‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 3)Chapitre 60 sur 224 · PÉTRARQUE (FRANÇOIS · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE (FRANÇOIS

(N* 1763.) Ancienne collection de la Sorbonne.

Pétrarque naquit à Tépoque la plus orageuse de l'histoire de Florence. Son père, ami du Dante et exilé comme lui, avait cherché un refuge à la cour d'Avignon ; et ce fut en France, à Carpentras et à Montpellier, que se fit réducation du poète destiné à donner tant de gloire à lltalie. Il alla s'asseoir à Bologne sur les bancs de l'université, à côté de Bartole et de Boccace , et, après avoir achevé le cours de ses études, il revint à Avignon, où la puissante amitié des Colonna protégea sa jeunesse. Ce fut là que, le 6 avril 1827, ^ ^^^ pour la première fois la belle Laure de Noves, mariée au chevalier Hugues de Sade, qu'il devait immortaliser par son amour. Tour à tour il alla enfermer sa passion sans espoir dans l'âpre solitude de Vaucluse , ou il la promena de contrée en contrée à travers ses voyages. Mais, en même temps qu'il donnait à la langue italienne sa plus suave mélodie pour célébrer la beauté de Laure, Pétrarque s'inspirait des plus nobles élans du patriotisme pour redemander, au nom de Rome et de l'Italie entière, les pontifes absents depuis trente années de la capitale du monde chrétien ( 1 33 & ). Ses sonnets et ses canzoni avaient popularisé son nom en France et en Italie. Ce n'était là cependant que la moindre partie de sa gloire aux yeux de ses con-

temporains. Ses poésies latines, oubliées aujourd'hui, étaient prisées bien davantage, et, lorsqu'à la cour de Naples Robert se dépouilla de son manteau royal pour l'en revêtir, lorsque le sénat romain lui décerna la couronne de laurier au Capitoie ( 1 3& i ) , ces immenses honneurs furent plutôt rendus au prince de Térudition classique quau grand poète de lltalie moderne. Telle était l'admiration prodiguée à son génie littéraire, qu'il en devint un personnage politique, et que les papes, Venise, la république romaine et d'autres états de lltalie lui confièrent à l'envi les plus importantes ambassades. Pétrarque, au milieu de tous ces soins, poursuivait l'accomplissement ' de la grande pensée qu'il avait puisée dans la familiarité des Goionna, l'unité de lltalie; et, toujours plus poète qu'homme d'état, il conviait tantôt le tribun Rienzi, tantôt l'empereur Charles IV, 'à réaliser cette patriotique chimère. L'année i35o, cette année du jubilé qui appela Pétrarque à Rome avec tant d'autres milliers de pèlerins venus de toutes les parties de la chrétienté, amena dans sa vie une véritable révolution. Jusqu'alors, malgré la gravité des fonctions ecdésiastiques dont il était revêtu, Pétrarque avait plus appartenu au monde qu'à l'église; des pensées sérieuses de retraite et de vie chrétienne entrèrent dans son âme, et on le vit se détacher presque entièrement des intérêts du siècle pour se partager entre la patiente étude de l'antiquité et les austères exercices de la pénitence. Le soin de se procurer à tout prix et de déchiffrer des manuscrits anciens, celui d'apprendre la langue grecque.

qu*il n'avait qu'imparfaitement étudiée dans sa jeunesse, et dont il s'appropriait les richesses avec une insatiable avidité , quelques travaux encore entrepris dans les inté* rets de la politique italienne, et ces amertumes de la vieillesse isolée sur la terre , qui faisaient dire à Pétrarque que son laurier poétique était une couronne d'épines, tels sont les derniers traits que nous fournit Thistoire de la longue vie de ce grand homme. Il mourut à soixante et dix ans, dans la petite ville d'Arquà , non loin de Venise. Il avait donné à cette république sa précieuse bibliothèque pour prix de la tranquille hospitalité quelle avait offerte à ses dernières années.

Page 1