HENRI II DONNE LE COLLIER DE SON ORDRE AU MARECHAL • DE TAVANNES
Brenbt. — 17^9-
La guerre continuait , mais faiblement soutenue par les deux monarques , dont le trésor était également épuisée Chaiies-Quint , porté en litière avec huit mille hommes pour cortège plutôt que pour armée, manœuvrait le long de sa fi[*ontière des Pays-Bas , couvrant ses places les unes après les autres. Henri II , de son côté , suivait une marche parallèle à ceHe de l'empereur, se jetant sur toutes les villes qu'il pouvait surprendre , et mettant une triste gloire à a laisser toujours après lui , pour ses bri* sées , feux , flammes , fumées et toute calamité. » L'armée ^ançaise avait ainsi marqué son passage depuis la firon^ tière du pays de Liège jusqu'au cœur de l'Artois , à quel^ ques lieues de la mer, lorsqu'elle arriva devant Renty, petite forteresse qu'elle entreprit d'assiéger. L'empereur, retranché dans ses positions, demeura d'abord spectateur immobile de ce siège ; « mais à la fin le regret et honte
^ Histoire de Henn le Grand, par Hardouin de Péréfixe, F* partie, année i553.
qvkû avoit de laisaer ainsi destniire et ruiner son pais , et devant ses yeux prendre et forcer cette place, se mêlèrent tellement ensemble que , se fesant ennemy de sa . peur, résolut tenter fortune et faire tous ses cfibrts, quoiqu'il en peust advenir, pour la secourir et gardera » Il fit donc un mouvement en avant pour s'emparer d'un petit bois qu'occupaient les Français, et d'où il se flattait de détruire les batteries qu'ils dirigeaient contre la place. La cavalerie légère du duc de Savoie , et les reîtres du comte Volrad de Schwartzemberg , « tous noirs comme beaux diables , afin de mieux intimider l'eni^mi, » donnèrent dans le bois avec une telle impétuosité , qu'en un moment les arquebusiers français en furent délogés , et la gendarmerie qui les soutenait dispersée ou couchée par terre. Mais le duc de Guise , avec le sire de Tayannes, raUie sur-le-champ les fuyards, appelle à lui la cavalerie légère du duc d'Aumale , et, chargeant à son tour les, impériaux , rejette leurs pistoliers en désordre sur le bataillon de leurs lansquenets^ qui les débandent. Au même moment le duc de Nevers, ayec son régiment, s'était jeté (eau travers de l'arquebuserie espagnole qu'il avait toute renversée et nrise à vau de route. >i On ne laissa pas aux impériaux le temps de se rallier. L'amind de Coligny, habile à saisir l'instant décisif, lance à leur pom*suite une partie de sa troupe, |)endant que Tavannes, à la tête de ses gendarmes, achevait, comme il avait commencé, la victoire. Henri II récompensa sa vaUlance sur le champ de bàtaiUe même, en
* Mimoiret dé F. de Rahntin, liv. VI , p. 283.
détachant de son cou le collier de son ordre pour Ten décorer. Le combat de Renty coûta près de deqx mille .hommes à Tarmée espagnole.
D^SPINEVILLE, DE HARFLEUR, BRULE UNE FLOTTE HOL- LANDAISE DE VINGT-DEUX VAISSEAUX SUR LES COTES D ANGLETERRE. — AOUT 1555.
GuDm. •— 1839.
Au milieu de cette guerre , dont les succès étaient depuis trois ans si incertains , un trait d*audace , qui fit Tadr miration de tous les gens de mer de la France et de l'Europe , vint porter un rude coup au commerce si prospère des Pays-Bas. C'était en Tannée i655. La gouvernante des Pays-Bas, au mépris du droit des gens, venait de saisir et de confisquer à son profit tous les navires fi:*ançais trafiquant dans lés ports de la Flandre. Il fallait tirer prompte vengeance de cet affront. Henri II donna l'ordre à Coligny , son amiral, de mettre ime flotte eii mer. Malheureusement les ports étaient vides; la France n'avait de vaisseaux que sur les chantiers. « Je ne connais, dit l'amiral, que les bourgeois et les marchands de Dieppe qui puissent fournir une flotte à votre majesté. » H fallut donc avoir recours aux Dieppois : ceuxci, fiers de cet honneur^ répondirent qu'ils ne demandaient au roi que la moitié dès frais de l'armement, faisant du reste leur afiaire. La seule condition qu'ils mettaient à leur offre , c'était que les capitaines de vais-
seaux seraient tous enfants de la viUe , afin que , s il y avait de rhonneur à conquérir, il ne revînt qu'à eux. Les choses ainsi conclues, dix-neuf navires, ou plutôt dixneuf bateaux pêcheurs, dont les plus forts n étaient que de cent vingt tonneaux, furent équipés et armés en guerre. On conserve à Dieppe le nom de ces illustres bateaux pêcheurs, c'étaient : le Saint-Nicolas, l'ÉmériUon, le Faucon, VAnge, h Barbe, h Lévrière, la Palme, le Soleil, le Saint-Jean, VOnce, la Belette, la Comtesse, la Gentille, le Petit-Coq, le Petit-Dragon^ le Redouté, le Riars, et deux petites goélettes ou barques dont on nç dit pas les noms. Les capitaines élurent pour chef de cette petite escadre Louis de Bures, sieur d'Espineville, qui montait le Saint-Nicolas. Goiigny lui envoya ime commission signée du roi, en le remerciant, au nom de sa majesté, de ce que lui et les siens entreprenaient poiu* l'honneur du royaume.
Le 5 août 1 555 la flottille sort du port par une belle matinée, et va moufller sur une ligne au milieu de la Manche , en vue de Douvres et de Boulogne, attendant qu'il vînt à passer quelques vaisseaux sous pavillon de Flandre. Le ii août, au point du jour, vingt-quatre grandes voiles furent signalées au sud-ouest : c'était une flotte flamande, toute composée de hourques, espèces de grands vaisseaux élevés et fort longs , bien armés de canons , et du port de quatre à cinq cents tonneaux. Ces vingt-quatre navires arrivaient d'Espagne, chargés d'épices^et de marchandises pour les Pays-Bas. Se repo-^ sant sm* la force et le nombre de ses embarcations, I. i4
l'enneini s avançait à pleines Yoiles, sans daigner donner la moindre attention aux barques qu*il apercevait devant lui. Cependant les Dieppois, jugeant que c'était jouer gros jeu, mais ne voulant à aucun prix gagner le large, s'étaient déjà rangés en bataille. Aidés par la marée , et cinglant avec adresse, ils se trouvèrent tout à coup et comme à Timproviste au milieu de Tescadre ennemie. Les Flamands , lourds de leur nattœel , et rendus plus pesants par la confiance en leurs forces, avaient à peine eu le temps de lâcber une bordée de leur formidable artfllerie, que déjà le harpon était lancé sur leurs navires. Les Dieppois, la hache. et la pique à la main, s'élançaient à labordage; ce n'était déjà plus un combat, c'était un assaut. Les Flamands, quittant leurs canons , se défendirent en gens de cœm*, à coups d'arquebuse, de grenades et de lance. La mêlée devint furieuse, et le brave chef des Dieppois, le capitaine d'Espineville, fiit blessé mortellement. On se battait avec tant de rage que personne ne s'en aperçut; mais tout à coup des torrents de flammes et de fumée s'élèvent d'une des hourques, et au même instant la Palme, montée par le capitaine dieppois Beaucousin, parait aussi toute en feu. Beaucousin, sur le point d'être accablé, avait fait jeter sur cette hourque, qu'il tenait harponnée, des lancés à feu et des matières combustibles; mais, n'ayant pu se dégager assez vite, son propre vaisseau avait été atteint par les flammes. Aussitôt tout change de face : il ne s'agit plus de se battre , mais d'éviter l'incendie, de s'isoler de ces deux malheureux navires enflammés. Dans cette bor-
lible confiision, trois vaisseaux dieppois sont écrasés entre deux hourques énormes et cotdés bas, corps et biens. Par bonheur, les autres parviennent à se dégager et à gagner le haut du vent. Les Flamands, au contraire, moins alertes à la manœuvre , ne peuvent manier leurs gros et lourds bâtiments; on en voit jusqu'à douze s'engloutir à demi consumés dans les flots. Ceux qui s'échap* peut sont assaiUis par les Dieppois, qui leur font la ctiBsse , les entourent , les attaquent de nouveau à Tabor* dage, et finissent par s'en emparer. Le lendemain, 1 î août , dès le matin , la flottille , veuve de son capitaine , et réduite à. quatorze ou quinze voiles, mais victorieuse, et traînant à la remorque six de ces grandes hourques flamandes chargées de poivre , d'alun , de riches denrées, rentra dans son port de Dieppe, en présence de toute la population répandue sur le rivage, au bruit des cloches et de toute l'artaierie des remparts,
LE CHEVALIER DE LA VILLEGAGNON ENTRE DANS LE RIO -JANEIRO. — 10 NOVEMBRE 1555.
GuDiN. — iSSg.
Le chevalier de la Villegagnon , nonmié vice-amiral de Bretagne par Henri H, sollicita la permission d'aller former un établissement en Amérique, pour détourner de ce côté l'attention des Espagnols, et affaiblir ainsi leurs forces. Villegagnon s'assura la protection de l'amiral de
Goligny, en faisant entendre que son projet était d'ouvrir aux protestants un asile contre les persécutions; il obtint ainsi une somme de dix mille livres pour les premiers besoins de la colonie, avec deux vaisseaux de deux cents tonneaux, abondamment pourvus, bien armés, et sur lesquels on embarqua une compagnie d'artificiers, de soldats et de nobles aventuriers. Le la juillet i555 il partit du Havre, qui portait à cette époque le nom de Franciscopole. La tempête et une voie d'eau forcèrent le vaisseau qu'il montait à se réfugier à Dieppe pour se réparer. Une partie des artificiers et des nobles aventuriers, que la mer avait rendus malades, profitèrent de cette relâche pour abandonner Texpédition ; cette désertion réduisit les forces de ViUegagnon, mais ne Tarrêta point. Après une navigation pénible, il arriva, le i o novembre, à r embouchure du fleuve Ganabara (le Rio- Janeiro). H avait songé d'abord à former son établisse^ ment en terre ferme ; mais diverses raisons l'ayant fait changer d'avis , il se décida à bâtir un fort en bois sur un rocher de cent pieds de long et soixante de large, situé au milieu du détroit que forme l'entrée du fleuve, n comptait se rendre ainsi maître de la passe; mais il ne tarda pas à reconnaître que les eaux, à marée haute , couvraient ses constructions, et il se réfugia alors dans une île d'un mille de circonférence , placée une lieue plus haut et entourée de rochers. Cette île n'avait qu'un seul port, commandé par deux éminences qu'il fortifia. Il fixa sa résidence au centre de l'île, sur un rocher de cinquante pieds de haut , sous lequel il creusa des magasins « et
qu*ii nomma fort Coligny, en Thonnem* de son protecteur ^