‹ Galerie morale et politiqueChapitre 2 sur 27 · DE LÀ BIENVEILLANCE. Q · texte numérisé non relu

DE LÀ BIENVEILLANCE. Q

venir méchant et railleur ; car ^ selon Cicéron , (^ la raillerie naît d'un mépris content. »

Mais ce contentement n'est qu'illusoire ; le contentement est à la surface y et la plaie dans le fond du cœur. Imitons La Bruyère et n'envions point à ces sortes de gens leurs fausses jouissances. « Ils les ont à titre onéreux et qui ne noua accommoderait pas; ils put mis au jeu, pour les avoir , leur repos , leur santé , leur honneur et leur conscience ; c'est trop cher : il n'y a rien à gagner à un tel marché. »

Cependant soyons encore biens^eillcau pour eux ; au lieu de nous irriter contre leurs folies, déplorons leurs erreurs , et profitons-en pour nous eu garantir. II faut que le sage s'éloigne du malade qui ne veut pas guérir.. Les remèdes aigrissent les maux incurables, et c'est sans doute dans ce sens que La Bruyère dit encore : u Qu'il est plus utile de quitter les grands que de s'en plaindre. »

L'excès , même dans le bien , est un mal :

l'austérité de certains philosophes est la mère de beaucoup de folies. Il n'existe au monde de louable excès que celui de la reconnaisr sance : celui-là ne peut vous égarer ; si cette pensée de Vauvenargues est juste, « on ne peut être dupe d'aucune vertu, r)

lO ma LÀ BIE»V£iLLàNGX.

U est bien entenidu pourtant rpie nous ne parlons ici que des rapports de rpUigé au bienfaiteur I car y quelque louaUe que soit cette reconnaissance > elle perdrait son tiom en se manifestant au détriment d'autrui.

La reconnaissance , volupté des co^xrs bien nés et fardeau pour les ingrats , est non-se>*lement un devoir privé , mais encore une vertu qui produit le bien général ; car elle est le prixet TencourageBient de ïa bienveiliance.

Les anciens sages regardaient la r^coamaissance comme une dette sacrée, (c Celui qui a rendu l'argent prêté , disaient-ils , ne Ta plus : celui qui Ta encore^ le doit ; muis^ pour la recoimaîssance y çUe paie dès qu'elle se montre ; et cependant elle doit toujours ^ quoiqu'elle ait déjà payé# m

En vérité , on se sent presque honteux pour l'humanité de se voir sans cesse oMigé de ré* commander aux homnoes des devoirs si doux à remplir : il n'estpas de jouissances plus pures^ pkis inaltérable^ y que celles qui nous vieni^nt de la bienveillance et de la reconnaissance. Il est ânunge que l'honmie ait tsmt de peine à se défendre contre Fattrait des voktptés corporelles ; et qu'en m^e temps il soit si dif* ficile de le pousser à jouir des voluptés del'âme.

DE LA BIENVEILLàNGE. II

Chacun sait que tous nos corp^ sont pétris du même limon ; mais on pourrait presque croire que nos âmes spnt de natures différentes , lorsqu'on en voit si peu d'assez délicates pour sentir, comme Montaigne, que « les bienfaits sont les nourriciers des amitiés , et que ces bienfaits sont de plus grands plaieârs encore pour les bienfaiteurs que pour les oUigés. u

Il le savait, ce pauvre Corinlàien qui léguait à deux riches amis , et comme un vrai don, le soin de nourrir sa mère.

On doit cependant convenir que, si la bien^ i^eiUance a tant de douceurs pour l'âms qui en est remph'e , ses pkisirs n'exâstenA pas sans quelque mélange de peines. L'ingratitude est le vrai démOn qui trouble ce bonheui* angelique : souvent elle empoisonne les bienfaits dans leur source ; son eSkt le pki^ funeste est de décourager trop souvent les àme$ faibles , de changer leur générosité en méfiance , et leur sensibilité en indifférence.

Cette ingratitude met à une pénible épreuve les âmes vertueuses , en leur refusant les seuls [urix auxquek elles aspirent, la reconnaissance et l'amitié : et Ui oii elles espéraient se voir payer d'estime et d'affection , eUés ne trouvent tqu'oubli ou n^énie injustice et haine.

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