‹ Galeries historiques de VersaillesChapitre 12 sur 31 · AGLANTE · texte numérisé non relu

AGLANTE

Je chéris comme vous ces retraites tranquilles ,

Où l’on se vient sauver des embarras des villes.

De mille objets charmants ces lieux sont embellis ;

Et ce qui doit surprendre est qu’aux portes d’Élis,

La douce passion de fuir la multitude Rencontre une si belle et vaste solitude.

Et comme toutes ces allusions étaient comprises! Il n’y eut pas jusqu’au bouffon , Moron , dans lequel la cour en éclatant de rire ne reconnût le marquis de Dangeau. Dangeau était le premier à rire de se voir si plaisant. « Elle s’enfuit, s’écriait Moron! Voilà ce que c’est, si je savais chanter, j’en ferais bien mieux mes affaires. La plupart des femmes aujourd’hui se laissent prendre par les oreilles ; elles sont cause que tout le monde se mêle de musique, et l’on ne réussit auprès d’elles que par les petites chansons et les petits vers qu’on leur fait entendre. Il faut que j’apprenne à chanter pour faire comme les autres ! »

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SUR VERSAILLES

Sur le grand canal, autrefois chargé d’une ilotti lie qui avait son amiral, ses officiers, ses matelots, fut faite l’expérience du feu grégeois. Ce feu grégeois était la terrible découverte d’un chimiste italien qui proposait d’en vendre le secret à la France. Cette composition eut un succès si terrible qu’elle fit peur au roi et à sa cour. Jamais invention plus puissante n’avait menacé la vie des hommes, la sécurité des villes. Louis XIV, avec cette intelligence pleine de grandeur qui l’a si souvent et si admirablement secondé, ne voulut pas acheter, meme pour s’en servira la dernière extrémité, ce feu de l’enfer; il pensa avec raison que les hommes avaient déjà d’assez grands moyens de s’entre-détruire, et que quand on aurait introduit ce nouvel élément dans la gloire humaine, la gloire n’y gagnerait rien, non plus que le courage, il voulut donc anéantir à jamais le feu grégeois. Il acheta le secret de cet Italien en exigeant seulement que cet homme ne dit à personne son secret, pas meme au Roi de France. L’Italien prêta serment entre les mains du Roi, et il emporta avec lui, dans la tombe, son fatal secret.

Sur l’emplacement du bassin de ïhiver ? en J 668, Vigarani éleva la salle de spectacle où fut joué le George Dandin de Molière. Cette année J 668 fut une des plus glorieuses années du règne de Louis-le-Grand. La Franche-Comté, le traité d’Aix-la-Chapelle , et enfin l’acte d’autorité qui fit disparaître des registres du parlement les dernières traces des révoltes de J 647 jusqu’en J 652, c’était là bien de la gloire et bien de la puissance pour le jeune monarque. Après un hiver si rempli, le Roi voulut remplacer par une fête d’été les plaisirs dont son absence avait privé la cour pendant le carnaval ; et cette fête fut signalée par un chefd’œuvre de Molière. Le récit de ces fêtes que nous a laissé

un contemporain de Louis XIV et de Molière, ne peut pas être mieux placé que dans lhistoire de ces mêmes jardins de Versailles , témoins de tant de magnificence, de tant d’esprit et de tant de grandeur.

« Le Roi voulant donner aux reines et à toute la cour le plaisir de quelques fêtes peu communes , dans un lieu orné de tous les agréments qui peuvent faire admirer une maison de campagne, choisit Versailles, à quatre lieues de Paris. C’est un château qu’on peut nommer un palais enchanteur, tant les ajustements de l’art ont bien secondé les soins que la nature a pris pour le rendre parfait ; il charme de toutes manières , tout y rit dehors et dedans ; l’or et le marbre y disputent de beauté et d’éclat; et quoiqu’il n’y ait pas cette grande étendue qui se remarque en quelques autres palais de sa majesté, toutes choses y sont si polies, si bien entendues et si achevées, (jue rien ne les peut égaler; sa symétrie , la richesse de ses meubles , la beauté de ses promenades, et le nombre infini de ses fleurs comme de ses orangers, rendaient les environs de ce lieu dignes de sa rareté singulière. La diversité des bêtes contenues dans les deux parcs et dans la ménagerie , où plusieurs cours en étoiles sont accompagnées de viviers pour les animaux aquatiques, avec deux grands bâtiments, joignent le plaisir avec la magnificence et en font une maison accomplie.

Ce fut en ce beau lieu où toute la cour se rendit le cinquième de mai, que le Roi traita plus de six cents personnes jusqu’au quatorzième , outre une infinité de gens nécessaires à la danse et à la comédie et d’artisans de toute sorte , venus de Paris; si bien que cela paraissait une petite armée.

Le ciel même sembla favoriser les desseins de Sa Majesté , puisqu’en une saison presque toujours pluvieuse, on en

SUR VERSAILLES

fut quitte pour un peu de vent qui semblait n’avoir augmenté , qu’afin de faire voir que la prévoyance et la puissance du Roi étaient à l’épreuve des plus grandes incommodités. De hautes toiles , des batiments de bois faits en un instant , et un nombre prodigieux de flambeaux de cire blanche, pour suppléer à plus de quatre mille bougies, chaque jour résistèrent à ce vent qui partout ailleurs eût rendu ces divertissements comme impossibles à achever.

M. de Vigarani, gentilhomme Modenois, fort savant en toutes ces choses , inventa et proposa celles-ci ; et le Roi commanda au duc de Saint-Aignan , qui se trouva lors en fonction de premier gentilhomme de la chambre , et qui avait donné plusieurs sujets de ballets fort agréables, de faire un dessein où elles fussent toutes comprises avec liaison et avec ordre , de sorte qu’elles ne pouvaient manquer de bien réussir.

Il prit pour sujet le palais d’Alcine, qui donna lieu au titre de Plaisirs de l’île enchantée , puisque selon l’Arioste, le brave Roger et plusieurs autres bons chevaliers y furent retenus par les doubles charmes de la beauté, quoique empruntée du savoir de cette magicienne , et en furent délivrés, après beaucoup de temps consommé dans les délices, par la bague qui détruisait les enchantements : c’était celle d’Angélique, que Méline, sous la forme du vieux Atlas, mit enfin au doigt de Roger.

On fit donc en peu de jours un rond où quatre grandes allées aboutissent entre de hautes palissades, à quatre portiques de trente-cinq pieds d’élévation et de vingt-deux en carré d’ouverture , et de plusieurs festons enrichis d’or et de diverses peintures avec les armes de Sa Majesté.

Toute la cour s’y étant placée le septième jour, il entra, sur les six heures du soir , un héraut d’armes, représenté

ÎN0T1CE HISTORIQUE par M. Desbardins , velu d’un habit à l’antique, couleur de feu , en broderie d’argent, et fort bien monté.

Il était suivi de trois pages : celui du Roi, M. d’Artignac, marchant à la tête des deux autres, fort richement habillé de couleur de feu, livrée de Sa Majesté, portant une lance, et un écu dans lequel brillait un soleil de pierreries avec ces mots :

Mec cesso, nec erro ;

Faisant allusion à l’attachement de Sa Majesté aux affaires de son état et à la manière avec laquelle il agit; ce qui était encore représenté par les quatre vers du président de Périgny, autour de la même devise :

Ce n’est pas sans raison que la terre et les deux Ont tant d’étonnement pour un objet si rare :

Qui, dans son cours pénible autant que glorieux .

Jamais ne se repose et jamais ne s’égare.

Les deux autres pages étaient aux ducs de Saint-Aignan et de Noailles,le premier, maréchal-de-camp, et l’autre, juge des courses.

Celui du duc de Saint-Aignan portait l’écu de sa devise et était habillé d’une livrée de toile d’argent revêtue d’or, avec des plumes incarnates et noires, et les rubans de même ; sa devise était un timbre d’horloge avec ces mois :

De mi golphes mi ruido.

Le page du duc deNoailles était vêtu de couleur de feu, argent et noir, el le reste de la livrée semblable. La devise qu’il portait dans son écu était un aigle avec ces mots :

Fidelis et audax.

foudre trompettes et deux timbaliers marchaient après

SUR VERSAILLES, les pages , habillés de satin couleur de feu et argent ; leurs plumes de la même livrée etles caparaçons de leurs chevaux couverts d’une pareille broderie avec des soleils d’or fort éclatants, aux banderolles des trompettes et aux couvertures des timballes.

Leduc de Saint-Aignan, maréchal de camp, marchait après eux armé à la grecque d’une cuirasse de toile d’argent couverte de petites écailles d’or aussi bien que son bas de soie; et son casque était orné d’un dragon et d’un grand nombre de plumes blanches mêlées d’incarnat et de noir : il montait un cheval blanc, bardé de même et représentait Guidon le sauvage.

Pour le duc de Saint-Aignan ,

Représentant Guidon-le-Sauvage ,

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