipe un chagrin , n ëclaircit un doute ; Son amitié vous parle et son cœur vous écoute.
L'auteur continue et peint ensuite , en quatre vers , toute l'âme de cette femme bienveillante :
Pour elle une bonne œuvre était une conquête ^ Les pauvres , des amis ; leur bonheur, une fête ; Son luxe , des bienfaits ; la vertu , son pouvoir ; Son esprit , le bon sens ; la raison , son savoir.
Voilà certes les éloges les plus précieux à obtenir : ils pénètrent jusqu'au cœur ; les autres ne chatouillent que l'orgueil. Et croyezvous que, dans le fond de son âme, un glorieux potentat ne préférerait pas à la voix emmiellée des flatteurs, ainsi qu'aux sons éclatans
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â'i^ tenùvamée • sou^teht^ menteuse y le toucb^tà éloge que Màssillon faisait d'un grince (juî na |K>int porté la couronne^ mais cjui setnbliiit destinée régner sur tous leis fcœitrs.
« Plus on toyàit de près M.* le Paû|)hîh, ifit-il^ plus on sentait qu'il était boi^.Ge n'était plus un m^tl^e > ndais un àxxii enti^ant dans tous les besoins ' dés atitres , Croyant qu'un prince n'est jamais plus grai^d qUe lorsque c'est la bonté qui l'a^baisse > voulant que tout le pioude fût heureuse avec hii i persuadé que les princes ne; sonP'ùés' que ]^oUr le bonheur desautres hom^es'^'^t; né comptant pas que ce fut éj^é^heureux que dé l'être seul. »,
En vérité, sans la bonté du cœur, la justesse de l'esprit deln*ait suffire jiour rendre affables tes'hdiÀmes puissans rl'affatbîlité'est le caracfîè^e-iusépiat^blètde» la vraie grarldeur. « La fieirtéy'dit encore Màssillon, prend sa souiH^e dsaîËis la médiocrité jc^est une ruse qui la ciiàài^ n ••') '*>- '»« ••" '' " ' •"■
Je sais- que cette ^bienveillance , que 'nous ne<devoils^^î)ftttiâdst lïoùs -festtefi^ àé Tëcommandei*, de montrét^^ de 'pmtîquer, J)atait une vertu plus dlfllttle^'if âOtitemï*.dansr la vie privée quedans làï'vie'puMiqtte; Car, pour la éohserver, les particuliers ont sans cessé à sur-
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monter l'eaprit de rival^é et d envie; nais , à vrai dire j q^iqp'elle Boit dowe pour toMS ^ el\ù est difficile pour to^; ist^ bieik ^e'ie besoin d'être aime smt ^^nëral pCHXr lotis les hommes ^ ils ont luie disposition malbainreusement plus ^'nér^Je encore ^ celle de se dédm* gner et de se dénigrer réciptcqiftement.
Chacun semble compter avec une foUe fierté leç avantages qi^'il croit p([^éder, en 'même ten^ qu'il déprécie ceudc des antres. « lues grands s dit L$i Br^jrè^e y, dédaignant h» gens 4'e^it <|iii M'ont çpe (^Qil'espirit; le^ gens d'espi^it mi^nsent 1^ giiaçds. ^pii d'ont i^e 4e la grsMid^ur ; les gens de bien ^laigi^epil les uns et les au^es^ qui ont ou de la grandeur ou de l'esprit saBS nuj}^ vertt^. m
Imitons çeiux-ci : animés par une Oon^tatile et tendre bieaaveillancQ y ^compatissons aux £90* blesses des autres ; ne nous montrons fiiéwres que pour nos propres £ûb)ie$Bes ^ et ^o)»ses¥Om toujours dans notre mémoire cette b^Ue et simple pensée de V^uMetiai^gues : « Ijiine tient pas[)à,nouS(4e di^enir iriches., pui8fif2Mi|»9,d|obrtemir dm e^^lpîs ^ de l^.gloire ou. des> hon*i^eurs;; m^s rien 13^ piiut nous emql^i^r d'étt^e ou dfs deyenir bons^ géD(éi^e««}c,i^niaii|S}j$s^f)$ et bienveillaus. » '