‹ Galerie moraleChapitre 13 sur 59 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

Ces pages agréables et sensibles de la Galerie eurent leur récompense que les livres de morale n'obtiennent pas toujours. Si elles firent alors plaisir à beaucoup, elles firent du bien à quelques-uns. L'indulgence pratique et communicative qu'elles respirent ne lut pas toute stérile. Un jour, en avril 1822, M. de Ségur reçut une lettre timbrée de Montpellier dont voici quelques extraits :

« Monsieur le comte,

« Souffrez qu'un inconnu vous rende un hommage qui doit au « moins avoir cela de flatteur pour vous, que vous y reconnaîtrez, « j'en suis sûr, le langage de la vérité. Jouet d'une basse et odieuse « intrigue... (et ici suivent quelques détails particuliers)..., — le « temps me vengera, me disais-je, c'est inévitable ; et je brûlais du « désir de voir ce temps s'écouler, et mon àme se livrait à un sentice ment haineux, à un espoir, à un désir de vengeance qui trou- « blaient toutes mes Idcultés morales, qui minaient, qui consu- « maient toutes mes facultés physiques... j'étais malheureux, bien « malheureux. J'eus occasion de lire votre Galerie morale et poli- « tique : bientôt un peu de calme entra dans mon sein ; je suivais « avec intérêt le voyageur que vous guidez dans l'orageux passage « de la vie; j'aurais voulu l'être ce voyageur, je le devins. Je recon- « nus aisément avec vous que les maladies de l'àme, plus cruelles « que celles du corps, nous ôtent toute tranquillité, je ne l'éprouvais <f que trop. Bientôt vous m'apprîtes qu'il était douteux que ma « haine fit à mes ennemis le mal que je leur souhaitais, que ce (( qui était seulement certain était le mal quelle me faisait à (( moi-même. Vous m'exhortâtes à pardonner, à rendre le bien pour « le mal, à montrer à ceux qui me haïssaient leur injustice, en « leur prouvant mes vertus, à les forcer ainsi à l'admiration, à c( la reconnaissance, et vous m'assurâtes du plus beau triomphe « qu'une àme généreuse pût souhaiter... J'eus le bonheur de pleurer « et bientôt le courage de combattre. Ce combat ne fut pas long, ni « même bien pénible... Je l'ai remporté ce triompiie, il est complet. « La sérénité rentrée dans mon àme se peignit bientôt dans mes re- « gards, et je vois déjà dans les yeux de ceux que j'appelais mes en- « nemis un étonnement et un sentiment de regret, de honte et de « compassion bienveillante qui va presque à l'admiration et au reste pect... je suis heureux, bien heureux. Un seul regret eût encore

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