REPAS DU ROY A L’HOTEL-DE- VILLE
La mesme année est une époque d'éternelle mémoire pour la ville à cause de l'honneur que lui fit le roy de disner à son liostel commun lorsqu'il vint à Paris rendre grâces à Dieu dans l'église Notre-Dame, de la santé qu’elle lui avait rendue. Le samedi 25 janvier, le prévost des marchands reçut ordre de se trouver le dimanche matin au lever du roy; s'y estant rendu, il fut introduit dans le cabinet du roy, qui lui dit qu'il avait résolu d’aller entendre la messe le jeudi suivant, 50 du mois , à Notre-Dame, et d'aller ensuite disner à l'hostel de ville. 11 lui ordonne de préparer une table de vingt-cinq couverts pour lui, et quelques autres de quinze à vingt pour les seigneurs de sa suite et lui dit qu’il mangerait de tout ce qui lui serait présenté. Le prévosl demanda si le roy voudrait être servi par les officiers de la ville? Le roy répondit qu’il se confiait assez aux habitants pour être persuadé qu’il n’avait aucune précaution à prendre et qu'il ordonnait aux officiers de la ville de le servir. 11 ordonna en mesme temps au sieur de Lyvri , premier maistre d’hostel, de donner au prévost des marchands tous les officiers qu'il demanderait. Le lendemain, le sieur de Lyvri estant venu à l'hostel de ville, dit que le roy demandait une table de trente-cinq couverts, au lieu de vingtcinq : à l’instant les ordres furent donnés aux officiers de la bouche et du gobelet du roy, d’aller enlever partout ce qui se trouverait de plus exquis. Et l’on envoya jusqu’à Rouen chercher des veaux de rivière. On alluma du feu dans toutes les chambres de l'hostel de ville, et l’on prépara en diligence tout ce qui estait nécessaire. La table fut dressée le mardi. Les officiers de ville s’exercèrent au service. Le
mesme jour fort tard, le prévost des marchands reçeut une lettre du marquis de Seignelay, par laquelle il lui marquait que le roi ne voulait pas qu'on tirast le canon à son arrivée ni à sa sortie, mais qu'il agrérait qu'on fist sur le soir des feux de joie par toute la ville , que les boutiques fussent fermées ce jour-là, et qu'il y eut un feu d'artifice devant l’hostel de ville. Le mesme jour le prévost des marchands reccut une lettre de cachet du roy, qui lui ordonnait et aux échevins d’estre vestus de leur robe de cérémonie le jour qu'il disneroit à Thostel deville. Le lendemain 29, le parlement ordonna que lorsque leroy arriverait dans la ville, les boutiques fussent fermées, et que le soir il fût fait des feux par toute la ville. On régla aussi qu'il y aurait trois si gna ux, d ont l'un marqueroi t que le roy seroit à Notre-Dame; le second en que l'on seroit à l'élévation de la messe; et le troisième, qu'elle seroit achevée. Que pour le premier signal la grosse cloche de Notre-Dame sonneroit en faux bourdon ; et que le second, on exposeroit un étendard blanc sur les tours de Notre-Dame ; et que pour le troisième, les deux grosses cloches sonneroient. Le roy estant parti de Versailles le 59, arriva à Paris avant midi, par la porte de la Conférence, au dehors de laquelle il trouva une prodigieuse multitude d'habitants qui suivirent son carrosse jusqu'à Notre-Dame, où il fut reçu par l'archevêque et par son chapitre. Après y avoir entendu la messe, il se rendit à rhostel de ville, accompagné du dauphin , de la dauphine, et des autres princes, princesses, seigneurs et dames de la cour. 11 fut reçu à la porte de l'hostel de ville par le prévost des marchands, les échevins, le procureur du roy, les greffiers et le receveur, tous vestus de leur robe de velours, et conduit à la grande salle, où la table, par son ordre, avait été augmentée de vingt couverts, en sorte qu’il y en avoil
S UK VERSAILLES, cinquante-cinq. Le prévost des marchands donna la serviette au roy, et le servit. Geoffroi, premier échevin, servit Monseigneur le dauphin ; madame la dauphine fut servie par la présidente de Fourcy; Monsieur fut servi par Gayot, second échevin; Madame, par Chupin, troisième échevin; le duc deChartres, parSanguimèré, dernier échevin; Mademoiselle, par Titon, procureur du roi; mademoiselle d’Orléans, par Mitaulier, greffier ; et la grande duchesse de Toscane, par Boncat, receveur. Les conseillers et quarteniers en robes , servirent monsieur le prince, madame la princesse de Condé, le duc de Bourbon, le duc du Maine, le comte de Toulouse, et les princesses et dames qui estoient à la mesnie table, qui estoit faite en forme de fer achevai et fut servie de cette sorte.
Trois huissiers de la ville, avec leurs robes mi-parties, marchoient à la teste des services sur trois files, et ensuite trois maistres d’hostel, celui de la ville au milieu. Les plats estoient portés par six-vingts archers de la ville, revestus de leurs casques ordinaires, l espée au costé, sans bandoulière, conduits par leur colonel et par leurs autres officiers sur trois lignes. Le maistre-d’hostel de la ville mettoit les plats sur la table du roy. Le premier service fut de centcinquante plats ou assiettes; le second, de vingt-deux grands plats de rosti, vingt-un plats d’entremets, et soixante-quatre assiettes; et le troisième service, qui estoit le fruit, fut servi avec la mesme abondance, avec une quantité de fleurs extraordinaire, quoique la gelée fût des plus fortes; et ensuite on servit toutes sortes de liqueurs. Pendant tout le repas on eut le plaisir de la symphonie , que donnèrent vingt-quatre violons et les haubois du roy, placés sur un amphithéâtre. Les autres tables de vingt-cinq couverts chacune pour les seigneurs et pour la suite de la cour , furent
servies en mesme temps avec une pareille munificence , l une dans le bureau, deux dans la salle des colonels, etune quatrième dans celle du greffier. Chacune estoit servie par deux maistres d’hostel et un contrôleur avec d’autres officiers. Après que le roy se fut levé de table et qu’il eut reçu les serviettes du prévost des marchands, il entra dans la chambre des conseillers de la ville, et la dauphine dans celle qui lui avait esté préparée dans l’appartement du greffier. Le roi se montra à la fenestre à une multitude infinie de peuple assemblé dans la Grève, qui ne cessa de crier vive le roi, dès le moment qu’il parut. Outre les tables préparées pour le roy , les princes , et leurs officiers, il se fit en mesme temps tant au dedans de l’hostel de ville, qu’au bureau préparé au dehors auprès du Saint-Esprit, des distributions de pastés, de langues et de viandes froides* de pain et de près de sept mille bouteilles de vin , outre celui qui coula tout le jour à quatre fontaines dans la place de Grève. Le roy, après avoir témoigné sa satisfaction au prévost des marchands , fit assembler sur une ligne les échevins, le procureur du roy, le greffier, le receveur, les conseillers et quarteniers, le prévost des marchands à leur tête, leur parla presque à tous, et leur marqua qu’il estoit très-content de la ville. Le prévost des marchands demanda au roy la liberté de quelques prisonniers qui estoient dans l’hostel de ville, et il la lui accorda à condition que ceux qui estoient arrestez pour dettes ne seraient élargis qu’après que leurs parties auraient esté satisfaites. Le roy s'en retourna par la place des Victoires, pour voir le monument que le duc de la Feuillade avait fait élever à son honneur ; mademoiselle d’Orléans demeura à l’hostel de ville, pour voir tirer le feu d’artifice , qui fut suivi d’un )nd, qui dura jusqu’au lendemain matin. Le prévost des
S U K VERSAILLES
marchands et les échevins firent faire quelque temps après un tableau représentant le roy disnant avec toute sa cour à l hoslel de ville et servi par des officiers du bureau
à gg g
ogOOCÎSSJSÎSeSB BBBBSSBBSBgo