‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 3)Chapitre 137 sur 224 · SAVONAROLE (JÉRÔME · texte numérisé non relu

SAVONAROLE (JÉRÔME

MOIMI DOMIRICAllI.

(N* 186ft. ) Ancienne oaOedion dt la Sorbonne.

Né à Ferrare, le 21 septembre i&5a. — Mort le a3 mai 1^98.

Jérôme Savonarole entra, en ikjS, dans Tordre de saint Dominique, et fut nommé, en 1/488, prieur du couvent de Saint-Marc à Florence. Il signala tout d Sabord son zèle et son éloquence , prêchant à la fois contre la tyrannie et contre les vices qu'elle avait engendrés, appelant le peuple à réformer ses mœurs et à reconquérir son ancienne liberté. Telle était Tautorité de ses prédications, que Laurent de Médicis, qu'il n'avait cessé de dénoncer à la haine de ses concitoyens, le fit venir à son lit de mort et voulut recevoir de lui l'absolution (i Aga). Savonarole la lui refusa jusqu'à ce qu'il eût renoncé au pouvoir qu'il avait usurpé. Lorsque Charles VIII entra en Italie, Savonarole fut député vers lui par la république florentine, et il mit sous la protection du jeune monarque la liberté renaissante de sa patrie. En e£Pet , le a 3 décembre ili^ky l'ancienne constitution de Florence fut restaurée , et le peuple rentra dans ses droits à la voix du moine éloquent qui lui prêchait à la fois les vertus républicaines et les vertus évangéliques. Mais le zèle de Savonarole ne sut point s'arrêter : en même

temps qu'il réformait Florence , il entreprit de réformer rÉglise; il lattaquait audacieusement dans son chef et dans ses membres, et Téclat de ses prédications alla retentir aux oreilles d'Alexandre VI, au fond du Vatican. Deux fois le pape le cita à Rome devant son tribunal, et deux fois la seigneurie de Florence , intervenant pour son tribun et son prophète, fit révoquer la citation. Mais, quelque déshonoré que fût le pontife qui siégeait alors dans la chaire de saint Pierre, les droits de TÉgUse, dont il était le gardien, n'en étaient pas moins sacrés, et l'excommunication , lorsqu'il la lança contre Savonarole, accusé d'hérésie, n'en tomba pas sur sa tète d'im poids moins redoutable. Cette parole, naguère souveraine dans Florence , n'est plus écoutée dès lors qu'avec une sorte de défiance et de crainte : les libertins , dont le réformateur rigide a décrié les mœurs, s'unissent contre lui aux ordres religieux rivaux de celui de saint Dominique , et la faveur populaire elle-même conunence à l'abandonner. Une épreuve par le feu a été convenue entre un moine de saint Dominique, champion de Savonarole, et un firanciscain , son accusateur : le peuple s'est porté avec un empressement plein d'anxiété à ce jugement de Dieu qui va décider si frère Jérôme est un prophète de vérité ou d'imposture; et voilà que des torrents de pluie viennent soudainement inonder le bûcher et disperser la multitude, comme pour faire aboutir au ridicule ce jugement, objet d'une attente si solennelle (17 avril I Âg8). Bientôt après une émeute livre Savonarole, délaissé de tout prestige , aux commissaires venus de Rome

pour le juger ; leur rigoureuse justice le torture et le condamne à mort, et le visionnaire enthousiaste, en entrant dans les flammes, croit s y couronner des palmes du martyre (^i mai 1Â98). Il était âgé de quarante-six ans. Il a laissé quelques écrits ascétiques quon ne lit plus, et qui ne f<»*aient juger qu'imparfaitement des puissants eflets de son éloquence.

Page 1