‹ Galeries historiques de VersaillesChapitre 17 sur 31 · ALCINE, CÉLIE, DIRCÉ · texte numérisé non relu

ALCINE, CÉLIE, DIRCÉ

ALCINE

Vous à qui je fis part de ma félicité,

Pleurez avecque moi dans cette extrémité.

CÉLIE

Quel est donc le sujet des soudaines alarmes

Qui de vos yeux charmants font couler tant de larmes ?

ALCINE

Si je pense en parler, ce n’est qu’en frémissant.

Dans les sombres horreurs d’un songe menaçant ,

Un spectre m’avertit, d’une voix éperdue,

Que pour moi des enfers la force est suspendue ;

Qu’un céleste pouvoir arrête leur secours ,

Et que ce jour sera le dernier de mes jours.

Ce que versa de triste au point de ma naissance Des astres ennemis la maligne influence ,

Et tout ce que mon art m’a promis de malheurs ,

En ce songe fut peint de si vives couleurs ,

Qu’à mes yeux éveillés sans cesse il représente Le pouvoir de Mélisse et l’heur de Bradamante.

J’avais prévu ces maux ; mais les charmants plaisirs Qui semblaient en ces lieux prévenir nos désirs ,

Nos superbes palais , nos jardins , nos campagnes , L’agréable entretien de nos chères compagnes ;

Nos jeux et nos chansons , les concerts des oiseaux,

Le parfum des zéphirs, le murmure des eaux,

De nos tendres amours les douces aventures M'avaient fait oublier ces funestes augures ,

Quand le songe cruel dont je me sens troubler Avec tant de fureur les vint renouveler.

Chaque instant je crois voir mes forces terrassées ,

Mes gardes égorgés , et mes prisons forcées.

Je crois voir mille amants par mon art transformés , D’une égale fureur à ma perte animés ;

Quitter en même temps leurs troncs et leurs feuillages, Dans le juste dessein de venger leurs outrages ;

Et je crois voir enfin mon aimable Roger De ses fers méprisés prêt à se dégager.

CÉLIE

La crainte en votre esprit s’est acquis trop d’empire. Vous régnez seule ici, pour vous seule on soupire ;

Rien n’interrompt le cours de vos contentements Que les accents plaintifs de vos tristes amants.

Logistille et ses gens , chassés de nos campagnes , Tremblent encor de peur, cachés dans leurs montagnes; Et le nom de Mélisse , en ces lieux inconnu ,

Par vos augures seuls jusqu’à nous est venu.

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