‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 3)Chapitre 138 sur 224 · FILS DE DOMENICO COLOMBO · texte numérisé non relu

FILS DE DOMENICO COLOMBO

(N* 1865.) Tableau do temfM.

Né dans Tétat de Gènes, en 1 44i . — Mort à Valladolid, le 20 mai i5o6.

Rien n est plus grand que le nom de Christophe Colomb dans rhistoire du xv* siècle; rien n*est plus connu que sa vie. Il était né aun environs de Gênes (i 44 1), et son père Tavait envoyé de bonne heure dans la savante université de Pavie pour y faire ses études. Mais il ne resta pas longtemps sur les bancs de Técole : une vocation irrésistible Tentrainait vers le métier de la mer et le charme périlleux de la navigation. C'était Fépoque où les Portugais venaient de faire leurs premières découvertes sur la côte occidentale de TÂfrique et s acheminaient ainsi vers ITnde. Colomb , après avoir parcouru pendant trente années toutes les mers connues de son temps,

eut la pensée de chercher vers iouest la route que les navigateurs portugais se frayaient du côté de TOrient. On sait que ce fiit en marchant vers ce but qu'il rencontra rAmérique sur son passage. Les efforts de sa science et de son génie avaient été moins longs pour concevoir cette grande idée que ne le furent ceux de sa patience pour la réaliser. Il ofifrit tour à tour les découvertes qu'il allait faire à Gênes, sa patrie, dont il fut rebuté; au roi de Portugal, Jean II, qui Técouta un instant et finit par le traiter de visionnaire; au parcimonieux Henri VII, roi d'Angleterre, et enfin à la reine de Gastille, Isabelle la Catholique. Il n'attendit pas moins de huit ans les trois petits navires et les cent honmies d'équipage que lui donna la générosité de cette princesse , et ce fut avec ces faibles ressources que, le 3 août lAga, il fit voile du port de Palos, en Andalousie, vers le monde nouveau qu'il allait révéler à l'ancien. Après soixante et dix jours d'une navigation pendant laquelle il eut à lutter contre l'incrédulité rebelle de ses compagnons aussi bien que contre les périls d'une mer inconnue , il arriva, le 1 1 octobre, en vue de l'île de Guanahani, une des Lucayes, découvrit successivement cet archipel et celui des Antilles , et fit reconnaître sur les côtes de Cuba et d'Haïti la souveraineté de la reine de Gastille. Rentré au port de Palos sept mois après son départ (i5 mars i/igS), il y fut accueilli avec un prodigieux enthousiasme, et lorsqu'il parut à Barcelone, devant Ferdinand et Isabelle, les deux monarques se levèrent de leur trône pom* saluer le grand homme qui leur apportait la découverte d'un

inonde. Les titres d'amiral et de vice-roi dans tous les pays dont il venait de donner la possession à TEspagne lui furent solennellement confirmés, et il obtint le glorieux privilège de joindre à ses armoiries celles de Castille et de Léon. Cette même année, une flotte de dix-sept voiles est mise sous les ordres de Colomb ( 1 5 septembre ) ; il aborde pour la deuxième fois aux terres qu'il a déjà visitées, et ajoute à ses premières découvertes celle de la Dominique, de la Guadeloupe, d*Antigoa et de Saint-Christophe. Mais des brouillons, qui troublaient la paix des nouveaux établissements et quil a renvoyés en Espagne, élèvent contre lui leurs voix jalouses, et, sil reparait à la cour, cest pour s'y justifier. Ce n'était là que le prélude des amertumes qui devaient empoisonner les dernières années de sa vie. A son troisième voyage, ses hardies explorations le conduisent dans les bouches de l'Orénoque , et il prend possession du continent américain. Mai$, pendant ce temps, la belle colonie de Saint-Domingue était livrée à des troubles que Colomb s'épuisa en vain à pacifier. Ferdinand et Isabelle, abusés sur sa conduite, lui donnèrent pour successeur Francisco Bovadilla, et celui-ci ne craignit pas de renvoyer, chargé de fers, en Espagne, l'homme qui, trois ans auparavant, y rentrait en triomphateur. Les rois catholiques rougirent de cette indignité, dont ils portaient la honte à la face de l'Europe, et lui témoignèrent leur compassion pour les maux qu'il avait soufferts. Abreuvé de dégoûts , usé par l'âge et les souffi*ances, il eut la générosité d'entreprendre encore un quatrième voyage , qui fut signalé par la dé-

couverte de la Martinique et de la partie du golfe du Mexique située entre Tnudllo et la baie de Darien. Mais le nouveau gouvemeiu* de Saint-Domingue, Ovando, eut la lâcheté de le laisser un an sans secours au milieu des plus a£freux périls de la mer et des douleurs les plus aiguës de la maladie. Cette fois, Colomb obtint comme une grâce de retourner en Europe avec une santé ruinée, une âme affaissée par le malheur, et le titre inutile des grandes charges dont il avait été revêtu, seul débris de sa fortune. Le chagrin qu'il éprouva de ne plus trouver sur le trône des CastiUes la reine Isabelle , sa protectrice , hâta le terme de sa vie , et il mourut , comme il avait vécu, en chrétien fervent et résigné, dans la soixante-sixième année de son âge.

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