‹ Galeries historiques de VersaillesChapitre 11 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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Ne quittons pas ces jardins si remplis de souvenirs, sans nous reporter par la pensée au milieu de ces fêtes brillantes dont ces beaux lieux furent les témoins. Partout sur notre passage ces souvenirs arrivent en foule. Voici le carrefour où se célébrèrent les fêtes de 4 664 en l'honneur de la mère et de la femme de Louis XIV, et, disent des historiens moins discrets, en l'honneur de cette belle La Vallière. Le carrefour avait été changé en une forêt d'orangers et de beaux arbres ; il était couvert de tentes élégantes toutes d'or et de soie , le roi , qui ne voulait que des choses extraordinaires, avait réuni dans ses jardins tout l’éclat, toute la magnificence , tout le génie de son siècle. Il voulait que ces fêtes fussent dignes de lui et dignes d'elle. L’Italien Yigarani avait dressé les machines, Lulli avait

NOTICE HISTORIQUE SUR VERSAILLES. 59 inventé les mélodies , le président de Périgny avait écrit les louanges pour les deux reines, Benserade et Molière avaient fait les vers. A ces fêtes furent représentés pour la première fois les trois premiers actes de Tartufe ! 11 me semble entendre ces beaux vers de la princesse d 'Elide, où Molière se faisait, avec tant de génie et d’esprit, le loyal flatteur de Louis XIV.

Moi vous blâmer , seigneur , des tendres mouvements Où je vois qu’ aujourd’hui penchent vos sentiments !

Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon âme Contre les doux transports de l’amoureuse flamme ;

Et, bien que mon sort touche à ses derniers soleils,

Je dirai que l’amour sied bien à vos pareils ;

Que ce tribut qu’on rend aux traits d’un beau visage,

De la beauté d’une âme est un clair témoignage ;

Et qu’il est malaisé que sans être amoureux Un jeune prince soit et grand et généreux.

C'est une qualité que j’aime en un monarque :

La tendresse d’un cœur est une grande marque Que d’un prince à votre âge on peut tout présumer ,

Dès qu’on voit que son âme est capable d’aimer.

Oui, celte passion, de toutes la plus belle,

Traîne dans son excès des vertus après elle ;

Aux nobles actions elle pousse les cœurs,

Et tous nos grands héros ont senti ses ardeurs.

Devant mes yeux, seigneur, a passé votre enfance,

Et j’ai de vos vertus vu fleurir l’espérance ;

Mes regards observaient en vous des qualités Où je reconnaissais le sang dont vous sortez ;

J’y découvrais un fonds d’esprit et de lumière ,

Je vous trouvais bien fait, l’air grand et l’âme fière;

Votre cœur, votre adresse éclataient chaque jour ,

Mais je m’inquiétais de ne voir point d’amour ;

Et puisque les langueurs d’une plaie invincible Nous montrent que votre âme à ces traits est sensible,

.le triomphe, et mon cœur d’allégresse rempli Vous regarde à présent comme un prince accompli.

Et toute la cour d’applaudir des mains et du cœur ; et comment cette pauvre La Yaîlière eût-elle pu se défendre et résister à tous ces entraînements ?

Et plus loin, permettez-nous de retirer ces beaux vers de l’oubli : voici comment le grand poëte célèbre les jardins de Versailles; en quelques vers il en dit plus que nous n’en saurions dire en mille pages.

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