XVIII NOTICE
ans, presque toujours souffrante..., me servant de secrétaire avec une constance et une patience inimitables, a écrit de sa main, d'abord toutes les notes qui m'ont servi à rédiger, et ensuite tout ce livre : ainsi toute cette Histoire universelle a été tracée par sa main*,.. »
Cette Histoire universelle, qui aboutissait à la fin du Bas-Empire, avait pour suite naturelle une Histoire de France, et M. de Ségur se décida à l'entreprendre : il l'a poussée jusqu'au règne de Louis XI inclusivement. En louant les qualités saines de jugement, de composition e^de diction qui ne cessent de recommander ce long et utile travail, nous n'essaierons pas de le discuter par comparaison avec tant d'autres plus modernes qui ont eu pour but et même pour prétention de renouveler presque tous les aspects d'un si vaste champ. Mais ce nous est un vif regret que l'auteur, eût-il dû courir sur certains intervalles, n'ait pu mener son œuvre jusqu'à travers le dix-huitième siècle; nul n'était plus désigné que lui pour retracer la suite et l'ensemble politique de ce temps encore neuf à peindre par cet aspect; il s'y fût montré original en restant lui-même.
M. de Ségur se délassait de ces travaux sévères par des morceaux plus courts, par des essais d'observation et de causerie qui, insérés d'abord dans plusieurs journaux, ont été recueillis sous le titre de Galerie morale et politique (1817-1823) : cet ouvrage, où l'auteur apparaît aussi peu que possible et où l'homme se découvre au na-
' L'Histoire universelle de M. de Séjjur appelle naturellement la comparaison avec celle de RoUiD. Dans son discours de réception à l'Aciidémie française, le successeur de M. de Séj;ur (non pas Benjamin Constant qui était sur les rangs, mais M. Viennet), a dit : « .Moins crédule, plus concis, plus pliilosophe que « Piollin, il écrivit comme lui pour la jeunesse, mais pour la jeunesse du dix- « neuvième siècle, et les hommes d'un âge mûr y trouveront encore quelque « fiioseà apprendre. » Celte appréciation a de la justesse. RoUin, celte abeille de la France, comme le nommait Montesquieu, reste sans doute avec tout son prix dans sa naïveté même, dans lu lenteur et la saveur de ses traductions , où il bit repasser au goût l'esprit et la substance abondante de l'antiquité. Pourtant, après Voiiaire, ou m; saurait être Rollin même comme auparavant. Ces sortes d'Iiisfnires universelles ont besoin d'être de temps en temps compilées et refaites pour I usage hai)iiuel, dans la mesure des idées courantes. La narration de .M. de Ségur a d'ailleurs gardé de la manière de Voltaire et de Uollin un grand avantage sur d'autres abrégés plus prétentieu.x, hérissés de dates et bourrés d'une érudition toute neuve : elle se lit, elle se lit avec suite, avec intérêt, avec agrément. On sent qu'elle a pu être dictée eu effet, et courir sous la plume d'une femme. F^a jeunesse y puise de bounes notions premières, et l'horanic du monde s'y ressouvient,